LA PETITE PLUME D’ABEY

Les réactions qui ont suivi la proclamation des résultats du SC sont plutôt curieuses, voire hypocrites. L’échec aux examens a toujours existé, c’est un fait. Ce qui est surprenant, c’est que, quand certaines écoles ZEP affichent un taux d’échec de 100%, et ce depuis des années, cela ne choque pas grand monde. Des sociologues du dimanche n’émettent aucune thèse sur l’effet que produit TikTok sur la réussite aux examens. En bref, les gens se fichent de ces enfants qui subissent la ségrégation résidentielle et scolaire. Des ethnologues du dimanche, eux, vous diront que les gens qui vivent dans ces régions ne s’intéressent pas à l’éducation, car faire la fête et s’amuser sont innés chez eux.
Aujourd’hui, on crie au scandale, car l’échec s’est infiltré dans les classes moyennes et supérieures. Et tout à coup, personne ne comprend plus rien.

– On ne comprend pas comment un enfant qu’on expose dès l’âge de deux ans à la technologie (téléphones, tablettes, ordinateurs) dans un monde où tout va très vite s’ennuie à suivre un programme scolaire d’une autre époque.

– On ne comprend pas pourquoi un jeune a perdu la valeur de l’éducation quand on lui dit qu’il faut étudier pour avoir un boulot et quand, à côté, le nombre de diplômés au chômage ne cesse d’augmenter.

– Ces mêmes diplômés au chômage deviennent enseignants, car faute de mieux et, on ne comprend pas pourquoi, ils s’emmerdent à enseigner à ces élèves qui leur rappellent chaque jour cette autre carrière rêvée.

– On ne comprend pas pourquoi l’État place une pseudo barre très haut alors que, même si on réussit aux examens, le secteur public n’emploierait pas ces gens qui ne sont pas des fils ou des filles de. Bien sûr les fils et les filles de n’ont pas à s’inquiéter, car maman et papa ont déjà tracé leurs chemins.

– L’ancienne génération, qui est celle de la révolution économique et dont les parents étaient issus de l’île Maurice de l’ère de la canne à sucre, ne comprend pas que les jeunes d’aujourd’hui ne voient plus l’éducation comme une ascension sociale. Ils y sont déjà à travers leurs parents. L’ancienne génération les mitraille à coups de « à notre époque » alors que ces jeunes vivent à l’époque où ils reçoivent un iPhone qui coûte trois fois le salaire minimal.

En outre, on n’a toujours pas compris :

– À quoi sert le système de bourses si la majorité des lauréats ne revient pas travailler pour leur pays ?
– Pourquoi le système éducatif est-il rigide et ne prend pas en compte le fait que nous soyons tous différents ?
– Pourquoi ce système se focalise uniquement sur l’aspect de réussir à un examen et récompense uniquement la capacité d’apprendre par cœur ?
– Pourquoi les enseignants ne sont-ils pas des éducateurs qui permettent à l’enfant de s’épanouir afin que, s’il n’est pas porté pour l’académique, il comprend que sa vie ne s’arrête pas là.
– Pourquoi n’y a-t-il toujours pas une école d’art ?
– Pourquoi ceux qu’on appelle les élites de ce pays sont pour la plupart des politiciens véreux qui ne savent parfois pas s’exprimer dans une langue et qui visiblement ont un problème de mathématiques avec ce qu’ils font de l’argent du peuple ?

Bref, il ne sert à rien d’accuser parents, enfants, profs ou ministres. Nous sommes tous coupables !