RAMANUJAM SOORIAMOORTHY

CONFINEMENT – J 11

Toute législation, toute loi, toute ordonnance, tout décret, tout arrêté, bref tout ce qui relève du nomologique—-tout ne relève pas du nomologique, de la mono – logie (au sens étymologique) du nomologique surtout, malgré la vocation et la volonté totalisantes qui l’animent, ou peut-être à cause de cela même, car le nomologique entend tout couvrir, tout réglementer, tout régenter, soit dit sans exclure la possibilité d’une autre nomologie, d’une nomologie autre, plurielle, celle-là, et procédant autrement—-, qui, donc, procède, avance et régresse, sans jamais vraiment stagner au risque de se dissoudre, ce qui ne manque d’arriver pour peu que quelques révolutionnaires, lassés de l’immobilisme, bien plus que de la réaction, du caractère réactionnaire du nomologique, se mettent en tête d’en ébranler les fondements, à coups d’interdictions et de commandements, des interdictions qui aboient des ordres et des commandements qui hurlent des interdictions, confusion savante et savamment entretenue par les tenants du pouvoir politique non moins qu’économique et judiciaire avec l’aide de leurs idéologues, tant pour occulter (si tant est qu’ils soient capables d’y songer) la possibilité d’un droit positif qui ne rêve pas, comme l’autre, que d’interdire, de réprimer et de punir, mais qui encourage le dialogue et la coopération entre tous pour le bien de tous, tout en se méfiant de toute perversion et du dialogue et de la coopération, que pour assourdir, abrutir et abêtir les destinataires, pas dans le but de s’abêtir eux-mêmes, ou leurs complices, évidemment, de ce discours composé principalement d’injonctions et de prohibitions qu’est la nomologie, non sans feindre d’en être, eux aussi, les destinataires, les cibles, pour ne pas dire les victimes, se condamne lui-même, lui-même, c’est-à-dire le nomologique, ou plutôt la volonté du tout nomologique, qui s’exprime avec le plus de force et de véhémence en temps de détresse, d’épidémie, de virus, avec souvent le consentement d’une bonne partie de la population et avec en permanence l’approbation de ceux, les inspirateurs et les auteurs du tout nomologique, les apôtres de la répression, les fanatiques de la punition et qui en célèbrent les bienfaits, pourvu qu’ils n’en soient pas les martyrs, eux-mêmes, ceux pour qui les lois (comme on dit, mais cette expression est, pour dire le moins, inexacte et, donc, inappropriée) n’existent même pas, du moins aussi longtemps qu’ils n’ont pas à les subir, qui pourraient se permettre de commettre un meurtre en plein jour sous le regard (peut-être amusé, voire approbatif) de tous sans être inquiétés par les Autorités, vu que ce sont eux, les Autorités, ni par la loi, car ce sont eux qui font et sont la loi, et si, malgré tout, malgré toute l’ardeur que mettront et les défenseurs et les victimes, certaines d’entre elles, à maintenir en vie la nomologie, le nomologique, comme nous commencions à le dire plus haut, se condamne lui-même, voire de lui-même, ce n’est pas seulement en raison de l’arbitraire de décisions et de décrets voulus par des législateurs frappés d’arriération mentale, ni en raison de l’iniquité de lois que rien ne justifie, si ce n’est l’avidité d’un pouvoir inconscient du malheur de ceux que de telles lois persécutent et conduisent au suicide, bien qu’il n’en faille jamais sous-estimer la portée ni en minimiser la scélératesse, mais c’est bien plutôt parce que le nomologique est un non-sens, qui peut durer un certain temps et même, parfois, longtemps, comme en temps de confinement par exemple, une aberration qui insulte au sentiment de justice dont est (spontanément?) imprégné tout être humain qui n’a pas encore été sali par le commerce du monde et qui ne saurait être indéfiniment enduré, et est, en tant que non-sens qui se moque de l’intelligence des autres, de ceux qui en souffrent les méfaits dans leur chair et leur âme, vouée à disparaître, « dans le fracas des portes enfoncées de la Bastille », dans le sang et les cris d’effroi d’oppresseurs, souvent inconscients, mais pas moins coupables d’insensibilité à la misère et à souffrance inutilement infligées aux autres, aux petites gens surtout, aux pauvres, en raison de leur absence totale de compassion et leur incapacité non moins totale de compréhension, car tôt ou tard, il y aura des révoltes, il y aura des explosions; et auront intérêt à fuir alors ceux qui, trop bornés ou trop égoïstes pour comprendre ce que c’est que d’avoir faim, parce que tous les commerces sont, sur ordre du Pouvoir, fermés pour des raisons de sécurité, nationale, bien entendu, car c’est la seule qui compte, parce que plutôt que de mourir d’une épidémie, il vaut mieux en être protégé, quitte à mourir de faim dans une hutte lointaine, abandonné de tous, et ça, c’est ce qu’on a dit, c’est ce que le monologique a toujours répété, c’est ce que les zélotes du tout monologique n’ont cessé de prêcher à tous les destinataires, volontaires et involontaires, de la nomologie, surtout aux plus pauvres d’entre eux, mais sans oser le dire ouvertement ou, pire, sans même savoir que c’est cela qu’on leur disait, et tous les inconditionnels du nomologique feraient mieux de ne pas l’oublier, car il est douteux que l’inacceptable puisse perdurer…

