D’un bout à l’autre du monde, à bord des avions, les hôtesses et les stewards assurent la sécurité et le confort des passagers pendant le vol. L’hôtesse de l’air a longtemps incarné un fantasme de féminité. Aujourd’hui encore, le métier attire nombreuses jeunes femmes qui veulent voyager, découvrir le monde, vivre des expériences uniques. Caroline, Clothilde et Sandra nous expliquent les ficelles de ce métier riche et passionnant, qui demande beaucoup de rigueur et de professionnalisme… Ayant signé un accord de confidentialité, elles sont présentées par des prénoms fictifs.
En 1990, Caroline, 46 ans aujourd’hui, devient hôtesse de l’air. Caressant le rêve de devenir enseignante, mais ne trouvant pas d’emploi, c’est sa mère qui l’inscrit. Au début, loin d’elle l’envie d’être à 8 000 mètres d’altitude. Elle a essayé et elle a adhéré. Avec 25 ans de vols à son actif, elle nous raconte son métier. « C’est un métier très chic et attirant. Je ne me rendais pas encore compte à quel point c’était un métier très demandé et c’est au bout de quelques vols que j’ai vraiment commencé à aimer ce que je faisais », raconte-t-elle. Devenir hôtesse de l’air a permis à Caroline d’acquérir beaucoup de liberté, à l’époque les parents étant encore relativement sévères. « J’ai énormément voyagé en 25 ans et j’ai découvert le monde et ces multiples facettes. » Caroline a connu une ascension rapide au sein de la compagnie pour laquelle elle travaille. Au bout de dix ans, elle a été promue Chef de cabine. Lourde responsabilité, car elle se doit de savoir absolument tout ce qui se passe dans l’avion aussi bien avec les passagers qu’avec le personnel de bord. S’il lui est arrivé de vivre de fortes expériences: turbulences, un moteur qui a brûlé ou des blessés sur son vol, Caroline ne se laisse pas impressionner. « Je ne réalise même pas que je suis à des milliers de mètres d’altitude. »
Un rythme difficile
Loin des clichés entourant ce métier, les hôtesses de l’air ne vivent pas toujours sur un petit nuage. « Oui mon métier a des inconvénients : la fatigue, le décalage horaire, les passagers désagréables, les avions en retard… Évidemment, mon planning n’est jamais le même », raconte la Chef de cabine. Pour elle, comme pour ses collègues, assurer une vie familiale est « très difficile, nous n’avons quasiment pas de vie familiale entre les vols qui nous faits manquer des événements familiaux importants, les décalages horaires qui ne nous permettent pas de rester connectés et la fatigue qui nous rend malade. » Là où Caroline a peut-être un avantage sur ses collègues est que depuis son tout jeune âge elle ne dort pas beaucoup. Mais le manque de sommeil occasionné par les exigences du métier est bel est bien source de problèmes de santé pour les hôtesses de l’air. « Il nous faut prendre des vitamines et d’autres fortifiants pour nous aider à tenir le coup puisqu’il nous arrive souvent de ne pas avoir le temps de nous reposer entre deux vols. » Elle explique également que plusieurs femmes connaissent des désagréments outre que la fatigue accumulée: débalancement hormonal, chute de cheveux, certaines femmes qui n’arrivent pas à avoir d’enfant… Pour cette mère, le plus dur est de ne pas voir son fils grandir.
Rêve d’enfance
« Être hôtesse était mon rêve. J’ai toujours voulu voir le monde, et après avoir vu le film View from the top, j’étais sûre que c’était ce que je voulais. J’ai tout de même voulu faire des études et il m’a fallu beaucoup d’efforts et de sacrifices pour arriver à faire mon métier », raconte Clothilde. La jeune femme de 25 ans assure la sécurité et le confort des passagers depuis six mois et elle a déjà visité plusieurs pays dont l’Australie, le Japon, Paris, Moscou, Rome ou encore Bangkok.
