Le vendredi 6 décembre, le Gouvernement annonce qu’il publiera le rapport de la National Energy Commission (NEC). Mais sans donner de date. Pourquoi? Quand le rapport sera-t-il publié? L’année prochaine ? Dans 5 ans ? Quel est le sens d’une telle décision quand on sait que le CEB est sur le point imminent de signer un contrat avec CT Power ? Y a-t-il une manoeuvre pour bloquer le rapport afin que certains puissent engager le pays pour de bon dans la voie du charbon ?
Il faut laisser les Mauriciens découvrir les possibilités qui s’offrent à eux et comprendre quel serait le meilleur choix. Il faut publier le rapport de la NEC immédiatement. La NEC a rassemblé les réflexions d’experts spécialisés tout comme les aspirations des citoyens ordinaires. Le secteur privé, les ministères-clefs, les ONGs, les jeunes, la population se sont réunis pour penser l’avenir du pays en matière d’électricité. Un effort collectif unique qui a eu pour référence centrale la réalisation de Maurice, Ile Durable (MID), vision du Premier Ministre depuis 2008 et politique officielle du Gouvernement depuis juin 2013.
On ne peut continuer à tergiverser, il y a urgence. MID avait pour objectif central de transformer la production de l’électricité pour qu’au moins 35% de l’électricité du pays soient produites à partir des énergies renouvelables d’ici 2025… Or la NEC a établi qu’investir dans de nouvelles centrales à charbon conduira à ce que les énergies renouvelables chuteront à 12.5% dans la production d’électricité d’ici 2025. Et dans les faits, depuis l’annonce de MID en mars 2008, la part des énergies renouvelables n’a cessé de reculer, passant de 23.3% en 2008 à 20.7% l’année dernière.
CT Power, c’est la mort du MID. Et cette mort est apparemment programmée. Le Budget 2014 au chapitre MID a juste présenté au pays quelques mesures cosmétiques, essentiellement nettoyer et embellir l’environnement. Quand on regarde le budget de près, on y découvre une allocation de Rs 300 millions au CEB pour CT Power (page 77 du Public Sector Investment Programme 2014 à 2018). En revanche, pas une seule roupie n’est accordée au CEB pour développer les énergies renouvelables. Pire, l’allocation au MID Fund a été coupée drastiquement. D’un milliard de roupies en 2010, le budget du MID Fund est tombé à Rs 100 millions en 2013 ; cette allocation dérisoire a été non seulement maintenue pour l’année prochaine dans le Budget 2014 mais est prévue également pour 2015 et 2016.
Quel est donc cet avenir qu’on nous prépare ?
Alors que la NEC a fait des recommandations pour que le pays puisse faire le meilleur choix, bénéfique à la fois pour l’économie, pour la santé de la population et pour la préservation de notre environnement. Les trois piliers du développement durable.
On ne peut continuer à attendre. Le Kolektif pu Lenerzi Renuvlab publie donc une série d’articles courts pour donner à la population les éléments centraux du rapport de la NEC. Afin que les citoyens puissent être des citoyens éclairés. Le gouvernement et l’opposition parlent souvent de « blackout ». Le seul vrai « blackout », c’est celui sur les faits et la vérité.
Le rapport de la NEC contient deux éléments centraux, qui seront detaillés dans les prochains articles :
1.    Nul besoin d’une nouvelle centrale à charbon pour éviter les risques de « blackout » en 2014-2016. Ce risque est totalement sous contrôle si on planifie soigneusement la maintenance des centrales électriques existantes, si on dote le CEB de 60 MW de nouveaux moteurs à huile lourde, compatibles avec le gaz naturel, et si on fait un vrai effort national de réduction du gaspillage et d’amélioration de l’efficience dans la consommation d’électricité. Voici ce qui est dit à la page 46 du rapport :
“should the NEC recommendations be implemented, there will not be any power deficit in 2014, 2015 and 2016. The country has the breathing space – and the means – to set in motion the necessary measures needed to achieve the transition towards a sustainable energy future.”
2.    Maurice est à la croisée des chemins entre un scénario dans lequel le charbon est dominant, et un scénario dans lequel les énergies renouvelables décollent. Le scénario « charbon dominant » coûte 40% plus cher au pays et crée moins d’emplois, car il maintient les importations d’énergies fossiles dont le prix augmente chaque année ; il n’encourage pas la réduction de la consommation ; et il maintient la logique de grosses centrales contrôlées par une petite élite.
En revanche, le scénario « décollage des énergies renouvelables » permet l’éclosion à travers le pays de petites centrales et donc de démocratiser la production de l’électricité. La création d’emplois est bien plus grande car tout comme les Mauriciens ont appris à vendre et réparer les voitures, les ordinateurs et les téléphones portables, de nombreux citoyens pourront s’engager dans l’installation et la maintenance de panneaux photovoltaïques et autres technologies des énergies renouvelables. C’est un nouveau secteur économique qui émergerait et qui, de plus, protégerait la santé de la population ainsi que l’environnement.
Nous présenterons dans nos prochains articles un résumé des points centraux du rapport de la NEC. A noter que le rapport débute par la citation suivante du Premier Ministre :
“Nous ne pouvons pas élaborer des politiques, prendre des décisions en ignorant le défi du réchauffement climatique, la crise énergétique et la protection de l’environnement. Nous ne pouvons pas détruire les conditions mêmes de notre survie.”
(Inauguration of Ferney Valley Nature Reserve, Extract from the Speech of
Dr the Hon. Navinchandra Ramgoolam, GCSK, FRCP, Prime Minister, Minister of Defence, Home Affairs and External Communications, Minister of Rodrigues, 2 August 2008)