CONFINEMENT – J 12

Le confinement, l’enfermement, le renfermement, l’incarcération, la garde, la garde à vue, la privation de sortie, la captivité, le maronnage (le terme anglais marooning est plus incisif que le mot français qui, lui, risque d’être confondu avec celui de « marronnage » qui veut dire autre chose, malgré une origine commune), la transportation, la déportation, l’exil, ne sont pas, à proprement parler, des synonymes, mais l’alliance de la sottise, de l’inculture et de la paresse, alliance qui, sans être vieille comme le monde, a un passé tellement long et tellement riche en âneries, ne les traite pas moins comme s’ils étaient plus ou moins des synonymes, non sans, parfois, selon la circonstance et dépendant de l’avantage qui en peut découler pour les as de la sottise, pour les champions de l’inculture et pour les docteurs ès âneries, reconnaître, encore que mollement, ce qui les peut distinguer, ce qui les différencie et même ce qui les oppose presque entre eux, et cela ne devrait égarer, bien au contraire, dans un sens ou dans l’autre, ne devrait rendre inattentif aux dénominateurs communs qui caractérisent et rassemblent tous ces termes et, surtout, toutes ces pratiques que d’aucuns approuvent, recommandent, encouragent, tantôt parce qu’ils sont trop obtus, tantôt parce qu’ils ne risquent pas d’en pâtir, mais que d’autres, les progressistes, les gens éclairés désapprouvent avec la plus sévère hostilité, les fustigeant d’un austère mépris qui en dit long sur les sentiments de révolte et d’indignation dont ils frémissent à la seule évocation de ces termes et pratiques dont les points communs sont l’enfermement, la mise à l’écart, voire l’ostracisme, la ségrégation, la privation de liberté, la surveillance, l’humiliation et la punition — c’était également la mort même, car il ne faut oublier que la finalité de l’enfermement, de l’emprisonnement, de la transportation, du bagne, c’était bien la mort — (cette liste n’est, bien évidemment, aucunement exhaustive) dans le but de protéger l’enfermé, le mort en suspens lui-même, n’hésitait-on à affirmer à l’époque, avec une audace stupéfiante, mais surtout les autres, les bons citoyens, ceux qui se soumettent aux lois (comme on dit) avec une docilité avilissante, qui se mettent à genoux face aux figures de l’Autorité, fussent-elles par des gangsters et des gigolettes incarnées, les gens sains et sains d’esprit que, depuis l’Age classique, il importe de tenir séparés, distants des malades, des fous — dès avant la découverte des foyers d’infection et des sources de contamination, avant l’avènement de la science médicale moderne, on se comportait déjà comme si toute maladie comportait un risque de contagion, d’où la nécessité éprouvée de tenir les malades à distance, de les contenir, de les confiner, au loin, dans le silence de leur souffrance et l’invisibilité des signes extérieurs et effrayants de leurs symptômes, lesquels ont bien plus l’air de formes de punition que de protection — , de ceux qui, parce que malades, ont été sûrement frappés par la malédiction divine (on le dit encore même maintenant, quoique moins souvent et moins ouvertement qu’avant, mais avec presque autant d’assurance, car il est bien connu, surtout chez les bigots, qu’un dieu miséricordieux est avant tout et nécessairement un dieu cruel qui maudit et punit les méchants), mais, en admettant qu’il faille, pour assurer la protection des uns et des autres, pour garantir la protection de tous sans distinction, préconiser certaines mesures, lesquelles ne sont pas toujours, bien que probablement justes et nécessaires, forcément acceptées et accueillies dans un enthousiasme débordant, ce qui n’a rien d’étonnant, étant même très compréhensible, qu’il faille adopter telle ou telle politique en fonction des circonstances ambiantes, tout en prenant parfois et rien que pour la forme probablement, l’engagement de l’amender, de la suspendre, au besoin de la faire abroger, ladite politique, en cas d’évolution positive des circonstances en question, en admettant même qu’il faille encourager le recours au confinement, toujours dans le souci, uniquement sanitaire, préventivement sanitaire; il le faut noter en passant, de protéger tout le monde, on s’explique mal, surtout qu’on a tout l’air d’avoir, çà et là, un peu partout, tout mis en œuvre, tant activement que passivement, pour accueillir le virus avec une bienveillance et une hospitalité qu’on ne rencontre que dans les romans à l’eau de rose, qu’on n’ait pas songé à commencer par confiner le virus lui-même, par le frapper de confinement en le tenant le plus éloigné possible, le confinant, pour ce qui nous concerne, hors des confins de l’île, isolant, plaçant en quarantaine toutes les personnes arrivées récemment, à partir de janvier dernier par exemple, au pays, tous, Mauriciens de retour dans l’île ou non, des porteurs possibles du virus, pour leur faire subir les examens médicaux requis, avant de les libérer ou non, et à surtout fermer les voies d’accès à l’île (les voies de sortie de l’île aussi, du moins pour ceux qui y doivent revenir à plus ou moins brève échéance), le plus rapidement possible, ce qui, sans nous offrir une protection totale contre le virus, en eût retardé l’arrivée, dans l’approbation reconnaissante de tous les habitants de l’île, Mauriciens ou non, on ne s’explique pas non plus, encore que ce soit moins évident, qu’on n’ait pas, après avoir clairement exposé les dangers de tout contact avec d’autres personnes, avec divers objets — dangers qui ne sont pas moins réels chez soi, soit dit en passant — invité la population à s’adonner à la pratique de l’auto-confinement libre, ce qui, eût laissé, laisserait à chacun le loisir de sortir en cas de nécessité, pour des courses par exemple, en prenant toutes les précautions idoines pour tous, au lieu de lui imposer d’en haut, comme de l’extérieur, un confinement, dont très peu de gens croient qu’il s’applique également à tous, vu que les pires imbéciles eux-mêmes savent qu’il suffit d’interdire pour provoquer un désir de transgression et que l’absence d’interdiction, si elle n’élimine pas toute tentation, ou volonté, de perpétration, en réduit sensiblement la probabilité, surtout si l’on garde à l’esprit que si l’ordre abusif de confinement de soi, imposé non par une individualité, ni même par un groupe, de gangsters par exemple, ou de trafiquants de drogue, auquel cas, ce serait un ordre illégal en tout cas, un délit et ne peut que susciter, en l’absence de tout recours véritable à ce qu’on nomme la loi, un désir personne, parfois collectif aussi, de réaction, de vengeance, l’ordre émis d’en haut, par un Pouvoir presque invisible, étant donné qu’on ne s’en approche que de loin, par des Autorités quasi anonymes qui ne font que répéter ce qu’on leur a ordonné de dire, cet ordre-là, qui transforme l’espace social en un lieu d’affrontement inégal entre le Pouvoir et la population, traite toute la population comme si elle n’était composée que d’enfants obligés d’obéir, de personnes irresponsables ne sachant ce qu’elles doivent faire, ignorant le comportement qu’il leur sied d’avoir, bref comme des êtres quasi inférieurs, est pour la population, mais pas pour le Pouvoir et ses larbins qui n’en sont pas touchés, une véritable agression contre laquelle la riposte consistera tôt ou tard en un refus total de l’ordre, uniquement ou principalement parce que cet ordre-là, de confinement, lui est, à la population, étranger et qu’il lui semble imposé par des Autorités qui lui sont étrangères et qui n’ont que de l’indifférence, peut-être même du mépris pour ses soucis, ses problèmes, ses misères, que la population subira pendant quelque temps, tout en manifestant timidement sa désapprobation, mais finira bien par refuser, par rejeter, et tout cela qui est fort regrettable, mais c’est toujours ce qui se passe quand un gouvernement — Ibsen disait du gouvernement qu’il est l’ennemi du peuple — se veut le maître de la population et non son ami, préparera peut-être la voie à la Révolution, si le gouvernement ne se ressaisit à temps, ce qui demeure, malgré tout, toujours possible, pourvu que soient revues les conditions du confinement dont l’efficacité est, à tort ou à raison, remise en cause un peu partout et sans même que mention soit faite de la signification du confinement pour les gens qui n’ont pas de logement décent, pour les couples et les familles en détresse , surtout financière, pour les foyers désunis, pour…

CONFINEMENT – J 13

Il sera, dans les quelques lignes qui vont suivre, encore une fois question du confinement, non pas de la pandémie du coronavirus, dont on ne sait trop pour l’heure ce qui l’a causée et qui en est responsable, ni de sa version réduite en quelque sorte (l’épidémie), à moins que ce n’en soit une espèce de stade primaire, ou infantile, en attendant qu’elle se développe, s’étende et se transforme en pandémie — remarquons que là, on n’a pas, on n’avait surtout pas à attendre quoi que ce soit, les experts de l’OMS ayant prévenu depuis le début de l’année, en fait depuis le dernier trimestre de 2019, qu’on allait bien vite être confronté à une pandémie du coronavirus, que le monde entier allait devoir faire face à cette pandémie —, ni même du virus (pas encore en tout cas, plus tard peut-être) dont la provenance suscite encore bien des questions dont certaines demeurent encore en attente de réponse, surtout celle liée à l’hypothèse du coronavirus en tant qu’arme biologique conçue par les Chinois, mais pas par les Américains pourtant réputés experts en matière de production de diverses armes en laboratoire au moins depuis l’agression, sous l’égide des Nations unies, contre la Corée, mais du confinement, de la question, s’il y en a et qui soit une, du confinement, voire, si c’en est une,

