C’est inouï ! Depuis hier après-midi à Buenos Aires, Maurice compte son tout premier médaillé d’or olympique aux 3es Jeux Olympiques de la Jeunesse (6-18 octobre). Elle doit cet exploit à Terence Saramandif, qui a été exact au rendez-vous de l’épreuve de canoë slalom, sa spécialité. Le Mauricien aura survolé son concours dès le début de la phase qualificative jusqu’à la finale en gardant toujours la première place. Au bout du compte, il aura récolté ce qu’il aura largement mérité. Il s’impose confortablement dans le temps de 1’18″86, devant le Néo-Zélandais Anderson et l’Espagnol Beccera, alors que l’Ukrainien Kuzyk termine au pied du podium.

Terence Saramandif, 16 ans seulement (né 29 mars 2002), fait désormais partie de ces jeunes talents olympiques fraîchement identifiés par des spécialistes du repérage pour les prochains Jeux Olympiques 2020 à Tokyo, soit le plus grand événement sportif planétaire. Mais cette médaille d’or historique, la première qui survient dans toute la zone de l’océan Indien, porte en elle un curieux parfum d’ironie. Il n’y a pas bien longtemps, la discipline de canoë-kayak avait suscité entre 2012 et 2013 une grande controverse et l’indignation dans les milieux du sport mauricien, car contestée de vive voix en Cour suprême par certains dirigeants sportifs qui étaient formellement opposés à son introduction par le Comité olympique mauricien (COM), notamment son président, Philippe Hao Thyn Voon. Le cas avait même été critiqué au Parlement par l’opposition. Cette discipline était qualifiée de fictive, au même titre que le pentathlon moderne, l’aviron, le hockey (gazon) et l’escrime, celle-ci étant la seule à ce jour à être reconnue par le ministère de la Jeunesse et des Sports.

Mais le canoéiste Terence Saramandif est venu quelque part donner raison au COM. Le revers est assez cinglant… Le Mauricien, après avoir décroché l’or en slalom et le bronze en sprint courant juillet en Algérie lors des Jeux d’Afrique de la Jeunesse, confirme sa place dans la cour des futurs grands aux mondiaux juniors à Barcelone, où il s’est offert le bronze. Ses médailles obtenues en Algérie lui ont rapporté une prime de Rs 90 000 du MJS qui, de facto, aura aussi reconnu la discipline. Il n’a pas encore été récompensé pour sa médaille obtenue à Barcelone. Mais s’agissant de sa médaille olympique, elle devrait lui valoir environ Rs 750 000.

Né de père mauricien et de mère française, Terence Saramandif compte cinq années de pratique. Mais ses parents étaient en contact permanent avec le COM depuis quatre bonnes années afin qu’il soit inscrit à des compétitions internationales sous le drapeau mauricien. Depuis le 3 octobre 2018, il est classé 194e mondial chez les jeunes, juniors U23 et seniors confondus sur 430 spécialistes. Son coach, le Français Kalian Fulon, lui-même canoéiste classé 36e mondial, doit être très fier de lui.

On laissera au président du COM, le mot de la fin. « On doit remercier l’État de son soutien et surtout la famille de Terence, qui s’est toujours battu pour que leur fils représente notre pays. Terence aurait pu choisir la France, mais il a fait preuve de patriotisme envers son pays. Le COM le soutiendra à 100% jusqu’en 2020 et même 2024 (Paris). Je crois que le MJS va aussi suivre le pas. D’ailleurs, je suis convoqué par le MJS demain pour qu’on se mette sur la même longueur d’onde concernant les disciplines qui seraient potentiellement médaillables aux prochains JO. Terence devrait aussi intégrer la catégorie mondiale dans la grille des sportifs de haut niveau », s’est félicité Philippe Hao Thyn Voon.

Le canoë-kayak est reconnu par l’instance internationale de la discipline depuis 2012.