Après le congrès pour le 71e anniversaire du PTr, le Premier ministre Navin Ramgoolam a effectué sa 2e grande sortie publique depuis le début de l’année hier. C’était à l’occasion du congrès des jeunes du PTr qui s’est tenu au Centre Swami Vivekananda, Pailles, en présence du conférencier international, Robin Sharma. Une occasion pour le chef du gouvernement de s’adresser à la jeunesse travailliste en répondant à quelques questions relatives aux préoccupations des jeunes. Prônant sa vision pour un pays où règne l’égalité des chances et la moralité, pour une île Maurice propre et plus sûre, Navin Ramgoolam en a profité pour mettre en exergue ses réussites, les obstacles à son action et la nécessité de la stabilité politique dans le pays tout en s’en prenant à l’opposition et pointant du doigt la presse. Un show à l’américaine qui a déchainé un auditoire tout acquis à sa cause.
Le PTr a déployé de grands moyens, dont une centaine d’autobus de la United Bus Services, afin de mobiliser le maximum de jeunes au centre Swami Vivekananda, spécialement aménagé pour le show, hier avec en prime une scène centrale. Depuis quelques semaines déjà, le ton était donné de ce que serait ce congrès des jeunes du PTr. Et ce n’est certainement pas la présence du conférencier international Robin Sharma qui a mobilisé ces nombreux jeunes à se rendre au Centre Swami Vivekanada, mais plutôt celle du Premier ministre, Navin Ramgoolam qui lui a volé la vedette, arrivant déjà tel une rock star dans la salle de conférence sous les airs de “We will rock you” de Queen.
Si l’on s’attendait à ce qu’il adresse un message spécifique à la jeunesse mauricienne, le Premier ministre a choisi plutôt de répondre à des “questions” posés par des jeunes, après tirage au sort, selon la présidente de l’aile jeune du PTr, Nita Deerpalsing. Des questions qui avaient sans aucun doute été préparées à l’avance.
Ce congrès aura ainsi surtout été marqué par les attaques du PM contre la presse et également l’opposition, en  particulier contre sir Anerood Jugnauth, leader du Remake 2000. Alors que Navin Ramgoolam accuse SAJ “de tenir semaine après semaine, conférence de presse sur conférence de presse pour critiquer le gouvernement, sans faire aucune suggestion, sans apporter une proposition pour améliorer la vie des Mauriciens”, s’attardant plusieurs fois également sur la presse, il a qualifié certains médias de “médiocres”.  Ci-dessous un condensé des “réponses” du PM aux “préoccupations” de la jeunesse PTr.
Taux de criminalité en baisse? “Une vérité. lagazette ki fer sensation”
Se délectant de sa première question posée par un jeune homme souhaitant connaître la réalité concernant le taux de criminalité qui serait en baisse selon le gouvernement, mais avec une autre perception à travers les médias, Navin Ramgoolam a soutenu que les chiffres qu’il a récemment avancés au Parlement étaient vrais. “C’est une vérité, le taux de criminalité est en baisse comparé à 2000, 2001, 2002… 2005, 2010 et cela continue de baisser. Cependant l’impression est que le taux de criminalité est en hausse. Je dis cela pour mes camarades journalistes: Zournal, li pou fer sensation li, si li kapav donn enn fos nouvel, mett enn fos titre, ou bien fer enn sensation ek enn nouvel, li pou vann plis li. Li pe guette kass li”, dit-il. Et de faire ressortir que si ces chiffres baissent, ce sont les mesures prises sous sa gouvernance qui y ont contribué. Navin Ramgoolam revient alors plusieurs années en arrière, soit en 1995, à son premier mandat en tant que Premier ministre. Soutenant qu’à l’époque la drogue entrait et sortait par bateau sans que personne s’en inquiète, il indique qu’il a pris des mesures pour contrer cela, dont la réorganisation de la force policière. Parmi : doter la force policière de nouvelles technologies pour élucider les crimes, et également  l’accent mis sur la formation de tous les policiers.