plurielle de surcroît et (pas encore) reconnue telle, de la question de la question du confinement — il y aurait donc une (première) question, celle du confinement et une autre, qui la suit de très près, quand il ne s’agirait d’une partie, d’un aspect, d’un chapitre de la même question, la question de la question —, mais, qu’il s’agisse du confinement, de la question du confinement, ou de la question de la question du confinement, c’est toujours à un faisceau de questions, et non à une seule question, que l’on se trouve confronté, mais, bizarrement ou non, tout se passe comme si, ici et là, peut-être même partout, le confinement, qui n’est ni une pathologie, ni la source d’une pathologie (un virus par exemple) au sens courant, au sens vulgaire (voir le dictionnaire étymologique ici) du terme, ni une thérapeutique, mais rien qu’une mesure préventive, une prophylaxie, si l’on veut, qui renvoie à la médecine préventive, que l’on distinguera de la prévention tout court, était perçu, considéré, compris traité comme la guérison même à utiliser, à appliquer contre le coronavirus et le confinement, dont la finalité est la réduction, l’élimination, si possible, des risques de contamination aussi bien que ceux de propagation du virus, de la pandémie en diminuant, voire en abolissant tout contact physique entre les individus, entre tous les individus, car on ne sait pas, on ne peut pas savoir qui est

infecté ou non, et entre les individus et toute autre source possible de contamination, de moyen qu’il est en fait, devient véritablement la finalité même du confinement: la finalité du confinement, et de toutes les mesures pénibles, contraignantes, vexatoires et souvent contre-productives, sinon franchement futiles et comiques même, si elles n’étaient inquiétantes, qui l’accompagnent pour en faciliter (ne serait-ce pas plutôt pour le perversement compliquer?) le processus, le déroulement, c’est le confinement lui-même, puisque le confinement, c’est la cure elle-même, dans la mesure où, minimisant et, éventuellement, supprimant tout contact dangereux, il anéantit, ou anéantirait, non seulement toute possibilité de circulation du virus, mais même la probabilité de quelque présence du virus, et tout le monde applaudirait si la suppression, fût-ce au prix d’un confinement inhumain, de tout contact dangereux signifiait bel et bien l’éloignement, l’absence, la mort du virus et, par conséquent, l’extermination de la maladie et la fin de la pandémie pour la plus grande joie de tous, sauf peut-être des pervers et des politiciens dont d’aucuns prétendent qu’ils n’aiment rien tant que les malheurs des gens parce qu’ils, les pervers, en jouissent ou qu’ils, les politiciens, y voient une opportunité de convaincre de leur esprit d’abnégation et de leur admirable altruisme, mais ce n’est pas, encore qu’il ne

faille, à aucun moment, ne pas compter avec cet important instrument de travail que pourra toujours constituer le confinement, en rendant, par impossible, impossible, en instrumentalisant, ou non, les seuls (si possible) bienfaits du confinement, tout contact dangereux, que l’on parviendrait à vaincre le virus, à chasser l’épidémie et à repousser la pandémie, d’autant plus que le confinement lui-même peut, même s’il n’est pas médiocrement conçu, comme c’est souvent le cas, même s’il n’est pas absurdement mis à exécution, comme c’est (presque) toujours le cas, engendrer d’autres maux, peut causer d’autres pathologies bien plus sévères encore et bien plus tenaces qu’on ne le pourrait imaginer, sur le plan psychologique surtout, détruisant des vies entières, cependant qu’il œuvre pour en sauver, mais ce ne sera jamais le confinement que l’on pourra blâmer: ce sera la seule balourdise de quelques ploucs et de…

CONFINEMENT – J14

Même en cas d’épidémie avérée, tout le monde n’est pas et ne sera pas forcément atteint par la pathologie infectieuse et transmissible qui effectue des ravages au sein d’une population, voire au niveau régional, sinon continental, mais tout le monde est, sera, pourra, en tout cas, être une victime potentielle, et non seulement en cas d’épidémie, de quelque maladie contagieuse — rappelons encore que c’est surtout à partir de la fin du 18e siècle et, surtout, du 19e, dans le prolongement des travaux de Spallanzani sur les microorganismes, qu’un concept médical de la contagion allait, à partir du 19e et, bien plus encore, du 20e, devenir possible, et il ne s’agissait plus dès lors de simple croyance ou, même, de spéculation (le grand Aristote parlait déjà de contagion, de même que Saint Thomas d’Aquin de l’inconscient, mais il n’y a absolument rien de commun entre la contagion d’Aristote et celle de Fracastor qui, mort en 1553, fut le premier à signaler le caractère contagieux de la syphilis, et surtout celle de la période post-pastorienne dont nous ne sommes pas tout à fait sortis, de même que l’inconscient de Saint Thomas d’Aquin n’a rien à voir avec celui de Freud) —, ce qui justifie la rationalité de mesures médicales aussi bien que préventives (de médecine préventive) au cas où un virus, par exemple le COVID-19, menacerait ne serait-ce qu’un tout petit village pour commencer, et, si la maladie est avérée, il est bien évident qu’il faut isoler le malade, non seulement pour tenter de le guérir, mais peut-être bien plus encore, parce qu’on n’est jamais assuré du sort du malade, aussi longtemps qu’on n’est pas sûr de l’état de la maladie qui peut toujours évoluer, même si, selon le diagnostic pratiqué, il ne semble qu’il y ait d’évolution, ni de possibilité d’évolution (négative) de la pathologie, pour empêcher, pour prévenir toute prolifération de la maladie, et il ne sera pas moins nécessaire d’isoler également toute personne qui, bien que n’étant, selon toute apparence ou évidence, pas malade, ni même infectée, pourrait bien l’être pour avoir été exposée à telle ou telle infection consécutivement à un contact avec une source, vivante ou non vivante, de contagion, de la placer, pour une période déterminée, en quarantaine, pour quarante jours, telle étant, pour Hippocrate, la durée des maladies graves, en quarantaine provisoire qui peut toutefois se révéler définitive, quasi définitive, si, au terme de la quarantaine, on constate et conclut qu’au lieu de libérer celui ou celle qui ne se trouvait qu’en isolation de surveillance (simple formalité temporaire), il faut prolonger l’isolation, la rendre permanente, la faire durer au moins jusqu’au moment de la cure finale, transformant ainsi l’isolation de surveillance en isolation de traitement, voire de guérison — et tout ceci n’exclut la possibilité d’auto-isolation, de surveillance aussi bien que de traitement, de guérison, mais uniquement là où c’est vraiment possible—, mais il n’y a pas que cela, il ne s’agit pas que de cela, car si la personne qui n’est pas, qui n’a pas encore été infectée, comme on l’a peut-être (peut-être, parce qu’on ne place jamais en quarantaine toute une population, celle des visiteurs comprise, cela étant impossible, et qu’il y a aussi des personnes non isolées qui sont infectées, parfois sans même le savoir, elles-mêmes et sans que qui que ce soit d’autre n’en sache rien) vérifié, ne risque d’en contaminer d’autres, elle ne risque pas moins d’être, à un moment ou à un autre, contaminée par d’autres personnes infectées, peut-être même déjà malades, qui se promènent librement, d’où la nécessité d’ajouter à l’isolation de surveillance et à l’isolation de traitement et, éventuellement — c’est le but visé — la guérison, le confinement, en tant qu’arme ultime pour combattre l’élément déclencheur, le facteur, à qui il ressemble jusqu’à un certain point, responsable non du virus lui-même, ni vraiment de la maladie elle-même, pour peu qu’on y réfléchisse, ni même de la propagation du virus et de la maladie qui précède l’explosion de l’épidémie avant que n’éclate la pandémie, mais de ce qui rend possible la transmission et la circulation du virus, à savoir le comportement irresponsable, irréfléchi, voire criminel, fût-ce inconsciemment — ce qui n’excuse rien ni personne —, de personnes qui, à tous les niveaux de l’échelle sociale, continuent de faire comme si le pays, peut-être même la région, voire le continent où elles trouvent n’étaient sévèrement menacés d’être très bientôt, à cause d’elles, le théâtre omniprésent d’hécatombes sans nombre, de personnes qui n’ont pas encore compris qu’il faut absolument éviter tout contact, actif non moins que passif avec toute source de contamination par le coronavirus et même, quelque difficile que ce soit, tout contact quel qu’il soit, tout contact pouvant se révéler dangereux et même mortel, et ce sont ces personnes-là qui, bien plus que les Autorités, rendent inévitable le confinement total d’un pays, l’hétéro-confinement total, pour mieux dire, du pays, exaspérant ainsi de manière dramatique la pénibilité déjà excessive du quotidien de pratiquement toute une population, et de cette mesure d’hétéro-confinement (adoptée par anticipation ? par prévention?) les Autorités se fussent, n’ignorant les conséquences peu désirables auxquelles elles ne peuvent pas ne pas donner lieu, sur les plan familial et individuel surtout, probablement passées, si la population, dont elles font également partie (mais ça, c’est une autre question sur laquelle il faudra revenir), eût consenti ou pouvait, y ayant été conviée, consentir à un auto-confinement dont tout le monde ne pourrait que bénéficier, mais il faut craindre que la question ne soit infiniment plus difficile qu’on ne le croirait, même chez les rêveurs les plus optimistes, et quand tel est le cas, c’est que …

