La protection de l’environnement est l’affaire de tous. Ce slogan, rabâché depuis de longues années déjà à travers le monde, n’occulte évidemment en rien la responsabilité des autorités. En réalité, s’ils mettent l’accent sur la conscience collective, les politiques s’avèrent être les seuls capables d’instaurer un changement de mentalité. Mais pour y arriver, ils devront avant tout prendre des décisions courageuses, autrement dit totalement impopulaires car devant impérativement passer par la répression.

C’est d’ailleurs ce que les autorités n’hésitent pas à faire lorsqu’il s’agit, par exemple, de réduire les cas de mortalité sur nos routes, en attestent les récentes mesures adoptées à Maurice prévoyant de plus lourdes amendes pour les contrevenants. C’est un fait : sans ces lois, et donc sans répression, ce serait le chaos assuré. Nous le savons tous : si aucune limite de vitesse n’était imposée, nous roulerions presque tous à 200 km/h quand il nous arrive d’être en retard. Aussi les législations agissent-elles comme de puissants garde-fous au « n’importe quoi ». Et il devrait en être de même pour les questions d’ordre environnemental. Outre cette question de responsabilisation collective donc, plus ou moins développée par ces nouvelles armes légales, l’appareil politique doit également agir à divers autres niveaux.

En ces heures sombres où les rapports d’experts se font de plus en plus alarmants quant aux conséquences du changement climatique, et dont nous pouvons tous déjà individuellement mesurer l’ampleur année après année, il convient en effet d’instaurer une véritable politique de développement énergétique plus en accord avec ces nouvelles réalités, lesquelles auront été dictées par des décennies de développement sauvage sous le seul leitmotiv d’une croissance soutenue. Or, le problème, c’est que croissance et environnement ne font pas bon ménage.

Aussi, chez nous, est-il largement temps de passer à l’action et de concrétiser ces belles paroles, lancées sous différents gouvernements, mais dont la pertinence perd automatiquement de sa superbe lorsqu’arrivent les discours budgétaires, lesquels n’attribuent toujours au final que de maigres contributions à l’environnement. Le plus triste, c’est que notre pays – qui paradoxalement ne rate pourtant jamais une occasion de se mettre en avant lorsqu’il s’agit de valoriser telle ou telle industrie et tel ou tel aspect de notre développement sur la scène internationale – laisse ainsi filer l’occasion qui nous est donnée de véritablement briller à l’étranger, en l’occurrence sur la question de l’indépendance énergétique.

C’est une réalité : pour l’heure, les affaires de l’État et de notre sphère économique locale continuent de se laisser dicter par le cours du baril de pétrole, énergie, faut-il le rappeler, non seulement responsable du désastre climatique présent et à venir, mais aussi inscrite dans un inéluctable processus de raréfaction dans le court terme.

La majorité des experts sont d’ailleurs d’accord sur ce dernier point, la seule divergence étant de savoir si nous avons ou non déjà dépassé le pic pétrolier, autrement dit ce moment dans l’histoire de notre société industrielle où nous consommerons plus d’or noir qu’il nous en reste à extraire. Il en est d’ailleurs de même avec le charbon, dont le tarissement est tout aussi inéluctable que celui du pétrole, bien que situé dans un avenir (un peu) moins proche. Autant de faits établis qui devraient nous faire prendre conscience de l’importance de réduire notre dépendance aux énergies fossiles.

Pourtant, comme le rappelait le brillant Joël de Rosnay à la fin des années 2000, alors qu’il était encore conseiller de Navin Ramgoolam – à l’époque à la fois Premier ministre sortant et entrant –, Maurice, de par son positionnement géographique, bénéficie d’une extraordinaire conjoncture d’éléments favorables. Ce faisant, notre éminent expert faisait allusion aux trois clés de l’énergie verte, à savoir le soleil, le vent et les marées, dont Maurice jouit gracieusement à longueur d’années. Trois sources d’énergie propre donc qui pourraient, pour peu que nous nous en donnions les moyens, transformer véritablement notre nation en nous offrant, un demisiècle après notre indépendance politique, une indépendance plus importante encore dans la conjoncture, comprenez par là énergétique.

Car nul doute que si nos paysages étaient davantage tapissés d’éoliennes, de fermes photovoltaïques et de centrales marémotrices, le nombre de pétroliers à accoster sur nos côtes se verrait drastiquement réduit. Mieux : pour peu que l’on rationalise dans le même temps notre industrie du transport, notamment par la promotion de véhicules 100% électriques ou hybrides, l’on pourrait alors atteindre un niveau d’émissions de CO2 si faible que Maurice pourrait s’enorgueillir de servir d’exemple au reste du monde. Prouvant ainsi que la grandeur des ambitions peut quelquefois être inversement proportionnelle à la taille du territoire qui les a vues naître.