DIPLAL MAROAM

À Maurice, à Madagascar comme au Mozambique, le pape François, fidèle à ses convictions, a mis l’accent sur les maux qui rongent nos sociétés aujourd’hui tels le chômage – qu’il qualifie d’ailleurs de « nouvelle forme d’esclavage du 21e siècle » –, la pauvreté, l’inégalité, la corruption, l’environnement. Pourtant, l’origine de ces fléaux et tant d’autres comme la drogue, la précarité, l’exclusion, n’est un secret pour personne et encore moins pour le souverain pontife, infatigable combattant contre l’injustice sociale.

C’est le système du capital, de l’argent, des profits. Mais la question que l’on se pose : pourquoi alors cette réticence apparente à désigner le vrai coupable et à attaquer frontalement et de manière résolue la maladie gangreneuse au lieu de ses symptômes superficiels ? Il est temps de briser le tabou. Car le silence ne peut que sous-tendre un agenda caché et alimenter le scepticisme sur la vraie responsabilité des religieux, tous bords confondus.

Pourtant, l’argent a envahi de manière insidieuse tout l’espace de notre conscience, notre existence, est même adoré et vénéré alors que, comme le dit si bien l’adage, « money is the root of all evil ». De plus, hormis le fait qu’il phagocyte toutes les valeurs – morales, sociales, environnementales, entre autres –, il pénètre, parasite pour ne pas dire détourne nos institutions vitales et bafoue leur fonctionnement.

Si le gouvernement a toujours son agenda, que ce soit politique, idéologique ou électoraliste par rapport au système économique actuel, les religieux, eux, de par leur mission sacerdotale et leur dévotion, n’ont pas droit à l’erreur.

Contrairement aux politiciens, leur mot d’ordre ne peut qu’être celui de la vérité et du droit chemin. L’Évangile n’enseigne-t-il pas d’ailleurs que « Nul ne peut servir deux maîtres, Dieu et argent » ? Matthieu 6 :24.

Mais la manifestation la plus hideuse de tous les abus liés au système du capital est, selon toute évidence, la corruption, phénomène qui sévit à tous les échelons de la hiérarchie socio-professionnelle, tire constamment vers le bas la qualité de vie d’une large frange d’une population et ébranle la confiance dans la gouvernance d’un pays. C’est, manifestement, pour se donner bonne conscience que des dirigeants politiques évoquent la lutte contre le fléau et instituent des instances y relatives ce alors qu’il fait bel et bien partie de l’ADN même du système.

Or, quel dirigeant politique oserait prendre le risque d’attraper le taureau par les cornes alors que la lutte pour le pouvoir, à Maurice comme ailleurs, devient de plus en plus acharnée et impitoyable, engloutissant des ressources financières faramineuses dont la provenance demeure très souvent opaque et douteuse ? D’ailleurs, l’on se souvient que ceux-là mêmes qui avaient promis de mettre un terme à la « nasion zougader » n’ont pas cessé de la consolider ces dernières années car rapportant gros aux partis comme aux caisses de l’État. L’existence du « temple de la mafia » qu’est devenu, au fil des ans, le Champ-de-Mars, n’émeut, paraît-il, personne ; il continue à fonctionner sans contrainte aucune malgré les belles photos publiées dans les médias exposant au grand jour la proximité entre entraîneurs, jockeys et des gens montrés du doigt par la commission Lam Shang Leen.

En outre, le système économique actuel prévoit même la dissimulation des fonds obscurs siphonnés des comptes publics et privés dans des paradis fiscaux, ce bien au-delà de la volonté exprimée depuis des décennies par de nombreux États de les démanteler. Même la perception de Maurice comme étant un paradis fiscal demeure tenace dans certains milieux et bien que notre pays ait passé le cap critique de sa réévaluation qui a été validée positivement lors de la réunion d’ESAAMLG tenue à Eswatini le 6 septembre dernier, il est évident que, tel un pyromane jouant constamment au pompier, notre gouvernement ne peut passer son temps à éteindre le feu par des opérations de damage control. Le temps est venu de regarder la vérité en face et de prendre les décisions radicales qui s’imposent en vue de restructurer, de fond en comble, notre modèle économique et rétablir notre réputation au niveau international.