CONFINEMENT – J 15

C’est le quinzième jour, ou peut-être déjà le seizième, à moins qu’on n’en soit toujours au quatorzième, avec les jours de confinement qui se suivent sans jamais tout à fait se ressembler, sans être vraiment envahis par cette monotonie que l’on craignait, que l’on redoutait le plus les premiers jours, vu qu’il semblait bien alors que le virus ne fût point déjà dans l’île, et l’on se posait des questions quant à cette décision de verrouiller l’île — ce n’était alors que le temps du verrouillage, qui avait été précédé par le temps de la cécité, celui du refus infantile de la réalité, celui de l’irresponsabilité criminelle, pas encore celui du couvre-feu, celui du confinement à proprement parler —, décision qui, faisant suite à la démonstration arrogante de l’inconscience collective des Autorités, ne pouvait, au sein d’une bonne partie de la population, qu’exhorter à un certain refus, le témoignage irréfutable nonobstant des événements bouleversants et pathétiques frappant divers pays, surtout en Europe (mais l’Europe, ce n’est pas, malgré l’avion à réaction, malgré le téléphone, la télévision, les événements en direct, la Toile, chez nous, c’est ailleurs, au loin, ça ne nous concerne pas, en tout cas pas encore, ce qui s’y passe ne peut pas nous arriver, bien que, dans bien des cas, à l’occasion de bien des événements, on ne risque point d’être fâché ce qui s’y passe puisse se produire également dans l’île, et il faudrait, ici, se demander si ce n’est pas le fait de vivre sur une île, très petite en plus —mais qu’est-ce qu’une île? et qu’est-ce que vivre, surtout qu’il ne faut pas oublier qu’auparavant on faisait venir des gens ici pour qu’ils y travaillassent et mourussent, et non pour qu’ils y vécussent, sur une île? — qui expliquerait certaines réactions, bien d’ici, bien caractéristiques, semble-t-il, des habitants des îles, d’indifférence à ce qui se passe ailleurs, car il s’agirait là, pour l’inconscient collectif, d’un autre monde où les catastrophes ont tout l’air de faits lointains — ils ne sont pas, ne sont plus si lointains en fait —, imaginaires, en d’autres mots, irréels, de faits qui, donc, seraient encore plus irréels ici), plongeant des populations entières dans l’angoisse et la détresse, mais la réalité n’étant pas qu’une « passion inutile », étant bien plus et en définitive, quoi qu’on se fasse, qu’on se veuille aveugle et sourd, qu’on songe à chercher de dérisoires, car même pas provisoires, refuges dans la rêverie, au royaume toujours éphémère des chimères, ce avec quoi il faudra bien compter (computare, que l’on traduit par calculer, c’est bien cum – putare: penser avec), ce avec quoi il faudra apprendre à compter, vient alors le temps de la peur, qui est aussi celui de l’espoir, étant donné que c’est quand il y a tout à craindre, qu’il faut pouvoir, qu’il se faut mettre en capacité d’espérer le plus follement possible, au moins jusqu’à ce qu’on comprenne, les progrès du virus (y) (y) aidant, avec le nombre de cas, point alarmant pour l’heure, qui augmente de personnes affectées, et celui, déjà affolant, bien que peu élevé, de morts, que ni la peur, ni l’espoir ne servent de rien, parce qu’on y est ou presque, parce qu’on est (déjà ou presque) en plein virus, en plein COVID-19, on y est déjà, on y est même sans y être déjà, et ce sera bientôt, avant qu’un jour prochain (mais quand?) le virus ne devienne comme étranger à lui-même, ne soit plus cet ennemi que l’on aura tant redouté pendant des jours et des nuits et disparaisse même de la mémoire collective, laissant aux survivants du COVID-19 le douloureux privilège de raconter aux autres, à ceux qui, au moment du virus, soit n’étaient pas encore nés, soit étaient encore trop petits pour y comprendre quoi que ce fût, surtout qu’eux-mêmes n’y comprenaient grand-chose, les temps du virus dans les larmes et les rires, le temps de la résignation qui est aussi le temps du désespoir, parce de plus en plus et de plus en plus sûrement s’accroît le sentiment, bien moins trompeur, du moins dans l’esprit des gens, que la conviction, que le présent lui-même, qu’il n’y a, qu’il n’y aura bientôt rien à faire, plus rien à faire, le sentiment que tout est dorénavant perdu, définitivement perdu, mais, paradoxalement ou non, c’est quand il n’y a plus aucun espoir, quand tout semble perdu, quand Dieu lui-même est mort, que, selon une nouvelle version de la mort de Dieu selon Dostoïevski, et bien plus encore selon Nietzsche, un nouveau point si nouveau visage de l’humanité devient possible et on la pouvait déjà, on la peut déjà voir à l’œuvre cette humanité à travers ces hommes, ces femmes et ces enfants qui, depuis toujours, ont su que, c’est quand tout va mal, très mal, indépassablement mal, qu’il faut se montrer courageux et héroïque, qu’il faut faire preuve de stoïcisme et agir, qui savent, aujourd’hui encore que c’est dans la pire des adversités que s’unissent le plus visiblement la pensée et l’action pour que, par-delà la maladie et la mort, s’élève le chant silencieux d’une aube nouvelle qui peut-être…

