Mais qu’est ce que sir Anerood Jugnauth avait pris à son petit-déjeuner, mardi dernier ? La question mérite d’être posée puisqu’après des mois de réponses parlementaires à coté, méprisantes et parfois  insultantes, tout d’un coup il a retrouvé mardi dernier le ton – et les mots – qu’il avait quand on le surnommait Rambo et qu’il disait «  ça mo napa pou toléré. » Et, qui plus est, ses déclarations au Parlement n’étaient pas dirigées contre un élu de l’opposition, mais contre un département qui tombe directement sous la tutelle de son ministère, celui de la police. Pour bien comprendre ce qui s’est passé mardi dernier au Parlement, il faut remonter dans le temps. Plus précisément au 9 mars 2017 quand 160 kilos d’héroïne sont découverts dans des conteneurs transportés par un cargo sud-africain. C’est une des plus grosses prises effectuées par la police mauricienne dont la valeur marchande dépasse les deux milliards de roupies. Selon les procédures, la drogue saisie est gardée aux Casernes centrales alors que l’enquête pour retracer – et surtout arrêter – les gros bonnets du trafic suit son cours. Et puis, le 27 juin dernier, le Mauricien publie  une information stupéfiante, c’est le cas de le dire. 16 kilos ont disparu des 160 kilos de drogue saisis en mars de l’année dernière et conservés au Casernes centrales. Valeur marchande des Rs 16 kilos manquants : Rs 237 millions. Si la police ne réplique pas publiquement au scoop du Mauricien, en privé des hauts gradés font savoir qu’ils ont une réponse toute prête. Selon eux, les 16 kilos manquants étaient constitués par l’emballage du colis, le « wrapping », qui avaient été comptabilisés par erreur. C’est cette explication qui a été donnée par les Casernes centrales comme réponse à une question parlementaire du député MMM Adil Ameer Meea posée au ministre Mentor, mardi dernier.

Mais contre toute attente et à la surprise générale le ministre Mentor ne s’est pas contenté de lire la réponse préparée par la police. Retrouvant son ton d’autrefois, sir Anerood Jugnauth a déclaré qu’il avait bien reçu les explications du commissaire de police sur le fait que la police avait inclus l’emballage du colis dans le poids de la drogue. Mais déclare le ministre responsable de la police « I wish to state that I am not personally satisfied » de ces explications. En conséquence poursuit le ministre Mentor «  I have therefore decided to initiate an independent inquiry to be presided by a former judge of the Supreme Court to shed light in this matter. »

Mais sir Anerood Jugnauth ne devait pas s’arrêter sur sa lancée et profita d’une autre question parlementaire pour dire ce qu’il pensait du fonctionnement de la police. Interrogé par le député PTr Ritesh  Ramphul sur le transfert d’une policière après qu’elle a verbalisé un président de conseil de village qui n’avait pas attaché sa ceinture, le ministre Mentor a eu ceci à dire : «  My personal impression is that she has been punished because she booked a chairman of a village council. I have told that to Commissioner of Police. Action must be taken.”  Dans une même séance parlementaire sir Anerood Jugnauth a  donc dit publiquement  au commissaire de police ce qu’il pensait de sa manière d’administrer la police en citant deux exemples précis.

Dans n’importe quelle police démocratique du monde, un tel désaveu public et la nomination d’un juge pour enquêter sur ses services aurait conduit son chef à soumettre sa démission sur le champ. Mais nous sommes à Maurice où pour certains l’honneur est un concept  du passé comme l’amour propre. Au lieu de se taire et de se faire oublier après la raclée verbale reçue mardi dernier au Parlement, le commissaire de police multiplie les déclarations pour se justifier et, en ce faisant, démontre sa manière de fonctionner. Au lieu d’accepter la critique, justifiée dans les deux cas cités, Mario Nobin se présente comme une victime en disant que « certains jetaient de la boue sur la police » et nie les faits  en affirmant qu’ « il n’y avait pas de transfert punitif dans la force. »  Et pour couronner le tout, il affirme que grâce à lui «  la police a retrouvé son moral. » Pour le commissaire de police, se faire désavouer  publiquement – et qui plus est au Parlement – par son ministre de tutelle provoquerait un sentiment de fierté et remonterait le moral des policiers ! Ce ne sont plus les flics qui sont en délire, c’est leur commissaire !