« Il y a beaucoup d’avantages à faire ce métier: la possibilité de voir le monde et être payée pour le faire; vivre dans une ville futuriste qu’est Dubaï — même s’il y a beaucoup d’apriori c’est une ville très développée et cosmopolite. Je peux aussi faire de petits voyages avec des billets moins chers ou retourner voir ma famille », raconte Clothilde. Pour elle, « le travail en lui-même n’est pas dur, mais il faut avoir un sens extrême de la customer orientation et garder la tête froide parfois, car certaines personnes ont tendance à oublier qu’on est dans un avion et pas dans un restaurant. Mais sinon, on garde le sourire et on n’oublie pas qu’on doit rendre chaque expérience unique. »
Sandra nourrit elle aussi ce rêve depuis toujours. Alors qu’elle a entamé ses études en événementiel, elle a décidé de tenter sa chance pour devenir hôtesse de l’air. « C’est un métier très challenging, et pour moi c’est une expérience formidable », dit-elle. Depuis six mois, elle a eu l’occasion de visiter plusieurs pays, mais sa destination préférée reste Paris, dit-elle. « J’ai aimé le Kuala Lumpur pour le shopping, Mumbai pour sa culture et Perth parce que ça ressemble à Maurice, mais en plus grand. »
Turbulences
Même si elle n’a jamais eu peur dans l’exercice de ses fonctions, Clothilde se souvient encore de son dernier vol. « Lors de mon dernier vol, je n’étais pas très rassurée. Il y avait beaucoup de turbulences et on ne pouvait plus circuler dans l’avion. On a dû rester assis pendant pratiquement la moitié du vol. » Pour la jeune femme aussi ce métier l’oblige à être loin de ses proches. « Les moins bons côtés du métier pour moi c’est de ne pas être avec ma famille ou mes amis. C’est un métier ou on peut vite se sentir seul, car on change de collègues tous les jours. Mais c’est aussi l’occasion de se faire de nouveaux amis — ou ennemis! », dit-elle.
Alors comment cette jeune femme arrive-t-elle à gérer vie professionnelle et vie personnelle? « J’essaye de faire fonctionner une relation à distance, ce qui n’est pas si facile, mais ça en vaut la peine. Grâce à mon métier je peux justement prendre l’avion et partir 24h retrouver mon chéri. Ma vie professionnelle est facile à gérer tant que j’arrive à me réveiller et ne pas être en retard parce que l’avion ne m’attendra pas! »
Sandra, elle, a mal vécu ses débuts dans le métier. « J’ai été pas mal affectée lorsque j’ai commencé. Il faut quitter sa famille, on n’est pas là pour les grandes fêtes, etc. Avec mon copain ça a été le plus dur, on est ensemble depuis six ans et cela devenait compliqué à gérer », raconte Sandra. « On arrive à se conditionner au bout d’un certain temps. Au moment de partir, j’ai un pincement au coeur, mais une fois à bord, je ne pense plus à rien. »
La sécurité avant tout
Le travail des hôtesses de l’air débute bien avant le décollage par un premier contrôle des équipements de sécurité en cabine (gilets de sauvetage, masque à oxygène…). Puis ils accueillent les passagers, en prêtant une attention particulière aux enfants non accompagnés et aux personnes handicapées. Leur devise: la sécurité avant tout. Une fois à bord, elles réalisent, pour les voyageurs, des démonstrations de sécurité et indiquent la procédure à suivre en cas d’accident. Elles veillent également à faire respecter les différentes consignes en vigueur (interdiction de fumer, extinction des téléphones portables, maintien des ceintures de sécurité au décollage, à l’atterrissage et en cas de turbulence…). Ces filles du ciel sont entraînées à la lutte contre les incendies, aux évacuations d’urgence, au secourisme et à la survie.
Critères choquants
Outre les normes concernant la taille des candidates, les critères de sélections de certaines compagnies choquent parfois. « Lorsque j’ai commencé, on m’a demandé si j’étais vierge. Mais au fil du temps ça a changé. » Pour cette femme qui se dit 100% féministe, il est inadmissible d’obliger ses employées à rester célibataires. En effet, une des règles de la compagnie Qatar Airways dit que les hôtesses ont l’obligation d’être célibataires et s’engagent à le rester pendant cinq ans et qu’elles doivent demander la permission à leur employeur avant de se marier. Il est dit aussi qu’une grossesse peut entraîner un licenciement. « Comment peut-on demander à une femme une telle chose? Cinq ans c’est beaucoup trop, c’est quasiment une vie passée quand on a envie de fonder une famille. Et en plus, cela relève de la vie privée de la personne, on ne peut pas s’immiscer là-dedans! », dit Caroline, outrée.