Outre la formation des policiers, l’installation des caméras de surveillance à travers l’île porte ses fruits, estime le PM, citant l’exemple de Flic en Flac où le taux de criminalité a baissé de 85% en un mois. “Il faut se servir des nouvelles technologies et continuer à assurer la formation de la force policière”, estime Navin Ramgoolam, annonçant l’acquisition prochaine d’un hélicoptère à double moteurs pour survoler plus rapidement l’île. Autre acquisition, un bateau en provenance d’Inde l’année prochaine. “Ce bateau, doté d’un canon est très rapide”, dit le PM, ajoutant que “fodé pa laisse dimoun croire zot kapav badine dans nou la mer”. Il rappelle que des radars ont été installés dans la région afin de détecter tous les mouvements de tous les bateaux, ce afin de surveiller le trafic de drogue. Pour traquer les malfrats, le gouvernement se dotera également d’un “blinder” avec radar pour survoler l’île.
Redressement de l’économie: “Il faut développer de nouveaux pôles…”
Concédant qu’en raison de la récession dans la zone euro, l’économie mauricienne s’en trouve aujourd’hui affectée, le PM revient sur les mesures qui avaient été prises à travers les réformes pour  que notre économie demeure résiliente. Cependant ce ne sont pas uniquement les réformes qui ont permis à Maurice de garder longtemps la tête hors de l’eau comparé à d’autres pays, mais aussi un contexte financier, avec des services financiers bien régulés, et des institutions qui fonctionnent correctement; de même qu’un peuple éduqué. Lorsqu’il a pris les commandes du gouvernement en 2005, dit-il “Maurice pa ti dan bord précipice, mais dans précipice.” Ainsi, c’est grâce à la démocratisation de l’économie – malgré les critiques – que le pays a pu s’en sortir, estime Navin Ramgoolam se targuant qu’»aujourd›hui, 42% des employeurs sont des PME.» C’est pourquoi des mesures ont été prises pour les PME surtout, souligne-t-il, expliquant que l’investissement d’aujourd’hui, c’est la croissance de demain. Pour parvenir à cela, il faut la stabilité dans le pays, estime-t-il, avanaçant que “nou pa kapav entre deux élections, tou les zours nou dir ki bizin ena élection.” “Si le peuple a fait un choix, il faut respecter”, dit-il, ajoutant que s’il y a des propositions, il faut des propositions positives.
Concernant les nouveaux pôles de développement, Navin Ramgoolam cite un exemple l’Ocean Economy, et le potentiel d’exploitation dans nos mers. “Nous pouvons être un petit pays en terme de land mass, mais en terme de territoires marins, nous sommes plus grand que plusieurs grands pays”, dit-il. Selon lui, actuellement deux pôles de développement se distinguent dans notre économie : les services financiers qui contribuent à hauteur de 10% au PIB, et le secteur des télécommunications, un secteur qui ouvrent la voie aux jeunes.
Se référant à certaines suggestions émises par quelques religieux, Navin Ramgoolam a profité de cette plate-forme réunissant des jeunes pour égratigner ceux qui disent que “gouvernma bizin fer sa, gouvernma bizin fer sa…” “Bon dié pann réssi fer sa, couma dir moi ki bizin fer sa aster”, dit-il, ajoutant “et zot, zot bann religieux zot.”
MID : “nou lé fer sir ki l’environnement protezé même avec centrale à charbon”
Pour répondre à la question d’une jeune fille souhaitait des éclaircissements concernant la centrale à charbon et l’avenir de Maurice Ile Durable (MID), Navin Ramgoolam s’est surtout évertué de revenir sur son combat pour stopper le projet de route à la Vallée de Ferney. “Pour moi c’est l’intérêt national qui doit primer. Je voulais préserver cette vallée pour les jeunes”, dit-il.Concernant la centrale à charbon, le PM insiste à dire que “c’est nou ki ti bloc sa projet la.” “J’en prends paternité”, dit-il, “car nou lé fer sir ki l’environnement bizin protezé.” Cependant le problème se pose car l’ancien gouvernement a donné à certains mêmes opérateurs économiques de transporter du charbon du port vers le sud pour être brûlé. «Et bizin ale guette prix ki zot inn gagné», s’insurge-t-il, faisant ressortir que le gouvernement se heurte aujourd’hui à des arguments tels que “couma kapav ena bann lezot pe servi charbon, aster ou pe dir pa kapav.”
