« De nombreux touristes viennent chez nous pour nos plages, notre soleil et nos lagons. Ils sont intéressés à découvrir l’intérieur de notre pays également, par exemple du côté de l’industrie. Nous leur offrons cette possibilité avec notre projet d’agrotourisme et d’écotourisme », déclare Ved Luchmun, directeur de cette entreprise qui produit des « banana chips » à La Flora, dans le sud du pays.
Allier l’agriculture et l’environnement au tourisme, telle est la démarche de Foods Worth Ltd, qui a lancé un tel projet jeudi et dont l’objectif est de faire visiter son usine de production de « banana chips » aux touristes qui séjournent à Maurice. « Nous voulons qu’ils viennent découvrir notre banana chips, voir comment on le produit et aussi en déguster sur place. Ils apprendront aussi que rien ne va à la poubelle dans un bananier – le fruit est transformé en banana chips, du tronc on obtient un jus qui est très bénéfique à la santé, on se sert des feuilles pour servir à manger et tout ce qui reste est transformé en compost. Nous donnons à la banane sa valeur ajoutée », déclare Ved Luchmun. L’entreprise fait aussi dans le biocarburant.
Ved Luchmun a une autre idée : celle de dénicher des acheteurs potentiels de l’étranger parmi les touristes qui visiteront l’entreprise et qui pourront aussi passer de grosses commandes à l’avenir, et pas seulement des banana chips mais aussi d’autres fruits, tels la mangue ou le fruit de cythère, entre autres, qui sont dans le plan de transformation de Foods Worth Ltd. « Ce sera une bonne promotion pour notre entreprise et pour Maurice, en sus de nouveaux emplois qu’on va créer. J’emploie déjà cinq personnes pour le projet agrotourisme en plus de 25 autres, qui sont engagées dans la production des “banana chips”. » Cette idée lui est venue après que des touristes se sont dits émerveillés après avoir visité son entreprise. « Ils importent la banane d’autres pays mais n’ont jamais vu un bananier, si ce n’est en photo. Nous devons donc exploiter la banane au maximum. Ce qui fait de l’agrotourisme un projet prometteur », dit-il.
Manque de bananes
Foods Worth Ltd tourne actuellement bien avec ses 240 tonnes de bananes vertes utilisées annuellement, selon son directeur, malgré un manque de sa principale matière première. « À cause de la maladie qui affecte les bananiers depuis 2014, nous avons subi un manque d’environ 10% dans notre fourniture de cette matière première. Si cette situation persiste, nous serons obligés de nous tourner vers l’importation », fait ressortir M. Luchmun. Selon lui, nombreux sont les planteurs, comptant parmi ses fournisseurs réguliers, à se plaindre de la “banana freckle disease” (tache noire) qui affecte la qualité de ce fruit. « Cette maladie empêche la banane de grossir et provoque des taches noires sur la peau », dit-il. De ce fait, les planteurs sont découragés et ils ne veulent pas investir dans cette culture. M. Luchmun estime qu’il faut se presser, « sinon nou riske perdi banan osi kouma nou fin perdi dite ». Et d’ajouter : « Si je n’ai pas suffisamment de bananes, il me sera alors très difficile de respecter mes commandes de l’étranger, où nous avons une bonne image. »
Qu’importe les difficultés présentes, Ved Luchmun continue d’innover. Il a lancé récemment trois nouveaux produits, soit des banana chips aux goûts différents : épices, fromage et oignon et poulet. Depuis sa création, il y a environ deux décennies, l’entreprise ne produisait que des banana chips au goût naturel. Environ 40% de sa production est exportée et le reste est vendu sur le marché local.
Mis sur le marché auparavant dans des sachets en plastique, les banana chips arrivent maintenant dans du papier en aluminium, le tout dans une boîte en plastique, qui lui donne un nouveau cachet, plus pratique et moderne. Ce qui a plu aux consommateurs locaux et étrangers car, selon le directeur de Foods Worth Ltd, les ventes ont augmenté d’une production de deux tonnes de bananes vertes mensuellement il y a dix ans à 15 tonnes actuellement. Le nouvel emballage tient aussi les consommateurs informés de la provenance du produit et de ses valeurs nutritives. Les banana chips sont proposés en trois différents logements de 40, 150 et 500 g.
Une entreprise intégrée
Chez Foods Worth Ltd, qui emploie environ 25 personnes, tout n’est pas que production, car on se soucie aussi de l’environnement dans le sens où les 5 000 litres d’huile végétale utilisés tous les mois par l’entreprise pour faire frire les bananes vertes sont récupérés à des fins de recyclage. « Les déchets générés par la banane sont, elles, utilisées dans la fabrication du compost », explique-t-il, ajoutant que « nous sommes une entreprise intégrée ».
Ved Luchmun estime que, pour le moment, le marché « se porte bien », tant sur le plan local qu’à l’étranger. « Nous devons tout temps garder les yeux ouverts et être au courant des nouveaux développements dans le domaine. Nous devons innover et ne pas rester les bras croisés car il faut tenir en compte que les institutions comme Enterprise Mauritius et la SMEDA investissent des millions de roupies pour nous aider à exposer nos produits dans des foires internationales », souligne-t-il, avant de rappeler comment l’ancien Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, avait, dans les années 90’, encouragé l’entrepreneuriat, surtout la transformation des produits agricoles. « Je me souviens encore des propos de SAJ, qui disait aux jeunes de bâtir leur avenir avec l’agriculture en donnant de la valeur ajoutée aux produits agricoles. J’étais moi aussi un jeune qui voulait développer son propre business. J’ai analysé ses propos, bouquiné. Et je suis tombé sur la banane. C’est de cette façon que mon entreprise a démarré », relate M. Luchmun.
La petite entreprise, de son nom original « Maubon », a grandi au fil des ans pour devenir aujourd’hui non pas une grande entreprise, mais une entreprise florissante qui fait la fierté de Maurice. Comme l’a indiqué sir Anerood Jugnauth lors du lancement du projet d’agrotourisme jeudi dernier à La Flora, « les “banana chips” sont un best-seller dans les boutiques de la Mauritius Duty-Free Paradise ». Comment ne pas l’être quand, selon son promoteur, les banana chips de Maubon sont uniques dans le monde ?