CONFINEMENT – J 16

Il n’y a pas, c’est le secret de Polichinelle, LE confinement, et, au fond, personne ne dit qu’il y ait quelque chose de tel que LE confinement ou que LE quoi que ce soit, mais en même temps, presque tout le monde, à en juger d’après ce qui se dit, se fait, se pense (au sens courant) même, pourrait-on dire, se comporte, et chacun s’est, sans doute, au moins quelques fois, et ce non seulement durant les années d’enfance ou/et de jeunesse — ce qui, n’importe comment, n’explique ni n’excuse rien — comporté comme si l’on pouvait dire LE ceci ou LE cela, sans à peine remarquer l’anomalie, l’incohérence qui alors nullifie le propos tenu, annule l’action apparemment réalisée et dénonce le trouble mental, ou nerveux, ou encore, comme on dit depuis maintenant quelques décennies, cognitif, qui y préside, et il en va ainsi de presque tout, ce qui est probablement la racine de bien des maux, sinon celle de tous les maux humains (dont souffrent les humains) aussi bien que de tous les maux que l’on doit à l’animal humain (dont l’animal humain est responsable, activement responsable surtout), et, s’agissant de ce qu’il est convenu d’appeler « confinement », le réflexe premier et le plus banal consiste à, conformément à une tradition anglo-saxonne bien connue qui, véritablement, pourrit plus d’un aspect de la vie dans les milieux souscrivant (inconsciemment) à cette tradition, dont il faut bien rappeler la dimension, qui ne lui appartient ni à elle ni à quelque autre tradition en propre, artéfactuelle, se prononcer en faveur (du confinement) ou à s’élever contre (le confinement) — il ne messied de souligner ici que cette manie, car c’est bien de cela qu’il est question, le mot ‘manie » provenant du grec « mania » qui a, entre autres, le sens de « folie », a produit et continue de produire des dénouements absolument scandaleux surtout dans le système juridique anglo-saxon —, comme si, à propos de toute question, ici, de celle du confinement, il fallait qu’on fût pour ou contre, aucun moyen terme (l’expression allemande « mittelweg » conviendrait mieux) n’étant admissible ni même envisageable, mais, quelque répugnance que puissent inspirer l’idée de confinement et, assurément bien pire encore, la chose que l’on désigne au moyen de ce vocable, il n’en demeure pas moins que l’on puisse être à la fois pour et contre le confinement et ce ne sera pas, comme s’empresseront de l’affirmer les analphabètes, qu’une question de point de vue, la réalité étant indifférente à l’endroit de la multiplicité des points de vue, ni, comme s’écrieront les ignorants, qu’une question d’opinion, vu que « l’opinion naît de l’ignorance et (que) l’ignorance mène à la pire des servitudes », mais une question de lecture, et ça, plus d’un élève de maternelle, à la différence de celles et de ceux qui y, dit-on, enseignent, bizarrement des tarés majoritairement, le sait d’emblée qui comprend qu’il faut bien distinguer entre les différentes formes de confinement au moins —et il n’y a pas que les formes, il y a aussi les styles, les rythmes, les temporalités, il y a encore et surtout la personnalisation (ou la customisation qui en est comme un niveau moindre), si difficile à conceptualiser, du confinement que certains débiles mentaux se sont dit qu’il faudrait appliquer les méthodes de personnalisation de masse pourtant développées dans et pour un contexte bien différent (mais tout se vend et s’achète, surtout aux Etats-Unis, autrement dit partout, et on peut, on doit aussi, ajouter que si la personnalisation de masse est avant tout, sinon exclusivement, un gadget, un truc commercial conçu pour attirer, pour séduire même dans le but non avoué, à première vue inexistant, superficiellement objectif et faussement altruiste de faire acheter, fût-ce aux dépens de l’acheteur, la personnalisation, si elle était possible un peu partout et tout le temps, constituerait une chance quasi miraculeuse pour l’avenir des relations, pour l’heure surtout intéressées, entre les animaux humains, mais la personnalisation vraie est si difficile et l’animal humain, l’histoire de la phylogenèse et l’observation ontogénétique des hommes le montrent assez clairement, est si allergique à tout ce qui est réellement difficile, qu’il semble bien qu’il n’y ait rien à en espérer avant quelques siècles au moins, peut-être) — , qu’il faudra, si l’on veut comprendre ce qu’il en est du confinement, commencer par établir une espèce de typologie qui, après avoir identifié des sources de confinement au sein de la nature, les forces naturelles étrangères à toute téléonomie limitant les mouvements, les actions des animaux, humains ou non, les confinant en certains lieux pour des durées relativement déterminées dont au départ ils ne savent rien, n’ayant pas encore appris à observer, encore moins à prévoir le comportement desdites forces qui, quand elles sont déchaînées, sèment la terreur bien plus encore chez humains que chez les animaux, les confinant, les contraignant au confinement dans des aires naturelles provisoires, comme des grottes, mais aussi les sommets des arbres ou des collines, voire les berges des rivières, ou dans des espaces aménagés par leurs propres soins, qui, après avoir donc identifié des sources de confinement naturel qui, à leur manière, disent déjà que l’être humain est un être naturellement condamné à être confiné, reconnaît une deuxième forme de confinement que les êtres humains eux-mêmes imposent à d’autres êtres humains (à des animaux aussi dont il faudra dire au moins un mot plus loin) et que l’on pourra appeler « l’homo-confinement », confinement qui ne résulte ni de l’action des forces naturelles ni de la présence d’animaux poussant les hommes au confinement pour se protéger, mais de l’activité d’autres animaux humains, pas de tous les animaux humains, mais de seulement certains d’entre eux, la majorité éventuellement, parmi lesquels, cependant, n’importe qui peut se trouver ou retrouver pour diverses raisons, et ce confinement-là que l’on ferait mieux de qualifier de « pseudo-homo-confinement » tant pour rappeler qu’il n’est pas pratiqué par tous les êtres humains, que pour souligner que ceux qui s’y adonnent ne sont pas vraiment des êtres humains, ne devraient pas être considérés comme étant des êtres humains et dont souffrent bien plus d’hommes qu’on ne le croit en permanence, que subissent pendant des siècles des générations d’hommes sans aucun espoir de répit, dont sont victimes « les damnés de la terre » de tous les temps et de partout, et qui est une forme particulièrement odieuse de confinement que bien des semblants d’êtres humains mettent à exécution sans même s’en rendre compte, n’est pourtant pas celle qu’il faut le plus redouter, et ce pour des raisons qui, pour être simples, ne sont manifestement pas évidentes..

