Opération Met Dife Ladan — Contre-offensive du DPP  : Gobin et Dhaliah rattrapés par la Black Label & Stag Party

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L’ex-Grand Argentier, Renganaden Padayachy, en file d’attente au procès au pénal logé contre l’ex-CEO de l’EDB, Ken Poonoosamy

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Reward Money : l’ex-ACP Lilram Deal, patron de la Counter Terrorism Unit au PMO, doit répondre d’une double accusation autour des Rs 4,5 M

Le DPP sur les cinq suspects de la première fournée : « There is a reasonable prospect of securing a conviction after having applied the evidential test »

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Trois ans après l’ouverture des enquêtes sur ces cas allégués de fraude et de corruption dans la série de High Profile Political Probes, les premières charges formelles ont été logées devant la Financial Crimes Division de la Cour suprême. C’est ce qu’indique un communiqué officiel de l’Office of the Director of Public Prosecutions en date d’hier affirmant du même coup qu’après analyse des dossiers à charge de la Financial Crimes Commission (FCC) dans ces trois premiers cas spécifiques, avec cinq suspects, cités nommément dans les Charge Sheets, « there is a reasonable prospect of securing a conviction after having applied the evidential test. » Dans trois autres dossiers, à savoir l’opération Maradiva, Lakaz Mama de la State Bank of Mauritius, de la Saint Louis Gate du contrat de la centrale thermique du Central Electricity Board (CEB) et du gros de l’opération DeepCode de Reward Money à l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), le DPP a pris la décision de solliciter des compléments ou des clarifications dans les enquêtes auprès de la Financial Crimes Commission. Les VVIPs ciblés dans ce premier épisode de l’opération Met Dife Ladan, sont l’ancien Attorney General et secrétaire général du MSM, Maneesh Gobin, l’ex-Private Parliamentary Secretary, Rajanah Dhaliah et le haut fonctionnaire Hurryduth Ramnarain pour le volet Black Label & Stag Party de Grand-Bassin ; Ken Poonoosamy, ancien Chief Executive Officer de l’Economic Development Board (EDB) avec en filigrane le nom de l’ancien Grand Argentier, Renganaden Padayachy, aux premières loges dans une autre Charge Sheet-in-Waiting au DPP’s Office et l’ancien assistant-commissaire de police, Lilram Deal, de lui où est partie l’opération DeepCode, ébranlant les Police Headquarters des Line Barracks avec des fraudes par dizaines de millions Under the Guise of Reward Money.
Dans le sinistre dossier de Black Label & Reward Money en pleine période de confinement de Covid-19, Maneesh Gobin, Rajanah Dhaliah et Hurryduth Ramnarain sont traduits en Cour sous des accusations liées à des infractions de corruption, en vertu des sections 7 et 10 de la Prevention of Corruption Act (PoCA).

Le dossier visant l’ACP Lilram Deal est, lui, plus lourd. Cet ancien haut gradé de la police, affecté au Prime Minister’s Office sous le gouvernement de Pravind Jugnauth, est poursuivi pour avoir, selon les accusations, utilisé sa position à des fins de gratification. Il fait également face à une accusation de blanchiment d’argent. Les infractions retenues relèvent notamment de la section 7 de la PoCA, de la section 3 de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA) ainsi que de la section 7 de la Financial Crimes Commission Act.

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Dans un autre dossier, Ken Poonoosamy, ancien Chief Executive Officer de l’Economic Development Board (EDB), est poursuivi pour avoir fait usage de sa position dans le but d’obtenir une gratification, une infraction prévue par la section 7 de la PoCA.
Dans le communiqué, rendu public, hier, le DPP précise que ces décisions ne reposent pas uniquement sur la nature ou la médiatisation des affaires. « Dans toute procédure pénale, la décision d’engager des poursuites repose sur deux critères fondamentaux : l’évaluation des preuves disponibles et l’intérêt public », rassurent les services du DPP.

Après analyse des trois dossiers concernés, le DPP estime que les conditions sont réunies pour enclencher l’étape des charges formelles devant les instances judiciaires compétentes. Son bureau considère notamment qu’il existe « une perspective raisonnable d’obtenir une condamnation ». Le DPP s’appesantit également sur la nécessité d’éviter que ces procédures ne s’éternisent. Il dit souhaiter que les affaires soient entendues dans un délai raisonnable afin de permettre à la justice de trancher sur le fond sans retard excessif.
L’affaire Stag Party trouve son origine dans l’attribution d’un vaste terrain situé à proximité de Grand-Bassin. La Financial Crimes Commission (FCC) avait mené une enquête pour établir si le processus ayant conduit à l’octroi du bail a été mené conformément aux procédures ou si certains protagonistes ont bénéficié d’interventions et d’avantages financiers en contrepartie de leur influence.

