L'entrée de Chateau Bénarès

Château Bénarès est un petit village dans le sud, sis entre les villages de Camp-Diable et de Batimarais. Il abrite environ 300 familles, selon un conseiller du village. Sir Virgile Naz y avait élu domicile et y avait construit l’un des plus beaux châteaux coloniaux de Maurice. Il se distinguait par son perron en pierres de taille. De plus, l’endroit abrite une ancienne usine sucrière, dont la cheminée est considérée comme faisant partie de notre patrimoine. Découverte…

Cela fait plus de 25 ans que les habitants ont quitté Bénarès, ce petit village qui se trouvait à l’arrière de l’ancienne usine sucrière, pour venir s’établir dans un nouveau village, baptisé Château Bénarès. Clifford Jolicoeur, conseiller du village, explique que l’endroit porte ce nom en raison du château colonial qui s’y trouve. Quant à l’ancien village de Bénarès, il a été complètement détruit. Seule une mosquée et un temple tamoul sont restés. Toutes les maisons, à l’époque construites en béton, en tôle et en bois, ont été détruites. Aujourd’hui, c’est un vaste champ de canne qui remplace ce village.

Le village de Château Bénarès se situe à quelques kilomètres de l’ancien village, là où se trouve le château colonial, ou du moins ce qu’il reste du château. « Le château, construit en 1914, est composé de deux ailes. Le château, où résidait sir Virgile Naz, n’existe plus. Un village hall ainsi qu’un centre de formation du MITD ont été construits au même endroit. Par contre, la cuisine du château, qui se situait à côté, existe toujours. Autrefois, elle a servi d’école primaire pendant plus de 40 ans. Mais aujourd’hui, elle n’est plus que ruines. Pourtant, elle aurait dû être déclarée comme patrimoine. Les enfants du village doivent se rendre à l’école de Rivière-des-Anguilles, que ce soit pour le préprimaire, le primaire ou le secondaire. Nous avons un bus qui vient les récupérer tous les matins et les dépose dans l’après-midi », déplore le conseiller.

En effet, la toiture en bardeaux a cédé ainsi que les portes, les fenêtres et les colonnes, qui sont faites en bois. Seuls les murs et les marches ont résisté à l’usure du temps. Clifford soutient que les villageois ont demandé que le château, ou plutôt ce qu’il en reste, soit rénové et transformé en théâtre. « Le château est dans un état abandonné depuis cinq ans. Nous avons à plusieurs reprises attiré l’attention des autorités, mais en vain. Si nous ne voulons pas perdre ce dernier souvenir du village, il faut à tout prix le rénover et l’entretenir. Le conseil de village a proposé d’en faire un théâtre. Ce qui est une bonne idée, d’autant qu’il y a un manque de loisirs pour les jeunes à Château Bénarès », explique Clifford.

En face du château se trouve un terrain de foot. Toutefois, il n’accommode aucune facilité pour promouvoir ce sport dans cet endroit. « Certes, nous avons un terrain de foot, mais il est privé de toutes les facilités et infrastructures nécessaires. Par exemple, il n’y a pas de lumière et il y a un manque d’entretien », regrette Clifford.

De surprise en surprise

Autre lacune dans ce village : pas d’église pour la communauté chrétienne. Clifford explique que les messes sont organisées soient sur le terrain de foot, soit dans le village hall. « Nous avons une mosquée et un temple, nouvellement construit, dans le village. Mais les habitants de foi chrétienne n’ont pas d’église pour aller prier. Nous avons fait une demande et nous attendons toujours la réponse », précise le conseiller.

Après une balade dans le « nouveau » village, entouré de champs de canne, nous avons pris la direction de l’ancien village, là où se trouve les ruines de l’usine sucrière. A l’entrée, nous constatons quelques structures en ruines. Selon Fareed Islam, un habitant de l’endroit âgé de 71 ans, la première structure servait de bétaillère pour des bovins. Puis nous constatons une deuxième structure à l’abandon. Clifford nous dit que c’était une boutique, où les villageois faisaient leurs courses. Mais depuis le déménagement des villageois, elle est restée fermée et à l’abandon. Ensuite, nous arrivons à une structure qui servait autrefois d’école maternelle et de salle d’occasion. Les vitres sont brisées et des lianes ont envahi la structure. Dans la cour, nous constatons un grand rocher avec quelques mots gravés dessus. En nous approchant, nous réalisons que c’est une stèle en mémoire d’un certain G. R. Park, qui a vécu de 1883 à 1957. Fareed nous dit qu’il s’agit d’un haut gradé qui travaillait sur la propriété sucrière.

Enfin nous arrivons à l’usine sucrière, ou plutôt ses ruines. Construite en 1863, l’usine devrait opérer jusqu’en 1968. Elle a ensuite fermé ses portes. Aujourd’hui, on ne la reconnaît plus. Il ne reste que d’elle que quelques murs. Même le toit a disparu. L’usine sert maintenant d’entrepôt pour stocker de grands tuyaux appartenant aux propriétaires de la propriété, probablement utilisés pour l’irrigation. En revanche, la cheminée de l’usine, elle, est restée intacte, hormis quelques lianes qui ont poussé dessus. Elle est l’une des structures historiques de ce village. Quelques-unes des machines ont été entretenues et exposées à l’extérieur, à la vue des visiteurs. Nous apprenons que cette usine a été construite par des colons français, qui l’ont baptisé Bénarès, inspirée de la ville indienne Banaras, où ils travaillaient. Sous la véranda de l’usine, nous constatons des photos en noir et blanc montrant une vue aérienne de l’usine alors qu’elle était encore en opération et le village Benarès, qui se trouvait non loin.

Plus loin se trouve une structure datant de nombreuses années. Fareed nous explique que c’était autrefois un laboratoire, converti en bureau pour les sirdars. Aujourd’hui, c’est devenu un bureau administratif. Des chiens errants rôdent dans les parages mais semblent habitués à la présence humaine. « Ce sont les gardiens de cet endroit », nous dit Clifford, avec un large sourire.

Nous continuons d’avancer jusqu’à ce que nous arrivions à l’entrée de l’ancien village. « C’est là qu’il fallait passer pour entrer au village. Il y a un temple tamoul à l’entrée et une mosquée plus loin. C’est ce qui reste du village de Bénarès. Vous ne trouverez pas de maisons. Elles ont toutes été détruites pour faire place à la culture de cannes à sucre », souligne Fareed. Ce dernier nous montre également un chemin menant à la plage de Bénarès. « Nous avons une belle plage. Malheureusement, les autorités font la sourde oreille. Nous avons demandé à asphalter les chemins menant à la mer car beaucoup de personnes viennent se promener. Nous avons aussi réclamé l’installation des infrastructures nécessaires, comme des toilettes sur la plage, mais en vain », conclut Clifford.