Le livre « Coupeuses d’Azur » (2014) de Khal Torabully a été remis par l’Ambassade de Maurice en Australie, à des jeunes enfants australiens. L’auteur remercie Teerooven Coopamootoo de cette démarche qui prouve que nos ambassades savent apprécier la poésie et la transmettre, ce qui est une superbe démarche à saluer.
« Je suis touché de voir ces jeunes enfants à l’écoute d’un poète qu’ils découvrent, né dans une île lointaine et qui leur parle des personnes réduites à n’être que l’ombre d’elles-mêmes. Ces jeunes sont en formation et ont besoin de connaître les réalités du monde et le chant profond du poème dans leur éducation. Je leur souhaite de découvrir ces poèmes inspirés pas les « damnées de la terre » ».
Ces coupeuses de cannées déjà à l’oeuvre ce matin et dans d’autres coins du monde. Occasion de leur rendre un hommage encore plus vif, elles qui sont des anonymes souvent happées par les champs, accomplissant une amère besogne pour nous donner les douceurs du sucre. Geste de transubstantiation simple ? Un geste ancestral se poursuit dans ce travail sous le soleil et la pluie des tropiques. L’occasion aussi de rappeler que l’Australie a aussi fait usage de la main-d’oeuvre des engagés océaniens, ces coolies du Pacifique que l’on connaît peu…
Philosophie du livre
Cet ensemble de poèmes constitue une suite dans l’oeuvre de Khal Torabully, notamment à travers sa poétique de la coolitude. Son texte fondateur, Cale d’étoiles-coolitude, fut écrit en 1989 et publié en 1992 par Azalées éditions et constitua un événement dans la littérature mauricienne et dans les esthétiques des migrations, notamment celles à l’engagisme ou le coolie trade. Puis le poète publia Chair Corail, fragments coolies en Guadeloupe, après une rencontre fraternelle avec Aimé Césaire. Ce livre obtint le Prix international du Livre insulaire (2000). Il marqua un univers commun entre les descendants des engagés, de Maurice et La Réunion aux Antilles. En 2013, Khal Torabully avait publié VOICES FROM THE AAPRAVASI GHAT, avec l’AGTF, mêlant les voix des coolies indiens, chinois, européens et africains dans un style « mock postmodern » et selon une visée inclusive. Puis, en 2014, ce livre remarqué, publié par l’AGTF, fut lancé juste après que l’UNESCO inscrivit l’International Indenture Labour Route sur son agenda. Le poète avait milité pour cela depuis plus de 20 ans et il fut rejoint en cela par d’autres acteurs culturels. C’était lors d’une cérémonie au MGI, le livre fut présenté en amont du colloque international sur l’engagisme par Madame Sushma Swaraj, ministre des Affaires étrangères de l’Inde, qui regretta qu’il ne fût pas traduit en anglais. Il marque un élément de plus dans l’écriture de l’engagisme. C’est un hommage particulier rendu aux coupeuses de cannes, qui s’agitent autour de nous, et que l’on voit rarement. L’auteur a voulu leur dédier un ouvrage entier. On remarquera les références à la mer, les parallélismes entre la mer verte des champs, la mer d’azur aussi la mer noire, la kala pani qui cristallise les peurs et les espoirs des migrants « à moitié nus », pour citer Torabully. Il y a deux semaines, ce livre a ouvert un acte de diplomatie culturelle entre Maurice et l’Australie.