Le contrat alloué par le gouvernement à la société Betamax du groupe Bhunjun pour le fret pétrolier constitue un véritable pont d’or aux frais des contribuables et des consommateurs. D’ailleurs, le scandale des conditions accablantes d’affrètement du MT Red Eagle pour le transport des produits pétroliers de la Mangalore Refineries and Petrochemicals Ltd. (MRPL) de l’ Inde à Port-Louis pour le compte de la State Trading Corporation (STC) a été épluché par un comité ministériel présidé par le ministre des Finances et du Développement économique, Vishnu Lutchmeenaraidoo, dès le lendemain de l’installation du nouveau gouvernement de l’Alliance Lepep (voir Week-End du 21 décembre de l’année dernière).
Les conclusions de ce comité ministériel sont venues confirmer les doutes exprimés de manière systématique par l’opposition de la précédente Assemblée nationale par le truchement de Private Notice Questions et d’interpellations. Dans son ensemble, ce contrat avalisé et signé formellement en moins de 24 heures le 27 novembre 2009 porte préjudice aux intérêts de Maurice, en particulier les consommateurs, poussant le gouvernement de sir Anerood Jugnauth à réclamer la renégociation des clauses de ce contrat (voir déclaration du Premier ministre plus loin).
Des spécialistes de ce dossier, que ce soit à l’intérieur du gouvernement du point de vue politique ou technique ou hors des murs de l’Hôtel du gouvernement, se basant sur les nouvelles données déposées sur la table du Conseil des ministres, lors des premières délibérations de 2015, soutiennent que l’option la plus rentable économiquement aussi bien que politiquement demeure la résiliation du contrat de Betamax. A moins que l’annonce des renégociations ne soit qu’une transition vers cette ultime étape rassurant les intérêts à long terme du pays, car l’intention du gouvernement est d’obtenir une réduction de tous les coûts d’au moins 50% avec l’exercice, qui devra démarrer mercredi.
Les recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources concordantes à l’Hôtel du gouvernement indiquent que depuis l’octroi de ce contrat d’un montant minimal de Rs 10 milliards, représentant la location du MT Red Eagle, le groupe Bhunjun aurait déjà recouvré ses investissements initiaux avec l’acquisition du pétrolier MT Red Eagle d’une capacité de 75 000 tonnes métriques. En quatre ans, la société Betamax a déjà empoché un montant de 84 millions de dollars (Rs 2,8 milliards) au rythme de 21 millions de dollars annuellement représentant la seule location de ce tanker.
L’acquisition du Red Eagle a nécessité des investissements de 65 millions de dollars, soit quelque Rs 2 milliards, de la part de ce groupe mauricien. Techniquement, celui-ci est déjà rentré dans les frais de son capital initial de 65 millions de dollars avec les paiements subséquents pour les autres onze années du contrat représentant une plus-value plus que conséquente, soit quelque 230 millions de dollars, en faveur de l’armateur mauricien.
Un argument de poids
Ce seul élément est présenté comme un argument de poids pour soutenir une demande en vue de la résiliation du contrat avec Betmax dans les meilleurs délais au lieu de s’engager dans un exercice de rissé-poussé avec la renégociation envisagée. Au terme des conditions du contrat signé en novembre 2009, la possibilité d’annuler le contrat au cours de cette période de 15 ans est envisageable contre paiement avec le pétrolier revenant au gouvernement pour des besoins d’exploitation commerciale.
Ces sources avancent que si la décision est entérinée maintenant, le montant de la compensation à être versée à la société Betamax devrait être de l’ordre de 65 millions de dollars américains, y compris des réclamations pour le manque à gagner pour le reste du contrat. “Comme on peut le constater le montant de 65 millions de dollars payable à l’annulation du contrat est nettement inférieur aux 232 millions de dollars à être déboursés pendant les 11 ans à venir au seuil titre de la location du pétrolier si le contrat est maintenu contre vents et marées. En sus de cela, le gouvernement se retrouvera propriétaire d’un tanker à être exploité commercialement”, poursuivent ceux qui s’appesantissent sur la nécessité d’agir très vite pour préserver les intérêts de Maurice.
Le Cabinet Memorandum sur le contrat de Betamax est venu apporter de l’eau au moulin de ceux affirmant que la décision imposée par le gouvernement de Navin Ramgoolam le 27 novembre 2009 était du Tailor-Made avec des clauses exclusives en faveur du groupe Bhunjun. A ce titre, ils prennent à témoin le coût du fret payé par la STC à Betamax. En moyenne, les 48 000 dollars par jour versés par la STC, qui sont au-dessus des frais de location du pétrolier, représentent le double du coût du fret sur le marché international.
Pour faire la démonstration que des conditions extrêmement favorables ont été accordées au groupe Bhunjun, sans passer par un exercice d’appel d’offres, ces mêmes spécialistes rappellent qu’au moment de la signature du contrat à la fin de 2009, le coût du fret était en moyenne de 16 500 dollars par jour avant de passer dans la fourchette de 11 000 à 13 000 dollars américains alors que pour les derniers quatre mois, il avait atteint une pointe de 25 000 dollars, soit le plus haut niveau depuis 2009.
“Même dans ce dernier cas de figure, le fret payé à Betamax est deux fois supérieur et au détriment des consommateurs”, s’insurgent ceux faisant partie du camp des opposants, craignant qu’avec les renégociations prévues, il n’y aura que des révisions cosmétiques, voire symbolique, sans s’attaquer au problème de fond.
Décortiquant les conditions du contrat, des membres du comité ministériel ont noté que le groupe Bhunjun a fait fi d’une des plus importantes, en l’occurrence concernant ce même taux de fret. Le contrat fait provision pour des négociations soient engagées entre le groupe Bhunjun et la STC en vue de fixer le montant du fret à être payé en tenant en ligne de compte l’Indicative Market Rate affiché sur le Baltic Exchange avec des Rebates. “A aucun moment jusqu’ici, le groupe n’a daigné initier ces discussions avec la STC en vue de cette indexation à l’indice du Baltic Exchange, préférant réclamer son taux supérieur à lui”, affirme-t-on dans les milieux autorisés en mettant en garde contre le risque que les renégociations ne débouchent que sur des «peanuts » concédés au gouvernement, alors que les frais de Betamax sont quasiment à zéro avec des recettes nettes de plus de 21 millions de dollars par an.