 Le gouvernement ne peut intervenir dans une affaire judiciaire, dit-il, mais seulement veiller à ce que les conditions strictes imposées soient respectées. “Cela sera très difficile et beaucoup plus cher”, dit-il. Et de confier que “nous étudions aussi les alternatifs”. Ainsi, des études ont été faites pour l’utilisation de l’eau de nos mers pour les besoins en minéraux et qui servira au fonctionnement des climatiseurs sur toute la côte mauricienne, dit le PM. Il confie également qu’un ressortissant d’origine française, résidant dans la circonscription No 5, a fait la découverte d’une plante qui pourrait être utilisée en alternatif au diesel et au clean coal (pellets). C’est ce type de développement que nous voulons, dit-il.
Le PM insiste de même que le taux de pollution à Maurice est très faible. “Presque pena” affirme-t-il. Cependant, avec l’aide du Pr Joël de Rosnay, le pays est sur la bonne voie concernant les projets de MID, dit-il. Plusieurs projets sont en chantier, rappelle le PM qui ajoute “D’ailleurs MID ce n’est pas mon projet ni celui du PTr. C’est le projet de la nation mauricienne, car il va bénéficier à tous”, dit-il.
Fléaux sociaux : “Pas uniquement de la responsabilité du GM mais de tout le monde”
Les fléaux sociaux n’affectent pas uniquement Maurice et de surcroît, ces fléaux ne relèvent pas seulement de la responsabilité du gouvernement, dit le PM. Selon lui, cela concerne tout le monde, qu’il s’agisse de médias, les hommes religieux, les Ongs etc. Et de citer en exemple le projet NICE (National Institute for Civic Education) mis en place par le gouvernement pour enseigner aux jeunes les valeurs primordiales, dont la discipline, la tolérance, l’ouverture d’esprit…  Des mesures aussi sont nécessaires pour contrer les fléaux, dit-il, citant l’Asset Recovery Act pour punir les malfrats. Navin Ramgoolam cite également la distribution de méthadone aux toxicomanes pour les aider à sortir de l’enfer de la drogue. “C’est vrai cela crée un peu de désordre, mais c’est mieux que de les laisser sur l’héroïne”, dit-il avant d’aborder sa récente mission en France où il a rencontré le ministre Manuel Valls. Ainsi, concernant les protestations des familles de ressortissants français trouvés coupables de trafic de subutex à Maurice, nos deux pays tentent de trouver une solution, dit le PM.
Concernant les crimes, Navin Ramgoolam laisse entendre qu’il faut aller plus loin avec les peines. Il est également revenu sur le Criminal Appeal Act avant de confier qu’en ce qu’il s’agit des cas révélés dans les écoles, les coupables doivent payer les conséquences.
Navin Ramgoolam lance un appel aux Ong, et principalement aux médias.” “Au lieu fer moralité gouvernma, coz moralité kan zot pe cozé. Explique dimoun ki bizin fer ki pa bizin fer”, dit-il, ajoutant que “ena dimoun croire li protégé li. Mais pas existé are moi sa.” Le PM a même exprimé le voeu pour  un pays où chaque citoyen respecte la loi et travaille dans la droiture et selon les principes de moralité.
L’île Maurice moderne: “un pays où notre diversité fait notre force”
Décrivant en quelques mots sa vision d”une île Maurice moderne, Navin Ramgoolam indique que son objectif est de faire de notre pays un pays où chaque citoyen se sent Mauricien. C’est ainsi qu’il a abordé la question de réforme électorale, arguant que comme le système est actuellement, “nou pe institutionaliz communalisme”.  Navin Ramgoolam rêve d’”un pays où notre diversité fait notre force”. Et de citer Barack Obama en disant qu’il y croit et que “Yes we can”.