La Bataille de Grand Port en août 1810 est un événement qui va bouleverser la destinée et constituer un tournant fondamental dans l’avenir de l’île Maurice. Une bataille qui va léguer un incroyable promontoire humanitaire duquel cette micro-nation allait se forger. Elle marquera l’histoire de France et celle de l’Angleterre. Les deux puissances coloniales qui se mesurent à Grand Port avaient pour objectif le contrôle et la colonisation du continent indien et les pays avoisinants dans le bassin de l’océan Indien. Ce qu’il y a de particulier, c’est que ces deux adversaires se battent depuis plus d’une centaine d’années pour le contrôle de cette partie du monde et en 1810, la perte de l’Isle de France met un terme aux ambitions françaises de coloniser l’Inde. Les Anglais se seraient peu souciés des îles jumelles de l’océan Indien si celles-ci ne servaient pas de bases aux Français pour intervenir dans la quasi-obsession anglaise de coloniser les Indes orientales. Souvent, les soldats qui s’affrontent sur le champ de bataille n’ont pas le même discernement de l’objectif que pourraient avoir les Généraux qui les ont pourtant envoyés s’immoler au nom d’une cause. Ils ne comprennent nécessairement pas l’enjeu et ensuite, ils n’ont pas le choix, ni leur mot à dire. Pourtant l’issue d’une bataille a un effet immédiat et dramatique. Les conséquences d’une bataille, aussi insignifiante soit-elle, ont une influence incisive dans la vie de ceux qui s’y sont engagés et tout autant dans l’existence des peuples et nations impliqués. Une bataille peut mettre un terme à une plus conséquente offensive déjà engagée, comme elle peut être l’issue qui fera démarrer une contre-offensive militaire à grande échelle. Dans le cas de la Bataille Navale de Grand Port en 1810, ce fut une gâchette qui déclencha une grande offensive par les Anglais et qui par la suite, définira le destin de l’île Maurice. Elle assistera à faire des Anglais les maîtres d’un empire où le soleil ne se couche jamais ! Que les Français aient gagné cette bataille demeure un fait. Pour les habitants de l’île qui en ont fait l’expérience, ce fait doit quand même laisser planer un certain doute, car dire que ce sont les Anglais qui ont échoué dans la bataille de Grand Port apporte un aspect différent si l’on considère la bataille du point de vue anglais, qui eux considèrent leur défaite comme victorieuse. L’on va devoir se demander quelle sera l’issue de la bataille? Le Général Charles Mathieu Isidore Decaën, Gouverneur  Français de L’Isle de France en 1810, n’avait aucun doute au sujet de ce qui allait suivre, car les Anglais avaient déjà le contrôle des îles avoisinantes. Considéré comme un militaire de haut niveau, le Capitaine-Général Decaën savait qu’il n’allait pas suffire d’avoir été vainqueur à Grand Port et qu’il fallait pouvoir prendre immédiatement avantage du moment de ce triomphe, mettant à profit la terreur et la démoralisation qu’une défaite inflige à l’ennemi. Isolé et abandonné presque par Napoléon, il allait devoir se débrouiller avec les effets à sa disposition. Ce qui n’était pas grand-chose en termes de force armée et de matériel de guerre. Mais personne n’aime les vaincus et la France va vite oublier ce valeureux soldat.
Inscription dans l’Histoire
L’histoire des nombreux combats en mer entre Français et Anglais foisonne de petites batailles que les Français ont remportées et qui ne sont pourtant pas inscrites à L’arc de Triomphe de la Place Etoile à Paris.  Cette Bataille Navale est inscrite comme une victoire à L’Arc de Triomphe à Paris. Pourquoi ? Cela commence avec la vision et l’ambition de Jean Batiste Colbert, Secrétaire de La Marine du Roi Louis XIV en 1668. Il suscita à la France la construction et le développement d’une Marine puissante et moderne, qui sera l’outil par excellence pour mener à bien ses intentions de colonialisme. Il est le fondateur de la Compagnie Française des Indes Orientales et Louis XIV en était le principal actionnaire. L’apparence imposante des bâtiments français intimidait les marins du reste du monde. Les architectes navals français vont continuer à améliorer la performance et l’efficacité de leurs navires en faisant des envieux autour d’eux, particulièrement, les Anglais. Mais la Marine Royale (Française) ne se fera pas remarquer durant les combats navals malgré sa flotte considérable. Le coût d’une telle marine aura été, même pour un pays avec des ressources comme la France, exorbitant. La France en sera presque ruinée en 1742. Il serait possible de conjecturer que la victoire à Grand Port aurait fait l’objet d’une inscription sur L’Arc de Triomphe parce que le rêve de Colbert allait rester un rêve. La perte de L’Isle de France en 1810,  est un chapitre sombre de l’histoire du colonialisme Français qui malgré tout est associé à cette flotte splendide qui allait sombrer dans l’oubli sans avoir été vraiment glorieuse. Napoléon Bonaparte ne comprit que trop tard que ses projets d’outremers dépendaient directement d’une Marine forte et moderne. Après de nombreuses humiliations, la Marine Française force les Anglais de saborder eux-mêmes leurs navires et de se rendre avant d’être complètement anéantis, ce qui relève très certainement d’un exploit aux yeux  de son Commandant-en-Chef. Napoléon ordonnera l’inscription de cette victoire sur L’Arc qu’il avait fait construire en 1806.
La vie des personnes qui colonisent l’Isle de France après la bataille de Grand Port  va lentement mais irrémédiablement changer parce que les Anglais reviendront trois mois après l’événement et vont prendre d’assaut cette île française devenue « L’étoile et la clef de l’océan indien ». Les Anglais vont la renommer Mauritius et en garderont le contrôle de 1810 jusqu’en 1968. Et si les Anglais avaient gagné cette bataille navale à Grand Port au mois d’août 1810, la seule chose qui aurait effectivement changé, serait  l’absence de l’inscription de la victoire française à Grand Port sur L’Arc de Triomphe à Paris. Les hommes qui sont tombés durant cette bataille sanglante, étaient-ils vraiment conscients de l’objectif de leur ultime sacrifice ? Du côté anglais, les 105 marins qui périrent et les nombreux blessés graves ne connaissaient cette île que très peu. Leur objectif était de préserver la route maritime des Indes. Pourtant leur sacrifice va tout métamorphoser pour l’Ile Maurice. La gloire des valeureux combattants Français engagés dans la défense de cette partie du patrimoine de la France restera un fait inoubliable. Ils se battent bec et ongles contre un ennemi supérieur en nombre et matériel, armé d’une farouche détermination. Ils méritent sans l’ombre d’un doute, cette inscription sur l’Arc de Triomphe qui saluera longtemps leur geste glorieux.