CONFINEMENT – J 17

L’homo-confinement ou, si l’on préfère, le pseudo-homo-confinement, qui, chronologiquement, est très probablement précédé par un mode de confinement que l’on pourrait dire ordinaire et qui fonctionne comme un régulateur (quasi) inoffensif dans les relations entre toute subjectivité et les autres, les animaux compris, les animaux domestiques élevés pour tenir compagnie aux animaux humains dans leur solitude, pour les protéger aussi, pour leur assurer dans certains cas un certain prestige aux yeux des autres, par amour, mais qu’ils n’enferment pas moins dans des cages, rappelant ce mot de Nietzsche se demandant si « notre amour du prochain n’est pas le désir d’acquérir une nouvelle propriété » et mangent même parfois, non moins que les animaux dits sauvages, lesquels, de loin contemplés, dans les parcs naturels, dans les réserves animalières, si possible et de préférence dans des cages, au cirque, sont, certains d’entre eux, également consommés par des animaux humains parfois, tous là, sur terre, pour le bon plaisir — ce qui est loin d’être tout à fait inoffensif — de ces dégénérés que sont les êtres humains, mais principalement dans les relations (parce qu’obligées?) entre l’homme et ses semblables, et qui, même à l’époque du communisme primitif des temps anciens, quand probablement régnait entre les humains, voire entre les humains et les non-humains, et le monde un climat général de non-agressivité, de coopération et de paix, avant que l’entropie, née, selon toute probabilité, de la croissance démographique, ne vînt semer la discorde parmi eux, enfermait déjà, d’abord gentiment, comme si de rien n’était, quoique parfois un peu moins gentiment déjà, dans des relations d’interdépendance et ces relations d’interdépendance, qui n’ont jamais cessé d’exister parmi les hommes et qui, sans doute, toujours existeront, fût-ce dans la proximité relative d’autres relations, structurent, quelque paisibles qu’elles soient idéalement, l’espace social en champ de confinement pour des êtres (humains) liés par un élan initial de réciprocité apparu (grâce à cette sympathie spontanée qui se manifeste dès l’enfance et attire l’être humain, alors qu’il n’est pas encore un être social, vers son semblable) avec la rencontre de l’autre, qui évolue et devient sentiment, avant de se transformer en devoir de réciprocité, ce qui, pour n’être pas désagréable, pour être même souvent désiré et recherché, ne finit pas moins par être, tôt ou tard, sinon bien vite, contraignant, car les condamnant (les animaux humains) à être perpétuellement confinés par, au sein de cette maladie incurable qu’est le sentiment, non moins réel qu’imaginaire, de reconnaissance qui est probablement bien plus accablant et étouffant que le sentiment bien réel d’une reconnaissance réelle, car il se sait, ce sentiment d’un devoir de réciprocité qui, véritablement, est conscience (inconsciente) d’un devoir de reconnaissance inaccomplissable, impossible, in – finie, aussi infini que peut l’être au tréfonds de soi le sentiment d’une dette qu’on n’a même pas contractée et dont on sera toujours, à perte de vie redevable, et c’est ce même sentiment de devoir de réciprocité, annonciateur peut-être de la culpabilité freudienne, qui entretient le lien avec l’autre, ce qu’on nomme l’intersubjectivité et qui graduellement se mue en socialité, qui empoisonne, finira par empoisonner tout le champ des relations entre l’homme et tout ce qui n’est pas lui, entre l’homme et les autres hommes surtout, en les confinant tous dans une sphère d’interdépendance pourtant favorable a priori à la pérennisation de relations harmonieuses entre eux tous, mais qui ne pervertit pas moins, non pas le sentiment de devoir de réciprocité ou le devoir de réciprocité lui-même, mais la conscience aiguë, douloureuse et malheureuse, de l’impossibilité d’une réciprocité heureuse, en agressivité à l’encontre d’autrui, devenu haïssable du fait qu’il signifie à tout autre la limite de son autonomie à soi, de sa propre autonomie, agressivité dont les formes sont multiples et même, parfois, trompeuses, qui s’exprimerait de manière superlativement violente culminant probablement en la mort de tous dans un déferlement de frustration incontrôlable, si ne s’y pouvait substituer quelque chose de point si différent, d’à peine, au fond, moins violent, notamment la volonté de s’emparer de l’autre partout et toujours, de le confiner dans les rets de son autorité à soi, dans les rets de l’homo-confinement, virus dont sont atteints presque tous les animaux humains qui en souffrent et en jouissent à la fois, du moins ceux d’entre eux qui éprouvent, probablement parce qu’ils sont conscients de leur infériorité définitive, ou pire, parce qu’ils ont le sentiment insurmontable d’une infériorité personnelle ; même si rien n’en fournit la démonstration, le besoin, morbide et sale, de posséder, de dominer, d’écraser, de faire souffrir, d’enfermer de quelque manière les autres, de les confiner, de les condamner à un confinement par eux imposé, par chacun d’entre eux, individuellement ou collectivement, de manière illégale, mais d’une illégalité qui est reçue, tolérée, acceptée, encouragée même, celle de la violence, physique ou autre, exercée par les plus forts, les riches, les puissants dessinant une aire de confinement, d’homo-confinement pour leurs victimes, de pseudo-homo- confinement plutôt, car ce confinement-là n’est pas infligé par des êtres humains à d’autres êtres humains, mais par des semblants d’êtres humains, par des catachrèses, et, Dieu merci! les catachrèses, encore qu’elles aient la vie dure, tôt ou tard finissent par…

CONFINEMENT – J 18

Le pseudo-homo-confinement, ce qui a été de cette expression, de ce néologisme qui n’en est pas tout à fait un, baptisé, fait référence à un bien réel, bien cruel et parfaitement délibéré confinement auquel contraignent, parfois sans même s’en rendre compte, ce qui est probablement pire encore, des semblants d’êtres humains — la notion d’être humain, cette réalité qu’est ou que serait l’être humain, seront tenues, ici, en raison de considérations pratiques, pour aller de soi, pour signifier ce qu’on croit qu’elles signifient, et cela, qui n’est certainement pas bien rigoureux, aura, au moins, le mérite de faciliter la compréhension de ce qui est avancé — d’autres êtres humains, leurs semblables qu’ils ne considèrent pas comme étant leurs égaux, et qui, à bien des égards, ne sont pas différents d’eux, et cette allure de ressemblance, qui, souvent, pourrait faire oublier tout ce qui les sépare, passe pour d’autant plus normale (comme on dit) ou naturelle, qu’il n’y a que très peu de personnes qui ne soient pas, activement ou/et passivement, volontairement et/ou involontairement, concrètement ou théoriquement, normalement ou exceptionnellement, de leur propre initiative ou poussés par la pression, parfois silencieuse, du regard d’autrui, ne soient en faveur du, n’approuvent le pseudo-homo-confinement, y trouvant même des justifications ou des excuses, bien malgré elles plus souvent qu’on ne le croit, pour faire comme les autres ou, encore, dans l’espoir de n’être ainsi victimes, elles aussi, de tout acte de pseudo-homo-confinement, et que tous ceux qui pratiquent systématiquement le pseudo-homo-confinement ne le font pas forcément tout le temps, les semblants d’êtres humains se révélant parfois des êtres humains ordinaires, de même que des êtres humains très ordinaires prouvant qu’ils savent être, eux aussi, parfois, des semblants d’êtres humains, et la conséquence en est que le pseudo-homo-confinement, cette chose bien plus au monde répandue que le bon sens cartésien ou que ce non-sens qu’est l’opinion publique (dite) internationale, passe pour inaperçu, quand on ne le croirait inexistant, d’où l’absence de réaction autre que ponctuelle et conjoncturelle qu’il parfois provoque, d’où la tendance à, contre l’évidence la plus massive, le confondre avec le confinement plus haut décrit comme étant ordinaire et (quasi) inoffensif, confinement que l’on pourra dire convivial et bienveillant, qui serait digne d’être appelé « homo-confinement » pour le mieux distinguer de l’autre, du pseudo-homo-confinement qui en est comme la négation ou, du moins, la perversion, mais les choses ne sont point aussi simples et tranchées, surtout qu’il y aura toujours le risque qu’un semblant d’être humain passe pour un être humain et inversement, car le pseudo-homo-confinement, dont les tours sont multiples et les manifestations variées, ne laisse pas, ses déguisements nonobstant, de toujours exercer quelque pression qui, fût-elle bénigne au point de n’être perceptible, sera toujours une contrainte, une forme d’enfermement et finira, donc par être perçu pour ce qu’il est réellement par son destinataire, sa cible, sa victime, pour quelque chose de nuisible, de maléfique, fût-il motivé par des intentions positives, comme il semblerait que fût le cas quand un maître, fort bête et autoritaire, à l’instar de la majorité des maîtres, recommande et pratique des châtiments cruels et humiliants pour s’assurer du succès de ses élèves, vu que, pour ce débile mental, il faut rosser, acte illégal pourtant un peu partout au monde, les élèves jusqu’au sang pour qu’ils brillent aux examens, et il ne s’en prive pas, certains parents d’élèves l’y encourageant, ou quand des flics tortionnaires se savent, pour qu’apparemment triomphe la justice, d’avance promis l’impunité totale par des juges condescendants (complices?), dussent-ils tuer (crime qui, commis par quiconque a pour fonction officielle de garantir la primauté de la loi, ne peut être puni que par la peine de mort, diront bien des gens) tout suspect — tout suspect étant, aux yeux d’un flic, nécessairement coupable, sauf quand il s’agit d’un criminel notoire qu’il craint ou qu’il veut protéger — et tout acte de pseudo-homo-confinement, le plus véniel et anodin d’entre de tels actes compris, étant donc voué à être tôt ou tard dénoncé et férocement vitupéré, cependant que son auteur serait traîné sur la place publique pour y être lynché en compagnie de ses complices sous les crachats et les huées d’une foule n’en finissant, dans sa soif inextinguible de justice, de crier vengeance, elle qui n’ignore que les fanatiques du pseudo-homo-confinement, quelles qu’en soient les formes, sont toujours ceux (celles) qui abusent de leur force physique, de leur richesse matérielle et de leur pouvoir politique ou judiciaire dont ils (et elles) eussent pourtant pu faire un usage honorable, le pseudo-homo-confinement lui-même, d’être ce qu’il est, reconnaissable pour ce qu’il est, malgré qu’il soit protéiforme, peut difficilement durer, bien qu’il dure toujours trop longtemps, n’est pas pérennisable et, faute de disparaître absolument, ne peut que toujours sombrer dans l’obsolescence tout en agonisant interminablement, devenu son propre ennemi, tandis que, bizarrement ou paradoxalement, l’homo-confinement, le confinement ordinaire et (quasi) inoffensif qui est si convivial et bienveillant, qui ne confine pas vraiment, qui confine sans confiner, et qui, logiquement aussi bien que chronologiquement précède le pseudo-homo-confinement qu’il prédétermine (bien malgré lui), de même que le faux est prédéterminé par le vrai qui lui préexiste, puisqu’il promeut entre les animaux humains eux-mêmes aussi bien qu’entre les animaux humains avec les autres vivants, non moins qu’avec les morts également peut-être, la coopération et la paix grâce à l’équilibre qu’il préserve en maintenant le circuit de la réciprocité (pour l’heure entre les humains surtout, autant que l’on sache, vu que l’on ne sait presque rien des relations de réciprocité entre les humains et les non-humains, quels qu’ils soient, les animaux domestiques amis des hommes, comme on dit, compris) à un niveau de stabilité qui, quoique fluctuant, nécessairement fluctuant, réduit grandement les risques de conflit, de désordre entre eux, entre les humains, encore que, là encore…

