Trente-deux semaines après l’écroulement de l’empire BAI du Chairman Emeritus Dawood Rawat, le secteur bancaire prend la mesure du Hang-Over financier de l’opération « Daylight Robbery ». D’abord, la SBM Holdings Ltd, société cotée en Bourse de Maurice, a révélé qu’au 30 septembre dernier, le coût des Non-Performing Loans avancés au conglomérat BAI est estimé à quelque Rs 1 milliard, soit Rs 265 millions de plus qu’au 30 juin dernier. Mais des spécialistes du monde de la finance indiquent que ce Rs 1 milliard n’est que le Tip of the Rawat’s Iceberg dans le secteur bancaire. Trois autres banques, excluant le Ping-Pong Loan de Rs 3,6 milliards alloué par la Banque des Mascareignes au groupe BAI au 31 décembre 2009, sont secouées par le phénomène d’Impairment Losses. À ce jour, le montant de ces créances douteuses est évalué à quelque Rs 9 milliards en attendant confirmation officielle de ce chiffre dans le Forensic Audit Report de nTan Corporate Advisory Pte Ltd, dont la Banque de Maurice a pris l’engagement formel de rendre public la teneur et lieu. Avec les Rs 24 milliards détournées du BAI Ponzi Scheme, dont le Super Cash Back Gold, ces quelque Rs 9 milliards de Bad Loans, dont a bénéficié le groupe BAI, viennent compléter l’évaluation comptable des avoirs du groupe entre Rs 30 milliards et Rs 35 mds.
Dans sa présentation du bilan financier se terminant au 30 septembre dernier, la SBM Holdings Ltd confirme que ses profits ont été plombés par la mise en liquidation et sous administration du groupe BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities. À ce stade, les indications officielles sont que les Non Performing Loans attribués au groupe Rawat dans les livres de la State Bank of Mauritius sont de l’ordre de Rs 1 milliard au 30 septembre dernier même si ce montant est appelé à évoluer au fil des trimestres. Au 30 juin dernier, ce montant était de Rs 845 millions et a connu une détérioration ; la reprise de Courts (Mauritius) ou encore d’Iframac n’a pas donné les résultats escomptés de Rs 2,5 milliards.
Commentant sa performance pour les neuf premiers mois de l’année, la SBM Holdings Ltd note que « les créances douteuses ont connu une augmentation significative, passant de Rs 1 462 millions au 31 décembre 2014 à Rs 3 284 millions au 30 septembre 2015 », soit plus que le double. Les répercussions ne se sont pas fait attendre même si la SBM Holdings Ltd maintient que « le groupe poursuit activement des mesures de recouvrement sur ses créances douteuses et des signes positifs ont été notés ».
« Les profits après le Net Impairment Loss et la charge d’impôt s’élèvent à Rs 1 294 millions pour la période se terminant au 30 septembre 2015 comparé à Rs 2 347 millions pour la période correspondante de 2014, ce qui représente une baisse de Rs 1 053 millions ou 44,86 pourcent. Cette baisse est principalement liée à un important conglomérat dans le segment A, placé sous liquidation/administration pendant l’année financière en cours », souligne le communiqué officiel de la banque après l’adoption du bilan financier par le conseil d’administration d’hier.
Toutefois, les effets conjugués de cette détérioration de la profitabilité de la SBM Holdings Ltd, qui aspirait à faire progresser ses profits de 11,73 % avant les Impairment Charges et les charges d’impôts, et de de la PQ du député du Muvman Patriotik, Raffick Sorefan, à l’Assemblée nationale, auront pour conséquence de donner un coup d’accélérateur aux préparatifs pour une « Review des relations incestueuses entre le groupe Rawat et la SBM ». Le député Sorefan avait levé le lièvre d’un Unsecured Loan de Rs 845 millions dans les livres de la SBM.
« Is the Honourable Minister aware that an unsecured loan to the tune of Rs 845 m. has been granted advance by Mr T. R. who was the Chairman, and the Chairman of BAI International Holdings and by Mr S. who is the Chief Executive of a bank and who was the Chief Staff of ex-Bramer Bank and there was un complot to give Rs 845 m. unsecured loan ? » a avancé le député Sorefan.
De son côté, le ministre de la Bonne Gouvernance, Roshi Bhadain, tout en s’appesantissant sur le fait que la question de prêts bancaires relève de la responsabilité de la Banque de Maurice, a ajouté que « the SBM will be regulated by the Central Bank of Mauritius and the banking sector does not fall under my portfolio. However, good governance does and if, indeed, there is such abuse, then this is certainly going to be looked into by the Ministry of Good Governance. »
Les attributions de cette « Review Under The Auspices of Good Governance », portent sur une étude en détail de tous les dossiers des emprunts accordés par la State Bank of Mauritius aux différentes entités du groupe Rawat en vue de déterminer si des garanties avaient été fournies en contrepartie de ces Loans, les « purposes » de ces emprunts et si les conseils légaux apopropriés avaient été sollicités.
Un autre aspect de cette Review sera axé sur les relations croisées au plus haut niveau de la State Bank et du groupe BAI, notamment la présence de Muni Krishna Reddi à la présidence du board de la banque, et à un certain moment Deputy Chairman du board de BAI ou encore de GlobalCapital PLC à Malte pour les transactions internationales, la responsabilité de la Banque de Maurice au chapitre de la supervision, avec entre autres l’ancien Second Deputy Governor, Mohamad Issa Soormally, un ancien du groupe BAI, la présence d’un Top Gun du groupe Rawat siégeant sur le board de la SBM Holdings Ltd ou encore des liens très étroits entre des membres du Top Management de différents départements de la banque et le conglomérat.
À ces créances douteuses de plus de Rs 1 milliard sur le compte du groupe BAI à la State Bank of Mauritius, devront d’abord s’ajouter des Toxic Loans de plus de Rs 5 milliards à la Bramer Banking Corporation Ltd (In Receivership) avec l’incorporation de la National Commercial Bank en avril dernier. Après un audit de ces derniers Non Performing Loans à la Bramer Bank, la conclusion est que seulement Rs 25 sur chaque Rs 100 sont recouvrables par voie de réclamations.
Ce trou de plus de Rs 5 milliards ont été mis en quarantaine bancaire au sein de la Bramer Banking Corporation Limited (In Receivership) en vue de ne pas provoquer des effets de contagion affectant la stabilité du système.
Les autres Rs 3 milliards de créances douteuses sont partagées entre deux banques commerciales, dont l’une est engagée à hauteur de Rs 2 milliards, notamment l’un des derniers projets prestigieux de Dawood Rawat, le showroom de Mercedes-Benz à Phoenix Les Halles, et la clinique Apollo-Bramwell.
Dans les milieux officiels, on ne veut ni confirmer ni infirmer les détails susmentionnés compte tenu des dispositions de la Banking Act ou de la Bank of Mauritius Act régissant la confidentialité des transactions bancaires. La publication du rapport des Forensic Auditors de nTan Corporate Advisory Pte Ltd devra éclairer la lanterne de plus d’un au sujet de l’opération « karyataz » du système bancaire par le groupe Rawat de connivence avec le pouvoir politique de ces dernières années…