L’ex-ministre de l’Agro-industrie, Maneesh Gobin avait été arrêté par la FCC sous la section 7(1) de la Prevention of Corruption Act, le 28 février 2025. Cette arrestation est intervenue après celle de Rajanah Dhaliah. L’ancien PPS avait été arrêté le 31 août 2023. Selon les éléments de l’enquête, il lui est reproché d’avoir sollicité Rs 4 millions auprès d’Ajay Kumar Jeetoo afin d’user de son influence pour faciliter l’octroi du bail du terrain à l’Eco Deer Park Association.

Pour comprendre le dossier, il faut remonter à 2016. Le terrain de 350 arpents était alors exploité par RKS Deer Ranch Ltd. Le bail de cette société avait été annulé après la découverte de plants de cannabis sur les lieux par l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU). La famille Etwaroo, qui était liée à la société, avait contesté cette décision devant la justice.
Quelques mois plus tard, une nouvelle structure apparaît dans le dossier. En 2020, Ajay Jeetoo a rencontré Hurryduth Ramnarain, Senior Officer au Registrar of Associations. Une nouvelle association a alors été envisagée afin de pouvoir solliciter le bail du terrain. L’Eco Deer Park Association a par la suite été constituée avec d’anciens membres de RKS Deer Ranch Ltd et de nouvelles personnes.

C’est également durant cette période que les enquêteurs situent les premières allégations de demande d’argent. En août 2020, lors d’une rencontre à son bureau au Citadelle Mall, Rajanah Dhaliah aurait réclamé Rs 4 millions afin de faciliter l’obtention du terrain. Il a, d’après les accusations, demandé que les échanges financiers passent par Hurryduth Ramnarain.

La famille Etwaroo a, de son côté, réuni Rs 3,5 millions, notamment à travers la vente d’une tractopelle. Keegan Etwaroo a remis cette somme à Ajay Jeetoo en plusieurs tranches.
Un autre épisode figure dans le récit de cette affaire. Le 12 septembre 2020, une fête présentée comme une « Black Label & Stag Party  avait été organisée sur le terrain de chasse de Grand-Bassin. Plusieurs personnes citées dans l’enquête étaient présentes, parmi lesquelles Rajanah Dhaliah, Hurryduth Ramnarain et Maneesh Gobin.
La présence de l’ancien ministre sur les lieux revêt une importance particulière pour les enquêteurs puisqu’il était alors responsable du ministère de l’Agro-industrie, l’autorité appelée à traiter le dossier du terrain. À ce moment-là, le différend entourant l’ancien bail n’était par ailleurs pas complètement résolu.

En juin 2021, l’Eco Deer Park Association a finalement obtenu le terrain à bail à la suite d’un accord avec le ministère de l’Agro-industrie, alors dirigé par Maneesh Gobin.
L’arrestation de Rajanah Dhaliah en août 2023 avait constitué le premier développement judiciaire majeur de cette affaire. À l’époque, l’ancien PPS était soupçonné d’avoir sollicité Rs 4 millions pour faciliter l’obtention du bail. Près de trois ans plus tard, l’arrestation de Maneesh Gobin est venue élargir considérablement le champ des responsabilités examinées.

Le fait que le DPP ait désormais logé une affaire formelle contre les deux hommes constitue une nouvelle étape. Le dossier quitte ainsi le seul terrain de l’enquête pour entrer dans celui du débat judiciaire.

ASU: Reward Money — Lilram Deal, premier sur les bancs des accusés

L’ACP Lilram Deal, ancien responsable de la Counter Terrorism Unit (CTU), est accusé d’avoir perçu indûment près de Rs 4,5 millions qui étaient destinées à récompenser des informateurs ayant fourni des renseignements dans plusieurs enquêtes sensibles, notamment des dossiers majeurs de trafic de drogue.

Lilram Deal a été arrêté par la FCC le 20 juin 2025. Selon les éléments de l’enquête, les fonds concernés ont été versés en 2022 sur un compte bancaire conjoint détenu par l’officier et son épouse, alors qu’ils étaient censés revenir aux véritables informateurs ayant permis aux enquêteurs d’obtenir des informations utiles dans différentes affaires.
Le Reward Money est destiné à rémunérer des informateurs dont les renseignements peuvent contribuer à faire avancer des enquêtes, notamment dans le domaine du trafic de stupéfiants. Il s’agit donc de fonds soumis à un cadre spécifique et dont l’utilisation est liée aux informations fournies aux autorités.