CONFINEMENT – J 19

Le problème avec le confinement dit ordinaire ou (quasi)inoffensif, confinement qui, à la limite, ne confine pas, ou alors si peu, presque pas, qui confine sans confiner et qu’il a semblé plus pratique d’appeler « homo-confinement » bien moins pour trouver l’expression idoine en vue de décrire ce confinement exploité par l’animal humain à des fins d’exploitation de son semblable — il doit avoir, au stade où l’on en est, été clairement établi qu’une telle activité ne peut être que le propre de semblants d’êtres humains qui, quand ils verraient en d’autres animaux humains des semblables, refuseraient de voir en eux, non sans raison d’ailleurs, des égaux, justifiant par là même qu’on leur réserve l’appellation de semblants d’êtres humains, fût-il, par ailleurs, attesté qu’ils ne sont pas des semblants d’êtres humains en permanence, mais seulement la plupart du temps — et auquel le mieux convient l’expression de pseudo-homo-confinement, que pour l’en distinguer, réservant ainsi le terme « homo-confinement » à l’éventail complet des relations de coopération, d’interdépendance fondées, entre les êtres humains surtout, en tout cas pour ce qui concerne le cadre du propos traité, sur le principe d’une réciprocité optimale dont personne ne se pourrait plaindre et dont tout le monde ne pourrait que se réjouir, ce qui, pour être, peut-être en théorie, fort attirant, ne laisse pas de promettre bien des difficultés, étant donné que le niveau optimal, s’il y en a effectivement — admettons que ce soit possible et faisons même comme si cela n’était pas qu’une charmante fiction—- de réciprocité dans les relations d’interdépendance (continue, malgré des changements de rythme et des variations de temporalité), c’est ce qui est toujours en train de se volatiliser et il n’en irait pas moins ainsi s’il s’agissait (seulement?) d’un niveau quasi optimal de quasi-réciprocité, non seulement parce que tous les membres du circuit d’interdépendance, tous les partenaires du réseau de réciprocité se voudraient, chacun d’entre eux, supérieurs à tous les autres — ce qui peut toujours arriver, encore que peu envisageable ici — ou parce qu’ils cherchent tous à se dépasser sans vraiment chercher à dépasser les autres camarades du groupe, sans esprit de compétition ni de volonté exhibitionniste, uniquement pour le bien ou, plus modestement, pour le bien-être collectif, entraînant ainsi, bien malgré eux, un gauchissement tel au niveau du fonctionnement, du processus de réciprocité reposant sur l’interdépendance, que l’homo-confinement, en tant que confinement qui ne confine pas, qui confine sans confiner ne peut plus continuer à être sinon comme négation de ce qu’il est censé être, et cela, ce dysfonctionnement, on le peut constater, voire anticiper, sans même qu’il y ait, au sein du groupe, quelque volonté subjective d’en faire trop, tout se passant comme si tous membres de la communauté savaient merveilleusement que le supplément de réciprocité (le plus – de – réciprocité) en tel lieu du réseau signifie au moins quelques lacunes (le manque – de – réciprocité) à d’autres points du réseau, bouleversant, par conséquent, tout le réseau des interdépendances et introduisant des facteurs de discontinuité dans le circuit de réciprocité, annulant donc toute réciprocité pour que, de la rancœur née de la conscience de l’inégalité due à l’absence de réciprocité, pourtant non volontaire, et du sentiment subjectif d’infériorité qui en peut découler, sonne l’heure du pseudo-homo-confinement, ce qui, n’importe comment, ne pouvait manquer d’arriver, pour ceci que les niveaux de réciprocité peuvent d’autant moins être égaux entre eux, que même le même niveau de réciprocité ne saurait jamais être égal à lui-même, comme le savent, mieux que tous, les lecteurs d’Héraclite et de Parménide, comme peut le savoir (presque) tout le monde, mais comme persisteront à le nier ceux qui savent tout et ne comprennent rien et qui ne manqueront d’invoquer le principe de conservation de l’énergie sans savoir ou ayant oublié que ce principe ne s’applique qu’à des systèmes isolés, ou fermés, et, comme si cela ne suffisait, pour ceci également qu’avec l’accroissement démographique et, de ce fait, avec la réconciliation toujours de plus en difficile des différents intérêts subjectifs toujours croissants, eux aussi, les interdépendances qui, auparavant, se pouvaient autogérer plus ou moins harmonieusement, les inévitables difficultés rencontrées nonobstant, deviennent nécessairement de plus en impossibles à gérer, impossibles au point d’être insoutenables et d’inciter des réactions de colère et d’agressivité, d’égoïsme aussi qui menacent non seulement la paix sociale, mais l’existence même de la société et de tous les membres dont elle est composée que la mort guette déjà au fur et à mesure que l’instinct, ou la volonté, de survie de chacun impose la loi pour chacun du pseudo-homo-confinement au détriment des autres, voire, si aberrant que cela soit, au détriment de tous les autres, mais si l’homo-confinement risque toujours de se dissoudre, entre autres en raison de sa difficulté à se maintenir en vie — ce qui, soit dit au passage, ne constitue pas moins une chance pour l’homo-confinement qui, de se savoir menacé de disparition et de ne méconnaître les raisons (il y en a au moins plus d’une, comme on vient de le voir à l’instant même) des menaces qui pèsent sur lui, peut songer à inventer les moyens (lesquels? il en sera question dans la préface, ou la postface, à la publication dont feront, éventuellement l’objet ces quelques pages, mais, entre-temps, le lecteur pourra toujours se reporter à « Pas à reculons » ) de se défendre pour rester en vie et fidèle à ce qui serait comme sa vocation, le pseudo-homo-confinement, qui, tout au long, répand la mort — le point final superlatif , du moins en principe et théoriquement, de tout acte de pseudo-homo-confinement — avant de la récolter, qui donne et reçoit la mort (car le confinement, même sous ses formes les plus bénignes, demeure une métaphore de la mort), qui l’inflige et la subit, dispose de plus d’un moyen de se survire à soi, de survivre à sa propre mort, mais en la prévenant, en mourant à lui-même et de manière non violente en plus…

