Le directeur de PILS (Prévention, information et lutte contre le sida), Nicolas Ritter, ainsi que plusieurs autres Mauriciens, activistes et bénévoles, engagés au sein de différentes ONG dans la lutte contre le sida, seront présents, du 8 au 10 octobre prochains à Saint Gilles Les Bains, à l’Île de la Réunion, où se tient le colloque annuel dédié au VIH/sida. Avant de prendre l’avion, Nicolas Ritter fait état de ses attentes relativement à l’événement et en profite pour exprimer son coup de gueule du fait que « dans la région, hormis à l’Île de La Réunion, qui est un département français, aucune des îles ne parvient à avoir une réponse efficace pour ce qui est de traiter les patients du sida. Et c’est le cas même pour nous, à Maurice, et ce, en dépit de tous les moyens disponibles, qu’ils soient infrastructurels et surtout, financiers ! »
Fidèle à lui-même, Nicolas Ritter ne pratique pas la langue de bois : « Nous avons certainement réalisé des avancées considérables et conséquentes, à Maurice, ces dernières années. Oui, il y a quelque temps, on se targuait même d’être le deuxième pays du continent africain à donner des antirétroviraux (médicaments prescrits aux Personnes vivant avec le VIH) gratuitement. Or, ces dernières années, malgré les injections de fonds conséquents et toute une panoplie d’études, de projets et autres qui ont été réalisés pour renforcer la riposte, eh bien, « in the end line », les bénéficiaires et les patients en ont marre ! C’est le ras-le-bol ! » Il continue : « Imaginez un patient qui depuis une dizaine d’années suit rigoureusement son traitement et se donne à fond car il y croit. Il a décidé de s’investir et se bat sur tous les fronts pour pas que le virus gagne la bataille. Cette même personne vous regarde maintenant dans le blanc des yeux et vous déclare que trop, c’est trop. Elle n’en peut plus et qu’elle baisse les bras ! Si ce n’est pas triste ! Mais pire, c’est honteux que dans un pays comme Maurice, avec tout ce dont on dispose comme armada pour lutter contre le virus, on en soit encore au stade où ceux qui devraient être les premiers à bénéficier des soins et des traitements, soit les PVVIH, soient toujours encore en attente… »
Ces carences, rappellent les travailleurs sociaux engagés dans cette lutte, proviennent du fait que malgré toute la bonne volonté affichée du gouvernement, les moyens financiers et techniques, il manque encore cruellement de structures et de ressources humaines pouvant prendre en charge les malades du sida ; les encadrer et les accompagner dans leurs parcours. Nicolas Ritter revient à la charge : « Ce problème est systémique. Il ne faut pas être savant pour le comprendre. On veut faire des choses mais ça bloque indéfiniment. On met des choses en place mais des dysfonctionnements surviennent et bloquent la machinerie. Et en contrepartie, certains patients, las de se battre continuellement, meurent ». Et ça, rappelle le directeur de PILS, « on ne peut pas le cautionner. Il s’agit de vies humaines. On n’a pas le droit de fermer les yeux dessus. »
Nicolas Ritter rappelle que « Maurice, comme Madagascar, les Comores et les Seychelles, souffre donc du même mal. Certes, dans ces trois autres pays, la situation est avec de leurs spécificités individuelles différente et d’une problématique unique. L’unique pays qui parvient à ne pas laisser mourir ses PVVIH, c’est La Réunion, parce que c’est un département français et que les fonds français et les compétences et ressources humaines concernées y sont injectés. Nous sommes, à Maurice, également, dans une situation où en ce qu’il s’agit de logistique et de finances, nous devrions être beaucoup plus loin. Seulement voilà, quand on a droit à un système de santé vieux de 40 ans et qu’on doive traiter de pathologies d’aujourd’hui, ajouté à cela, une mentalité qui tarde à évoluer, au bout du compte, le patient en a assez de se battre contre le courant. Et il baisse les bras. Préférant la mort physique ! Et ça, c’est honteux pour un pays comme Maurice qui se vante d’être parmi les meilleurs du continent ! »
L’activiste renchérit : « État et société civile ont appris à oeuvrer ensemble à Maurice. Les moyens et les connaissances aidant, il y a la volonté d’avancer et d’améliorer les choses. Mais tout cela tarde à se mettre en place. Et c’est là qu’on se retrouve avec des patients qui ne peuvent plus faire preuve de patience et de persévérance… C’est regrettable. »
Nicolas Ritter ne sera pas l’unique Mauricien présent au colloque VIH/sida de l’océan Indien, rebaptisé cette année Colloque VIH/sida & hépatites, « parce que cette problématique est venue s’ajouter à celle du sida et qu’elle est présente dans toutes les îles. » Le directeur de PILS sera également entouré d’activistes, de PVVIH et de bénévoles qui oeuvrent au sein de différentes ONG locales engagées dans la même lutte à Maurice. Cependant, petit bémol, à quatre jours de la tenue du colloque, souligne M. Ritter, « la représentativité de l’État mauricien est encore incertaine… Nous comprenons que le contexte politique et électoral peut ne pas être propice pour que le ministre lui-même se déplace, du moins le jour de l’ouverture du colloque. Mais tout au moins, le pays pourrait et devrait être mieux représenté, à notre sens… Pour signifier notre volonté réelle et concrète dans cette lutte et notre riposte. »