Le tout nouveau Chairman de la State Investment Corporation (SIC), Mic Gujadhur, intervenait hier à un forum débat organisé par la Casinos Employees Union (CEU), à Trianon. Chiffres à l’appui, il a expliqué aux employés présents les grands axes d’une refonte intégrale. De la dizaine de casinos qui étaient opérés par l’État, il n’en reste plus que quatre : au Caudan, au Domaine Les Pailles, à Flic-en-Flac et à Curepipe, où 850 personnes sont employées par ce secteur « hautement gangrené par l’ingérence politique », a déploré Mic Gujadhur. Suivant une feuille de route « très claire et concrète », le ministère des Finances s’attelle dans les six prochains mois à « redresser la situation, dans les meilleures conditions et se donne une année pour remettre ce secteur à flot ». Dans la foulée, l’ouverture d’un nouveau casino dans le Nord serait à l’étude, ainsi que la relocalisation de celui de Flic-en-Flac.
Pour l’heure, seuls quatre casinos, cogérés par l’État, nommément la SIC et le ministère des Finances, sont encore opérationnels, contre la dizaine qui existaient il y a encore quelques années. Ces quatre casinos se trouvent au Caudan Waterfront, au Domaine Les Pailles, à Curepipe et à Flic-en-Flac. Au total, quelque 850 Mauriciens y sont employés. L’an dernier, l’ancien régime, à la lumière de rapports financiers accusant des pertes énormes, devait, à un moment donné, avancer l’éventualité d’une fermeture des casinos, soit leur privatisation. Ce qui n’a pas manqué de susciter la colère et l’opposition des employés, qui étaient montés au créneau et avaient manifesté leur refus d’obtempérer dans les rues.
Avec l’arrivée du nouveau gouvernement, le dossier des casinos est revenu sur le tapis. Lors d’une conférence de presse samedi dernier, le nouveau Grand Argentier, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a réitéré le fait que le secteur des casinos est en grande perte de vitesse. Il devait aussi signaler l’élaboration d’une feuille de route très concrète ainsi que le projet de  construction d’un nouveau casino dans le nord, la délocalisation du casino de Flic-en-Flac dans un endroit plus fréquenté de la côte ouest, un plan de refonte et de restructuration intégral pour tout le secteur des casinos ainsi que des mesures relatives à tant l’ingérence politique dans ce milieu et le fait que les employés sont en surnombre. Ce qui occasionne aussi certains problèmes. C’est dans un souci de vulgariser le “stand” de l’actuel gouvernement et de familiariser les employés avec les nouvelles mesures qu’un séminaire d’une journée a été organisé hier à la Baden Powell House de Trianon par la CEU. Une bonne quantité d’employés de casinos étaient présents pour écouter, tour à tour, leur élu syndical, en l’occurrence Eddy Benoît mais aussi Jack Bizlall, négociateur, et Mic Gujadhur, nouveau chairman de la SIC.
Mic Gujadhur n’est pas un inconnu dans l’univers des casinos. Ce consultant est l’auteur d’un rapport sur les rouages de ce secteur et ses spécificités à Maurice. Et c’est ainsi, en connaissance de cause et avec la maîtrise de son dossier, qu’il s’est adressé hier aux employés, membres de la Casinos Employees Union (CEU), à la Baden Powell House de Trianon. « Je suis conscient des difficultés que vous rencontrez, a déclaré Mic Gujadhur. Vous êtes le coeur de cette industrie qu’est le casino. Et une des raisons pour lesquelles j’ai accepté de relever ce défi et prendre les commandes de la SIC, c’est que j’ai à coeur votre réalité. Je suis très touché par l’aspect humain qui résulte de la situation catastrophique dans laquelle se trouve le secteur des casinos à ce jour. J’ai pris cela comme un défi personnel et j’aurais à coeur de me battre pour vos intérêts, vous, les employés des casinos, qui êtes le poumon de ce secteur. »
Faisant remarquer que « les casinos font partie de l’hospitality industry », le consultant, devenu chairman de la SIC, a lancé : « Nous devons miser sur ces atouts. Pendant de trop longues années, aucun nouveau souffle n’a été injecté au secteur des casinos, et avec la récession économique mondiale, ajoutée à d’autres problèmes locaux typiques, tout ce secteur a piqué du nez. »
