Le Conseil international des Jeux des Iles de l’océan Indien (CIJ) n’a finalement pas pris de décision définitive concernant le prochain pays organisateur des 11es JIOI, en 2023. Les membres ayant voté pour une visite, aux Maldives et aux Comores, les deux prétendantes, avant qu’une décision finale ne soit prise en juillet prochain, pendant des 10es Jeux à Maurice.

Cette démarche n’a toutefois pas plu aux dirigeants comoriens, notamment au président du comité olympique de ce pays, Ibrahim Ben Ali. Et on le comprend. D’autant que les Comoriens étaient venues avec la ferme intention de repartir avec l’organisation des 11es Jeux dans leurs bagages. Malheureusement, elles auront à patienter. En dépit du fait d’avoir procédé à une présentation sur Powerpoint de ce qu’elles comptent entreprendre en marge des Jeux de 2023, contrairement aux Maldives !

Désormais, les Comoriens sont sur la défensive, après ce qui peut être considéré comme un «nouvel affront» ! N’ayons surtout pas peur de le dire, les Comores ont été menées en bateau, une fois encore. Même si, au niveau du CIJ, on avance que les Comores n’ont pas officiellement déposé leur candidature dans le délai prescrit. Or, la logique aurait voulu que le CIJ fasse preuve de plus de flexibilité à l’égard d’un pays qui n’a jamais caché son désir d’amener les JIOI chez lui, depuis des lustres.

Malheureusement, le CIJ en a décidé autrement, au grand dam des Comoriens ! Une décision qui n’a fait que compliquer une situation déjà tendue entre ce pays et le CIJ. Comme si les événements de 2015 à La Réunion n’avaient servi à rien, quand Maurice avait soufflé, au nez et à la barbe, l’organisation des Jeux de 2019 aux Comores ! Les Comoriens, eux, n’ont jamais oublié et les déclarations d’Ibrahim Ben Ali, lors de la semaine écoulée, témoignent dans une large mesure toute sa colère par rapport à ces événements, même s’il ne fait pas référence à Maurice.

Preuve, si besoin est, que la plaie est toujours aussi béante quatre ans après. Qu’on se le dise : les Comoriens n’ont toujours pas digéré la très controversée décision du CIJ, présidé à l’époque par l’homme fort du Comité olympique mauricien (COM), Philippe Hao Thyn Voon. D’autant que la position mauricienne sur ce dossier a été loin d’être claire jusqu’ici. Maurice qui s’était pourtant retirée comme candidate devait, à la surprise générale, revenir à la charge et remporter l’organisation des JIOI 2019 ! Malheureusement, à ce jour, les interrogations subsistent toujours quant au rôle joué par certaines personnes dans cet échec du dossier comorien.

A en croire Ibrahim Ben Ali donc, tout est désormais possible. Les Comores songeant même à ne pas participer aux JIOI de cette année. Quitte à croire que la démarche comorienne relève du chantage, comme évoqué par Philippe Hao Thyn Voon, nous pensons qu’il y a matière à s’inquiéter quant à la pérennité même des JIOI. Car n’oublions pas que les Comores avaient boycotté les Jeux de 2015 après que les Mahorais eurent défilé avec le drapeau français ! Tout simplement révoltant et dénigrant, surtout à leur égard, par rapport aux accords conclus.

Visiblement, plus on converge vers une décision très attendue de l’attribution des JIOI 2023, plus le CIJ semble s’ébranler davantage. Les Comores, quant à elles, semblent s’isoler encore plus et ce, même si dans les milieux concernés, on prête au gouvernement mauricien l’idée de soutenir symboliquement la candidature comorienne. Mais la question que l’on se pose est de savoir si le CIJ avait vraiment besoin d’arriver à cette situation de «deadlock». Pas forcément.

Ce qui est cependant sûr, c’est que la décision du CIJ d’opter pour deux «site visits» n’a fait qu’aggraver une situation qui ne cesse de gangrener cette instance depuis quelques années déjà. Les principes fondamentaux qui régissent la Charte des Jeux, rédigée en 1978, ne semblent plus être d’actualité. Et à l’heure où les 40 ans des JIOI auraient dû être célébrés dans le partage et la joie, c’est désormais tout le contraire de l’esprit des Jeux qui est privilégié ! Et ça, c’est vraiment dommage.

Rappelons ainsi brièvement aux membres les trois points essentiels sur lesquels reposent la «Bible» du CIJ, sa Charte des Jeux. Primo: instaurer l’amitié et la compréhension mutuelle entre les peuples dans l’esprit de l’olympisme. Secundo: contribuer à la coopération régionale pour le développement du sport…sans discrimination raciale, religieuse et politique. Tertio: de tout mettre en œuvre pour établir une solidarité entre les îles. Si on n’est pas en train de faire tourner les Comoriens en rond, alors la démarche du CIJ y ressemble étrangement.

Il n’est pas question ici, de prendre le parti de tel ou tel groupe ou pays. Car nous sommes les premiers à reconnaître que les antécédents des Comoriens en matière de promesses non-respectées ne jouent pas en leur faveur. On se souvient d’ailleurs comment ils n’avaient pas été en mesure d’honorer leur engagement, une première fois, après avoir pourtant pris le drapeau des Jeux en 1998 à La Réunion. De même, ils s’étaient engagés pour les Jeux de la Commission de la Jeunesse et des Sports (1997 et 2004) sans être capables, par la suite, de concrétiser. Ils organiseront finalement les Jeux de la CJSOI de 2012, mais à dimension réduite.

N’est-il donc pas temps que les «amis» de l’océan Indien se décident, une fois pour toutes, à prêter main forte à ce soldat de la première heure ? Ne peut-on pas mettre ses compétences et connaissances au service de ce «frère» et l’aider à réaliser enfin ce rêve d’organiser ses premiers JIOI ? Malheureusement, voyez-vous, ce sont aujourd’hui les intérêts personnels qui priment au-delà des fondamentaux, comme partout ailleurs dans le sport.

Les bonnes intentions comoriennes n’auront donc pas suffi, même s’ils ont un stade de football, un gymnase et très bientôt une piste synthétique de 8 couloirs. La construction envisagée d’une piscine olympique utilisant de l’eau de mer après un processus de dessalement n’a servi à rien. Sans oublier la construction de logement sociaux, d’une capacité de 4 000 lits, devant d’abord servir de Village des Jeux avant d’être ensuite vendus aux Comoriens. Sans mettre en doute les compétences des Maldives, on peut également s’interroger sur les infrastructures disponibles dans l’archipel. D’autant que l’on sait que l’espace y est limité et que les différents îlots sont assez éloignés.

Voyez-vous, messieurs les représentants du CIJ, parfois il ne suffit que d’une petite dose de détermination et de bonne volonté pour faire bouger les choses, même les plus compliquées. Espérons tout simplement que, d’ici juillet, le bon sens primera et que les intérêts des uns et des autres seront préservés, afin que l’esprit des Jeux soit célébré, 40 ans après, dans la ferveur et non un climat de méfiance et de déception !