Le Budget 2013, présenté, vendredi, à l’Assemblée nationale, par le vice-Premier ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, est caractérisé par la réalité sociale dure sur le terrain pour les familles démunies et les ambitions numériques affichées en vue de placer Maurice sur orbite. Les deux faces du budget se jouent sur le terrain de l’école, avec d’une part, l’urgence de procéder à la distribution de repas chauds à quelque 9 200 élèves fréquentant les 30 écoles ZEP, et d’autre part, l’ambitieux projet visant à procéder à mettre à la disposition de quelque 20 000 étudiants en Form IV des tablettes tactiles en vue d’ouvrir des perspectives de la réalité digitale à la jeunesse.
Le Grand Argentier a essayé de frapper fort d’entrée de jeu en abordant le volet de la transition technologique sous le titre d’Embracing a Technological Future. A peine les premières dix minutes du discours du budget écoulées, l’une des mesures annoncées porte sur cette distribution de tablettes tactiles aux étudiants en Form IV dès l’année prochaine. « I am pleased to announce that technology will enter our schools in a major way next year », dit-il avant d’ajouter que « this will open tremendous opportunities for digital learning, give access to a world of data stored online and enable, students to do research and to develop their skills on an equal footing with any child in Europe, America or Asia ».
Ces 20 000 élèves en Form IV l’année prochaine n’auront qu’à souscrire une somme de Rs 500 sous forme d’assurance contre la perte et des dégâts à l’équipement informatique distribué. Il va sans dire que ces élèves piafferont d’impatience pour attendre la rentrée scolaire de janvier 2013 pour bénéficier de cet outil informatique promis un vendredi 9 novembre.
En parallèle, Xavier-Luc Duval a annoncé la mise en place d’un réseau de câbles de fibre optique de haut débit dans chaque école secondaire de l’île pour traduire dans la réalité cette ambition digitale.
La démocratisation de l’accès à internet constitue un des cris de guerre budgétaires dans une tentative de combler toute fracture digitale au sein de la population. Ainsi, le budget prévoit à partir de janvier prochain une nouvelle réduction du prix-plancher du broadband à Rs 200 contre Rs 349 actuellement avec des subventions puisées de l’Universal Service Fund. Une nouvelle réduction de 15% du coût de l’International Leased Circuits est annoncée pour janvier prochain en vue de soutenir le secteur de BPO/ICT.
Une série d’autres mesures sont formulées pour insuffler un nouvel élan à l’introduction de l’informatique dans le quotidien des Mauriciens. L’e-Payment Gateway devra être opérationnel à la fin de cette année avec la Mauritius Revenue Authority en tant que Trail-Blazer et le ministère du Logement et la National Transport Authority emboîtant le pas à ce sujet à partir de mars prochain de même que huit autres département publics acceptant des online payments par cartes de crédits à la même époque.
Les parlementaires se mettront à l’ère informatique avec un réseau de mail électronique pour assurer la transmission des correspondances de l’Assemblée nationale, que ce soit en terme de distribution de documents, dont les Order Papers, les PQs et les projets de loi. Ce changement de décor parlementaire est annoncé pour mars prochain.
Avec les développements technologiques de ces derniers temps, le gouvernement caresse l’ambition de projeter Maurice dans le monde du 4 G, avec la promulgation de nouveaux règlements sur le plan du Spectrum management, de nouvelles possibilités de bandwith aux opérateurs « with a view to transforming Mauritius into a fully digital country ».
Très vite et au gré de quelques chapitres du discours du budget, la réalité sociale rattrape le rêve numérique. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances avoue qu’à la lumière de l’expérience du Summer School Program, une autre réalité crève les yeux. « During the Summer School Program, it became apparent that the provision of a hot meal was very popular amongst children. This was very revealing », déclare-t-il.
A partir de ce constat du réel, le gouvernement annonce la décision de procéder à la distribution d’un repas chaud aux quelque 9 200 élèves fréquentant les 30 écoles ZEP du pays. Le coût est de Rs 1 500 par élève par mois avec un budget global de Rs 130 millions.
Xavier-Luc Duval enchaîne avec la disparité dans le traitement des enfants nécessiteux. Il dit que des familles faisant partie de la liste d’extrême pauvreté de la National Empowerment Foundation sont exclues de tout programme d’assistance sociale. Les Rs 447 payées actuellement au nom de chaque enfant dans le besoin passeront à partir de janvier prochain à Rs 750 par mois.
Le critère imposé est que les revenus de la famille ne doivent pas dépasser Rs 6 200 par mois et que la famille doit être enregistrée au Social Register of Mauritius. 20 000 enfants devront se qualifier pour ce paiement de prestations sociales avec le gouvernement déboursant Rs 100 millions du budget 2013.
D’autre part, 5 000 autres enfants ne vont pas à l’école de manière assidue pour diverses raisons. Les Child Benefits versés par l’Etat pourront être coupés si le taux de présence de l’enfant à l’école est inférieur à 90% pendant deux mois et cela sans aucune raison valable.
A l’autre bout du spectrum éducatif, soit à la fin du cycle secondaire, la dure réalité sociale bat de plein fouet. Un Student Loan Scheme, avec des prêts bonifiés de Rs 100 000 par an, pour assurer le financement des études tertiaires des étudiants nécessiteux fait partie des mesures budgétaires car « lack of financial means should never stand betwen a student and his or her ambitions ». Le taux d’intérêt sera de trois points au-dessus du Repo Rate avec une garantie de la famille seulement. Le gouvernement se porte garant à hauteur de 20% de ce prêt en cas de créances douteuses.
En sus de cette formule de prêts, une enveloppe budgétaire de Rs 20 millions est prévue popur le financement des études universitaires d’étudiants, qui ne seront pas en mesure de prendre avantage du Student Loan Scheme. Mais, ils devront satisfaire au préalable les conditions du Social Register of Mauritius.
La réalité du chômage parmi les jeunes impose des initiatives budgétaires, dont une enveloppe de Rs 330 millions pour faciliter cette intégration dans le monde professionnel. Le Youth Placement Programme pour les jeunes jusqu’à l’âge de 25 ans sera revu et corrigé avec des contributions du gouvernement de Rs 4 000 au lieu de Rs 3 000 aux salaires des non-gradués et de Rs 7 500 contre Rs 6 000 aux gradués sous forme. Cette formule sera en vigueur sur une période d’une année au lieu de six mois. Une contribution de Rs 7 500 est aussi prévue au titre de la formation durant cette même période.
Un Skills Working Group institué sous le National Resilience Fund, est institué en vue d’apporter des solutions au problème du chômage parmi les jeunes. Le mandat de ce comité conjoint gouvernement/secteur privé sera de se concentrer sur les gradués au chômage depuis une année de leur sortie de l’université.
Le Service to Mauritius Programme recrutera quelque 300 jeunes universitaires en vue de les initier au mécanisme de la fonction publique. Le ministère de l’Enseignement supérieur sera mis à contribution à ce chapitre avec le discours du budget soulignant que « these measures amount to a comprehensive package of support for our youth ».