Depuis septembre de l’année dernière, les élèves du Lycée La Bourdonnais, à Forest-Side, traitent les déchets chimiques générés par leurs travaux pratiques effectués dans les laboratoires de leur institution scolaire. Cette action, une initiative de Jérôme Cabanné, professeur de sciences physiques, se situe dans le cadre de l’option d’exploration « Science et Laboratoire », dans celui de l’aménagement d’un nouveau laboratoire, et plus largement, dans le contexte du projet Maurice Île Durable (MID).
« Cette initiative vise non seulement à rendre le Lycée La Bourdonnais moins polluant, mais aussi à sensibiliser les élèves à la gestion des déchets, à les rendre acteurs dans le retraitement de ces déchets chimiques, et à former des citoyens responsables », explique au Mauricien Jérôme Cabanné.
Ainsi, depuis septembre 2013, un groupe d’une douzaine d’élèves consacre deux heures par semaine à ce projet de retraitement des déchets chimiques générés par leurs travaux pratiques effectués en laboratoire, et cela durant leur emploi du temps, dans le cadre de l’option d’exploration « Science et Laboratoire ».
« Si tous les déchets peuvent être récupérés au laboratoire, tous ne peuvent être traités. Cependant les plus gros volumes de déchets (acides, bases, oxydants, diodes…) peuvent être retraités par les élèves et seront ensuite versés à l’évier lorsqu’ils sont liquides ou mis à la poubelle lorsqu’ils sont passés en phase solide. En revanche, les autres déchets organiques, dont le volume total sur un an n’excède pas deux litres au LLB, sont stockés en laboratoire avant d’être confié à un organisme spécialisé, la Solid Waste Division, du ministère des Administrations régionales, dont M. Prakash Kowlessur est le représentant », explique l’enseignant.
Selon Jérôme Cabanné, le projet s’inscrit également dans le cadre de l’aménagement d’un nouveau laboratoire, et plus largement dans le contexte du projet Maurice Île Durable (MID). « À nouveau laboratoire, nouvelles habitudes. Fini le rejet à l’évier de produits toxiques, bienvenue au stockage, au tri et au retraitement », dit-il.
Et le professeur de sciences physiques de préciser que le lycée génère toutefois très peu de déchets chimiques, surtout au regard de ses six classes de seconde (Form V), deux classes de première S (Lower VI) et deux classes de terminale S (Upper VI). « D’abord les solutions chimiques utilisées sont pour la plupart très diluées comme l’impose le programme français. Puis, il est fort probable que le Lycée La Bourdonnais génère moins de déchets chimiques consécutifs aux travaux pratiques de ses élèves en un an qu’un grand restaurant, par exemple, qui rejetterait ses vinaigrettes à l’évier, en un jour », nuance-t-il.
Alors pourquoi retraiter ce faible volume de déchets chimiques ? Jérôme Cabanné avance trois principales raisons : d’abord, il s’agit de faire prendre conscience à nos jeunes apprentis scientifiques de l’impérieuse nécessité d’apprendre à respecter et à préserver l’environnement, cela dans l’esprit du projet national MID. « Il s’agit donc ici de reverser à l’évier (après retraitement) les solutions les moins toxiques possibles pour l’eau. On leur inculque ici les notions de récupération, de retraitement et de gestion des déchets », explique-t-il. « Mais, vu les faibles volumes, l’action est plutôt symbolique. Puis, le projet vise à faire de ces élèves des citoyens responsables en leur permettant de devenir des acteurs dans la protection de l’environnement. Une fois qu’ils auront activement participé au projet, il est plus que probable qu’ils ne considéreront plus de la même manière le rejet systématique à l’évier des solutions utilisées, parce qu’ils auront pris conscience des conséquences de ces rejets dans l’environnement. Ils auront ainsi appris de bonnes habitudes et une fois adultes, ils auront été éduqués à l’importance de respecter les consignes et les normes environnementales ».
Troisième raison et pas la moindre : donner le bon exemple pour inciter les autres à en faire de même. Dans cette perspective, il faut donner de la visibilité à ce projet. « Nous aimerions voir s’étendre ce projet aux autres écoles et collèges. Nous souhaitons faire connaître ce projet de retraitement des déchets chimiqués générés par les travaux pratiques effectués dans les laboratoires à un maximum de professeurs de sciences des collèges de l’île et à un maximum d’élèves, dont les autres lycées de l’AEFE (Lycée des Mascareignes et École du Nord) de Maurice », indique-t-il.
Pour donner ainsi de la visibilité à leur projet, tout en leur donnant l’occasion d’apprendre à communiquer, les élèves du Lycée La Bourdonnais ont tourné des vidéos (voir encadré). « Ces vidéos sont d’abord scientifiques de nature, dans le sens où elles exposent clairement le protocole et l’ensemble des actions à mener pour retraiter les déchets. Mais elles sont également humoristiques pour donner aux autres élèves l’envie de les regarder ! Et puis, cela rend mes élèves doublement acteurs : d’abord en tant qu’acteurs du retraitement et ensuite en tant qu’acteurs tout court car ils jouent dans toutes les vidéos. Outre de relancer la motivation des élèves, ces vidéos permettent d’exposer les projets aux élèves d’autres établissements scolaires de la République ».