Et Mic Gujadhur de faire ressortir : « Il y a eu un gaspillage monumental au niveau de la SIC durant ces dernières années. Ce n’est un secret pour personne. Ce gouffre financier a provoqué la mise sur pied d’un “steering committee” sous la présidence du secrétaire financier Dev Manraj. » Rappelant les retombées et propositions émises par le rapport rendu en octobre dernier par ce comité, où siégeait aussi le syndicaliste Jack Bizlall, Mic Gujadhur devait brosser, chiffres à l’appui, le tableau très sombre de la situation actuelle pour l’univers des casinos de Maurice : « Fin 2014, les pertes s’élevaient à Rs 100 millions. La chute a commencé depuis 2008/09, où l’on enregistrait des pertes à hauteur de Rs 16 millions par an. Et ça n’a pas arrêté depuis… D’où, aujourd’hui, l’immense goufre financier que représente ce secteur. »
En ce qu’il s’agit des revenus, les casinos rapportaient, en 2008, Rs 904 millions à l’État, précise-t-il. « Or, fin 2013, ce chiffre a drastiquement baissé et a atteint Rs 578 millions. En contrepartie, les dépenses, elles, ont pris l’ascenseur. De Rs 409 millions en 2008, elles sont passées à… Rs 544 millions ! » Donc, devait relever Mic Gujadhur, « lorsque les dépenses augmentent aussi considérablement et que les revenus, eux, accusent une chute très sévère, la situation est on ne peut plus catastrophique » ! Et de concéder que « même si c’est une situation des plus difficiles, nous avons la volonté et le souhait de renverser la vapeur ».
De ce fait, a expliqué Mic Gujadhur, « avec le concours du ministère des Finances, nous avons élaboré un plan de refonte de fond en comble destiné au secteur » des casinos. « Nous devons tout prendre en considération : de la formation des employés, sur une base continue, au ‘refurbishment’ des casinos. C’est un “lifting” complet et total qui se commande et nous devons nous y atteler maintenant. » Et « sans le soutien et la collaboration des employés, tout ce plan tombe à l’eau », devait décocher le nouveau patron de la SIC à l’égard des employés des casinos de Maurice.
Expliquant à l’assistance présente à la Baden Powell House hier qu’il n’est pas un “gambler” – « même si ma famille possède des écuries, je n’ai jamais eu la fibre du parieur », dit-il –, Mic Gujadhur devait relever que « comme l’a aussi décrié Jack Bizlall, ici, avant moi, ainsi qu’au sein du “Steering Committee” où il siège, le secteur des casinos a été pénalisé par trop d’ingérences politiques et d’irrégularités ». Il ajoute : « Chaque régime qui est venu y a posté ses protégés… Cela a contribué à créer un surnombre d’employés dans ce secteur. Sans oublier qu’avec la fermeture récente du casino de Trou-aux-Biches, toute cette masse d’employés ont été redéployés au sein des autres casinos. » Ces « manquements, ajoutés à un manque de vision et d’organisation, de planification et de positionnement, ont contribué, avec la récession mondiale, à faire dégringoler les casinos », devait résumer Mic Gujadhur.
Le nouveau chairman de la SIC a dit venir avec un “business plan”. « Il y a, entre autres, les projets de constructions de casinos dans le nord et l’est. Et aussi pourquoi pas dans le sud, dans un deuxième temps ? Nous allons aussi nous atteler à ce problème d’employés surnuméraires. Le secteur des casinos, à Maurice, n’a pas connu de véritable “relooking” ni de mise à jour. Il faut commencer quelque part et, surtout, tout prendre en compte. Des conditions de travail des employés au réaménagement des casinos en passant par l’acquisition de nouvelles machines et la révision de toute la logistique, entre autres. »
Mais, glisse notre interlocuteur, « je ne suis pas le bon dieu ni un faiseur de miracles », ajoutant : « Je vais tout mettre en oeuvre. Je ne vais rien laisser au hasard. Mais si après la période moratoire de six mois qu’on s’est donné pour remettre en route les casinos et les 12 mois pour recommencer à enregistrer des profits rien ne change, alors je n’aurais d’autre alternative que de rendre mon tablier ! »