4 000 touristes en moins en février

Le quantum de promotion tarifaire dans l’hôtellerie fait débat

Les réservations sont en chute dans le secteur hôtelier. L’ampleur des dommages collatéraux du Covid-19 sur le secteur touristique commence à se faire pleinement sentir et les prochains mois s’annoncent encore plus inquiétants. Dans les milieux hôteliers, le moral est à zéro devant cette forme « d’impuissance » ressentie par les hôteliers face aux virus, qui semble vouloir tout balayer sur son passage… Déjà, pour le mois de février, si le ministre du Tourisme avait évoqué 2 500 touristes en moins, les dégâts ont été plus conséquents, car ce sont plus de 4 000 touristes qui manquent à l’appel sur le sol mauricien, soit 4 053 précisément. Et beaucoup d’observateurs et d’opérateurs sont d’accord qu’en la circonstance, la seule solution demeure des promotions tarifaires « assez tentantes » afin d’assurer un minimum d’activité dans les hôtels, et surtout éviter de licencier ! Cependant, le quantum de baisse des tarifs hôteliers fait débat. Faut-il baisser les tarifs de 20 à 30% ou carrémment proposer des rabais de 40 à 60% ?

Un spécialiste du secteur, qui compte de nombreuses années d’expérience, qui a lui-même contacté la rédaction du Mauricien pour évoquer le sujet, s’étonne de certaines promotions pratiquées depuis quelques jours. « Je vois une chambre d’hôtel à Rs 8 000 en tarif promotionnel pour les Mauriciens, alors que le prix normal est de Rs 12 000. Mais voyons, ce n’est pas réaliste ! Les Mauriciens ne débourseront pas Rs 8 000 par personne, par jour et par chambre », tonne-t-il, plaidant pour des promotions tarifaires plus agressives. Il est rejoint par certains observateurs qui reconnaissent qu’il « faut adopter une “price driven friendly approach”, et cela à travers des actions ciblées sur des segments de marches précis ». Des promotions de 20 à 30% ne vont attirer personne, surtout en temps de crise, poursuit-il. Par contre, « des rabais de 50 à 60% sur les chambres auront un effet psychologique sur les voyageurs étrangers potentiels tout comme sur les Mauriciens », préconise ce spécialiste.

« Dépasser le seuil de 50% de réduction aura un effet psychologique et beaucoup voudront en profiter. L’impact psychologique est différent pour une promotion de 50% et plus que pour une réduction de 15 à 20%. Des rabais de 20% dans le contexte difficile actuel n’encourageront pas la clientèle locale ou internationale à se déplacer », fait-il comprendre. « Chaque hôtelier devra décider de sa stratégie, mais il est clair que sans un réel effort commercial, leur établissement pourrait rester vide et ils risquent de ne même pas pouvoir couvrir leurs frais », prévient notre interlocuteur.

Pour l’heure, dans les milieux hôteliers, chacun déploie sa propre stratégie, dépendant de ses objectifs financiers en cette période de crise. Il n’y a qu’à voir les prix affichés sur certains sites de réservation en ligne pour s’en apercevoir. Interrogés sur le quantum de baisse de tarif pratiqué, les acteurs concernés affichent des réactions mi-figue mi-raisin. Un hôtelier affirme qu’il baissera ses prix de 30 à 50%. Un autre déclare sans ambages que « si on baisse trop nos prix, certains vont nous accuser de brader la destination ou de brader nos hôtels, comme ce fut le cas il y a quelques années. » D’autres sont plus enclins à avoir recours à une forte baisse des tarifs : « En temps de crise, nous n’avons pas le choix. C’est survivre ou s’écrouler. La priorité actuelle n’est pas de faire des profits, mais plutôt de maintenir les opérations coûte que coûte et limiter les dégâts. »