Les enquêteurs estiment que Lilram Deal a sollicité l’intégralité de la somme en une seule fois, avant le début de l’exercice financier concerné. Au regard des éléments recueillis jusqu’ici, la demande a été présentée en se référant à plusieurs dossiers, mais sans que ceux-ci présentent nécessairement un lien direct avec des affaires de trafic de drogue justifiant le paiement de récompenses à des informateurs.
L’enquête financière a également permis de retracer une partie de la somme. Environ Rs 2 millions ont notamment été utilisées pour financer l’acquisition d’un véhicule utilitaire Toyota RAV4.

Cette transaction constitue un élément important pour les enquêteurs. Elle tendrait à démontrer, selon leur piste de travail, qu’une partie de l’argent – présentée comme destiné à des informateurs – a été utilisée à des fins personnelles plutôt que pour rémunérer les personnes ayant fourni les renseignements à la police.


Ken Poonoosamy dans le volet MIC/Apavou
Pour sa part, Ken Poonoosamy, ex-Chief Executive Officer (CEO) de l’Economic Development Board (EDB), se retrouve également face à un procès. Il est soupçonné d’avoir profité de ses fonctions pour obtenir un avantage indu. Son nom apparaît notamment dans le volet MIC/Apavou Deal, qui concerne le financement de Rs 2,4 milliards accordé pour le rachat de l’hôtel Ambre.
Au cours de l’enquête, une somme de Rs 300 millions sur ce montant a été considérée comme excédentaire par les enquêteurs, soulevant des interrogations sur les conditions dans lesquelles les fonds ont été débloqués. La FCC soupçonne Ken Poonoosamy d’avoir utilisé sa position au sein de l’EDB pour faire accélérer cette transaction.


À la requête du DPP : Trois dossiers renvoyés à la FCC pour des suppléments d’enquête
Dans plusieurs dossiers sensibles transmis par la Financial Crimes Commission (FCC), au moins trois cités, soit la State Bank Saga, la Saint Louis Gate et le Reward Money de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU), le bureau du Directeur des Poursuites Publiques (DPP) a demandé que des investigations supplémentaires soient menées ou que certaines zones d’ombre soient éclaircies avant qu’une décision définitive ne soit prise. C’est notamment le cas en ce qui concerne la saga SBM.

Dans cette affaire, l’enquête porte notamment sur un prêt de Rs 470 millions accordé en août 2024 à Dhyanavartam Ltd du conglomérat Maradiva du tandem Jugnauth/Ramdanee alors que Premchand Mungur occupait les fonctions de Chief Executive Officer de la State Bank of Mauritius. L’ancien patron de l’institution bancaire avait été arrêté et fait l’objet d’une accusation provisoire de « fraud by abuse of position ». Finalement, le dossier a donc été renvoyé à la FCC afin que certains éléments puissent être approfondis et que soit prise une éventuelle décision quant à la marche à suivre.

Le dossier de la centrale thermique de Saint-Louis fait également partie des affaires pour lesquelles des questions supplémentaires ont été soulevées. L’enquête porte sur le projet de réhabilitation de la centrale du Central Electricity Board (CEB). Les investigations avaient notamment porté sur des soupçons selon lesquels d’importantes sommes d’argent auraient été versées à des Public Officials afin de favoriser l’attribution du contrat à BWSC.
Dans le cadre de cette affaire, plusieurs protagonistes avaient été arrêtés et provisoirement inculpés. Certaines de ces accusations provisoires ont toutefois ensuite été rayées. Le renvoi du dossier pour des vérifications additionnelles signifie donc que l’affaire continue d’être examinée sur le fond, notamment à travers les éléments susceptibles d’établir ou non l’existence d’un mécanisme de corruption entourant l’attribution du contrat.

Le dossier du Reward Money est lui aussi toujours passé au crible. Le DPP a en effet sollicité des investigations additionnelles avant de se prononcer définitivement. L’affaire concerne cette fois des fonds destinés à récompenser des informateurs ayant fourni des renseignements dans le cadre de plusieurs opérations policières, notamment contre le trafic de drogue.

L’enquête a déjà conduit à l’arrestation de plusieurs hauts gradés de la police, dont l’ancien commissaire de police Anil Kumar Dip, l’ACP Gungadin, le SP Jagai – qui faisait partie de l’ancienne Special Support Team (SST) –, ainsi que l’ASP Seewoo, affecté à la Special Cell.
Le fait que ces dossiers aient été renvoyés à la FCC ne constitue pas une décision de classement. Il traduit plutôt la volonté du bureau du DPP de disposer de dossiers suffisamment solides et complets afin de décider d’engager et de poursuivre ou non des procédures criminelles.

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