Pour les personnes autistes et leurs familles, cette période de confinement est encore plus compliquée. Coupés d’une routine à laquelle ils sont bien attachés, leur quotidien est bouleversé et cette situation génère souvent de l’angoisse et des troubles du comportement.

“Quand vous vivez au troisième étage d’un appartement avec un enfant autiste et que dès cinq heures du matin il se rend sur le balcon, crie à tue-tête, réveille les voisins et lance des objets par terre, je vous dirai qu’effectivement, le confinement est beaucoup plus dur pour les personnes souffrant de troubles autismes et leurs familles.” Sandra, 48 ans, maman de Thibault, 12 ans, est dans le désarroi le plus total depuis le début de la période du confinement. Son fils ne comprend pas pourquoi il a été brusquement coupé de sa routine, qui consistait à se réveiller à l’aube, faire sa toilette, prendre son petit déjeuner pour aussitôt emprunter le bus pour se rendre à Quatre-Bornes où se trouve le centre spécialisé qu’il fréquente.

Entre angoisses et stress

Thibault n’en peut plus de rester entre ces quatre murs. Bourré d’énergie, le petit gars a toujours aimé se dépenser en s’adonnant à des activités. “Cette frustration se porte directement sur moi”, raconte Sandra. Selon Géraldine Aliphon, directrice de Autisme Maurice, pour les enfants qui ont une forme d’autistes plus sévères, le confinement est beaucoup plus difficile. “Tout simplement parce qu’ils ont des routines auxquelles ils sont bien attachés, comme nous d’ailleurs. Dans leurs têtes, tout doit être carré et tout changement peut déclencher soit de l’angoisse ou des troubles du comportement avec des crises et des colères”. 

Uma Sooben, directrice et fondatrice de l’ONG Joie de vivre universelle et aussi la mère de Roy, également autiste. “Nous passons beaucoup de temps ensemble et il adore ça.” Elle fait toutefois ressortir qu’avoir une routine est primordial pour les personnes autistes.

Mère stressé et perdue

Au niveau de l’association Joie de Vivre Universelle, comme d’Autisme Maurice, des dispositions ont été prises pour la mise en place d’un programme personnalisé adapté aux compétences et capacités de chaque enfant. Les deux professionnelles sont unanimes sur le fait que ce n’est pas un exercice évident, car l’environnement d’apprentissage est bouleversé. Loin de son cadre spécialisé, Sandra a énormément de mal à encadrer académiquement Thibault. “Il n’accepte pas que ce soit maman qui lui fasse les classes au lieu de son éducateur habituel.” Si elle essaie à le forcer à faire des choses qu’il ne veut pas, “quand il n’est pas d’accord, il crie et se met dans tous ses états. C’est difficile de le calmer”. D’autant plus que Sandra n’arrive pas à avoir de l’autorité sur son fils. “Pour lui, c’est la voix de son père qui est synonyme d’autorité”. Ce dernier, engagé dans les forces de l’ordre se voit obligé d’assurer des shifts de 48 heures et plus, n’est pas souvent présent. Sandra est aujourd‘hui une maman épuisée, stressée et perdue qui a même du avoir recourt au service d’un psychologue.

En France, depuis début Avril, le chef d’état Emmanuel Macron a assoupli les conditions de confinement pour les personnes autistes. Selon la directrice d’Autisme Maurice, “C’est une excellente initiative d’avoir donné la place qui leur revient aux personnes autistes.Le Président Macron reconnait officiellement leurs difficultés en ce temps de confinement encore plus dur et compliqué”.