L’annonce de la réouverture des supermarchés et points de vente au détail est diversement accueillie par les boutiquiers du Nord. La principale interrogation porte sur la récation des consommateurs aux deux consignes : la vente par ordre alphabétique et la présentation de la carte d’identité.

« Nous savons tous que les boutiquiers opérant dans les quartiers sont des amis des villageois de leur endroit. A ce titre, il sera difficile de les convaincre de respecter ces critères. Le matin, ce sera encore pire lorsqu’ils viendront acheter le pain. Il faut savoir que la plupart des gens qui fréquentent les petites boutiques ne viennent  pour ainsi dire prendre toutes leurs provisions à un seul endroit. Il y a des gens qui se déplacent juste pour acheter deux cigarettes ou un litre de boisson gazeuse  Est-ce qu’on va exiger leur carte d’identité », souligne un boutiquier du Nord. Un autre boutiquier, qui opère à Grand-Baie, voit les choses d’une toute autre manière. « Ce matin, j’ai reçu un appel de mon livreur de pains. Il m’a demandé de combien de pains j’aurais besoin jeudi matin. Je lui ai demandé de ne pas faire le déplacement, car ma boutique restera fermée. J’ai peur tout simplement d’attraper le coronavirus dans ma boutique. Je préfère attendre la fin du confinement pour rouvrir. Je ne veux pas infecter ma femme et mes enfants », souligne ce boutiquier.

Il précise que lorsqu’il était allé rouvrir sa boutique pour y retirer quelques provisions à titre personnel, il avait été entouré d’une « foule de gens » venue acheter des produits de base, comme de la farine, de l’huile et des œufs. « J’ai dû rapidement fermer ma petite boutique, car le nombre de personnes infectées par le virus donne froid dans le dos », dit-il.

A Goodlands, la récation est positive. « J’ai respecté la décision du gouvernement et j’ai fermé ma boutique durant la période de confinement. Comme mon magasin se trouve dans l’enceinte de ma cour, les gens viennent chaque jour devant ma porte d’entrée pour s’approvisionner. J’ai pitié d’eux, car ils viennent acheter du riz, de la farine, de l’huile, des boîtes de conserves, du savon, de la lessive… Alors je les aide. Le problème, c’est que nous n’avons plus de stock car nos fournisseurs ne sont pas encore arrivés. Ils préfèrent livrer les supermarchés. C’est dramatique ! Moi, j’ai maintenu nos prix durant cette période », dit-il. Et d’ajouter avoir reçu la visite de policiers pour lui annoncer l’ouverture des boutiques à partir de demain.

« Nous allons pouvoir opérer en toute légalité », a-t-il dit. Avec la fermeture des boutiques des quartiers, c’est le commerce au noir qui a vu le  jour dans le nord. Beaucoup de marchands ambulants se sont spécialisés dans la vente de cigarettes à Pointe-aux-Piments comme à Goodlands avec des porix du paquet à Rs 400 au lieu des Rs 150.

Pour approvisionner les supermarchés du Nord et les boutiques, certains fournisseurs ont fait appel à la police, histoire que tout se déroule dans le calme. A Rose-Belle également, plusieurs boutiques de quartiers ont décidé de rester fermer. Ils préfèrent attendre la fin de la période de confinement pour rouvrir.

ENCADRE

Le MLC réclame deux heures de « time-off » pour les achats

Le président du Mauritius Labour Congress (MLC), Haniff Peerun, dit apprécier la décision du gouvernement de rouvrir les boutiques et les supermarchés. Cependant, il dit constater qu’une catégorie de travailleurs ne pourra pas bénéficier de cette mesure, et ce en raison de leurs horaires de travail. Il cite le cas des fonctionnaires affectés dans les départements administratifs des hôpitaux et des Area Health Centres, et qui opèrent de 8h à 16h, ou encore ceux affectés dans les Médiclinics (de 7h30 à 21h). Après leurs heures de travail, souligne-t-il, « les supermarchés auront déjà fermé leurs portes depuis longtemps ». Raison pour laquelle il réclame deux heures de « time-off » pour cette catégorie de travailleurs, et ce afin qu’ils puissent effectuer leurs achats.