Hier, vendredi 21 février, cela a fait 21 ans depuis que Joseph Réginald Topize, dit Kaya, est décédé, dans des circonstances que réclame encore et toujours, son épouse, Véronique, à être complètement éclaircies. Afin de faire son deuil et pour que leurs enfants, Azariah et Lumia, puissent avancer dans leurs vies, traumatisés qu’ils ont été tant par la brutale disparition de leur papa, que des événements qui ont ponctué cette tragédie; à savoir les émeutes, qui ont paralysé le pays des jours durant, et menant aux funérailles nationales de l’artiste. Mais jusqu’à présent, aucune action, aucune demande de réouverture d’enquête, ni d’investigation, pour faire la lumière… Et le mystère reste entier. L’énigme, irrésolue.

2019, pour les 20 ans de sa mort, un immense “tamtam” avait été organisé autour de Kaya et de son œuvre. Et ce, hélas, souvent sans le concours de ceux qui sont pourtant encore vivants et qui étaient ses véritables frères d’armes; au propre comme au figuré. Ce grand ramdam avait été ponctué d’inepties comme, entre autres, l’érection d’un monument, en mémoire d’un artiste qui dénonçait justement les pièges, fléaux et artifices d’une société portée sur le matérialisme. Comme quoi, certains n’ont toujours rien compris aux chansons de Kaya, et ne le comprendront peut-être, jamais !

Il ne suffit pas de connaître les paroles de Sime Lalimier, de s’en imbiber et de les mimer, ou de les mettre à sa sauce, pour devenir le nouveau Kaya, ou s’en déclarer disciple ou héritier. Adhérer à l’esprit et à la philosophie d’unité, de simplicité et de mauricianisme que véhicule Kaya dans son œuvre, relève de toute une culture, un mode de vie.
On ne devient pas Greta Thunberg en clamant haut et fort qu’on se préoccupe du changement climatique. Encore faut-il walk the extra mile ! Ne pas avoir peur de s’en prendre aux grands de ce monde, et leur rappeler leurs responsabilités, fait partie de cela. De même, Kaya ne s’embarrassait pas des fards sociaux pour dire les dérives qui menaçaient (déjà) notre société : racisme, fanatisme, extrémisme, hypocrisie, capitalisme…

Souhaitons que le nouveau ministre des Arts et du Patrimoine national apprécie à sa juste valeur ce fils du sol et vienne avec un projet réaliste et approprié pour pérenniser l’artiste et son œuvre, et ce sans devenir la proie facile des quelques opportunistes qui ambitionnent de faire de Kaya « leur » chose. Ce que Kaya a légué fait partie du patrimoine national culturel immatériel. En cela, ne serait-il pas indiqué, enfin, d’entamer un processus de reconnaissance nationale, et pourquoi pas, même internationale, de cet artiste et de sa contribution pour son pays ? Avinash Teeluck brisera-t-il ce silence ?

Le grand silence, c’est aussi ce qui a poussé Cadress Rungen, travailleur social infatigable, suivant la pulsion du Cardinal Maurice Piat, à élaborer avec plusieurs “soldats du coaltar”, dont le père Gérard Mongelard et Jean Bruneau, le livret “Ensemble, construisons une société axée sur le bonheur”. Ce document, qui sera au cœur de la lettre pastorale, se veut un manuel à consulter et appliquer aux quatre coins de Maurice en vue de sortir le nombre croissant de jeunes, qui deviennent des esclaves des drogues, qu’elles soient traditionnelles et classiques, mais surtout, des produits synthétiques qui font des dégâts incroyables parmi les écoliers et les étudiants. L’État annonce en grande fanfare les saisies et arrestations des “petits poissons”, passeurs et dealers. Mais où sont les barons et les cerveaux ? Pourquoi ne sont-ils pas inquiétés ?

Le Cardinal Piat, comme avant lui, le Cardinal Jean Margéot, a très à cœur le sort des victimes de la drogue. Et un élément majeur, qui fait cruellement défaut dans ce combat, c’est la réinsertion sociale. Remettre sur pied ces hommes et femmes, qui ont décidé de s’en sortir, revient aux ONG et à la société civile, principalement. C’est un travail de longue haleine, qui requiert patience, engagement, dévouement, amour… mais surtout, des sous. Car sans moyens financiers, aucun projet de formation et d’éducation ne peut exister. Et dès lors, sans encadrement, ces ex-toxicos rechutent ! 2020 sera-t-elle l’année où cela changera enfin ?