CONFINEMENT – J20

La préférence innocemment accordée, s’agissant de tout mot, à l’usage générique qu’on en peut faire, usage qui en est, en fait, toléré pour des raisons qu’il ne sera pas nécessaire de rappeler ici, présente l’inconvénient de ne retenir d’un mot, d’une expression que le sens plus courant, le plus familier, autrement dit le plus vulgaire (au sens étymologique, bien évidemment), le plus général aussi, mais sans que le général, en la circonstance, ne renferme quelque connotation d’universalité, comme c’est le cas dans le domaine des sciences de la nature, dites exactes ou dures, surtout et de plus en plus depuis que certains malavisés (peut-être) se sont avisés de parler des sciences sociales et, même, humaines dans le but inavoué, silencieux, mais parfaitement patent de leur conférer une au moins égale dignité à celle aux sciences exactes reconnue, qui rassemblerait au moyen d’une même désignation des idées, des concepts, des faits, des états qui, trop souvent, n’ont de commun qu’une appellation trompeuse dont le mépris, sans doute involontaire, affiché à l’encontre de toute particularité et de toute spécificité, engendre de bien fâcheux contresens, provoque de regrettables malentendus et déclencherait même parfois — parfois seulement, Dieu n’est point aussi méchant que le prétendent les athées et certains hommes d’Eglise — des guerres, et le terme « confinement », terme, ces jours-ci (horrible conséquence de ce qu’on croit pouvoir appeler « démocratie » sans savoir de quoi on parle), à la portée de toutes les bouches, n’y fait pas, pour ce qui est de la préférence plus haut évoquée, exception, l’opinion commune, qui règne non seulement à l’agora, mais même au Sénat, voire à l’Académie, se l’étant approprié afin que puisse triompher le non-sens du sens commun tenu pour le bon sens lui-même, et, encore qu’il soit franchement exaspérant d’entendre parler de quoi que ce soit, en l’occurrence du confinement, comme s’il ne pouvait exister qu’une forme de confinement (LE confinement) ou que toutes les formes en fussent identiques au point d’être par tous confondues dans une même indistinction, que compréhensible soit la réluctance qui détourne de l’examen de ce qu’on dit et écrit pour s’assurer d’avoir bel et bien dit et écrit ce qu’on croyait être en train de dire et écrire, non moins que ce qu’on entendait dire et écrire, il faut bien qu’on n’ait la hardiesse de conclure que, puisque tous les chiens sont des chiens, ils sont tous également des chiens, le lévrier étant une espèce de jumeau du bouledogue, et le Doberman ne différant aucunement du Husky de Sibérie, ni, non plus, qu’on ait la légèreté de trouver que toutes les formes de confinement se valent, étant donné le puissant dénominateur commun qui permet de les regrouper au sein d’une même classe —celle ayant pour dénomination la violence par exemple, ou la contrainte (qui est, tout le monde le sait, également une forme de violence, de même que l’enfermement, que l’assignation à résidence) —, sans tenir compte des différentes catégories, ou sous-classes de la violence, lesquelles en dépit de ce qui les rapproche, ne sont pas moins, entre elles-mêmes, différentes, et on aurait, par conséquent, intérêt, traitant des formes de confinement, à prêter une attention toute particulière bien plus à ce qui les peut distinguer, mais qui, très peu perceptible, échappe aisément à la vigilance la plus acérée pour donner lieu à des méprises nullement souhaitables, qu’à ce qui les mélangerait presque, mais sans que la personne la moins attentive ne s’y laisse prendre, surtout que, pour prendre, à titre d’exemple ou d’illustration, le pseudo-homo-confinement dont il a été dit, probablement non sans déclencher des haussements de sourcils ou des réactions d’incrédulité, qu’il est très certainement la seule, à la possible exception de l’homo-confinement dont la précarité existentielle , la difficulté à être requièrent un traitement séparé, forme de confinement capable de survivre à elle-même, de se survivre, bien qu’elle soit mortifère et, en raison de cela même, destinée à être frappée de mort, ouvertement ou discrètement, violente, tout le monde voit bien en quoi il a des airs de parenté avec les autres formes de confinement mentionnées dans la taxinomie esquissée ici même, avec le confinement naturel dont il est, selon bien des gens, comme le bras armé choisi par la Providence pour punir la méchanceté des hommes, bien que personne ne puisse juger la comparaison appropriée, avec l’homo-confinement, dont il n’oublie que, sans lui, il n’existerait probablement pas et auquel il rêve de ressembler (parce qu’il n’en est le semblable, justement) davantage, n’ignorant que le fait d’être oppressif et répressif le voue à des représailles mortelles qu’il ne pourra éviter s’il persiste dans la voie où il s’est trouvé embarqué, et sachant que c’est le seul homo-confinement qui pourrait, le sortant du dangereux chemin où il se trouve, le sauver en assurant sa conversion grâce à son exemple salutaire, avec le pseudo-homo-confinement lui-même, avec lui-même, l’ennemi suprême dont il se voudrait par moments éloigné, mais en vain, avec l’auto-confinement aussi et l’hétéro-confinement dont il va falloir parler et dont il suffira, pour l’heure, de dire que si le pseudo-homo- confinement n’est point si vulnérable, n’est point déjà mort, c’est pour ressembler, fût-ce sans s’y confondre, mais non sans séduire, à des formes de confinement dont il diffère foncièrement, ce qui lui fournit des possibilités fort pratiques de déguisement, d’auto-dissimulation, lui procure cet incognito qui le maintient en vie, mais en tant que négation de son propre être, qu’oubli de soi, en consentant à sa propre mort, comme s’il, le pseudo-homo-confinement, qui en permanence confine (les autres) tout en se sachant potentiellement victime du confinement lui-même, ne pouvait continuer à être, à rester en vie qu’en n’étant plus ce qu’il est, qu’en se cachant, qu’en étant le metteur en scène, le complice et l’auteur de sa propre mort, pour son plus grand plaisir peut-être, pour sa plus atroce torture, assurément, cependant que les gens vertueux, il y en a, désespèrent, eux qui pourtant savent que le pseudo-homo-confinement ne saurait se toujours imposer, ni interminablement se travestir, se cacher, sans que la déesse gardienne de l’équilibre du monde n’intervienne, de le savoir bientôt effacé de la scène du monde par sa présence maléfique devenue le lieu de la discorde et le théâtre de la détresse, mais bientôt peut-être le pseudo- homo-confinement, rarement identifiable en tant que tel déjà, ne serait-ce que parce qu’on s’y serait habitué jusqu’à le méconnaître, ne sera-t-il qu’un souvenir, et pour qu’il en soit ainsi, il faudra bien que…, il faudra bien d’abord que…