Dominique Vaysee, directrice de Campus France (Maurice), reconnaît les difficultés auxquelles sont confrontés les étudiants étrangers dans leur installation en France, et que l’augmentation des frais d’inscription à compter de l’année prochaine, explique-t-elle dans cet entretien, vise à remédier aux faiblesses constatées par le gouvernement français dans l’accueil de ces étudiants issus des pays non-européens. Dominique Vaysee évoque aussi la politique adoptée depuis quelque temps par l’enseignement supérieur français d’aller davantage vers les partenariats entre des établissements français et ceux des pays africains. Il s’agit de faire en sorte, selon elle, que les « établissements français se rapprochent le plus possible des étudiants » dans leur pays. Notre interlocutrice met aussi en exergue les accords existants entre les institutions française et mauricienne.

L’augmentation conséquente des frais d’inscription pour les étudiants des pays non-européens annoncée il y a une dizaine de jours sonne comme un coup de massue sur les Mauriciens. Ne pensez-vous pas qu’il y a eu un manque de communication de la part de Campus France-Maurice ?
Je ne le crois pas. Il n’y a pas eu de manque de communication dans la mesure où sur le site de Campus France, il y a eu un dossier de presse complet sur le sujet depuis l’annonce de la décision. Cela dit, nous sommes en train de préparer un communiqué de presse pour les étudiants à Maurice.

Le gouvernement français insiste sur l’aspect de l’accueil des étrangers dans cette décision. Est-ce la principale raison de cette augmentation et de quelle manière, selon vous, cela apportera des changements ?
Oui, c’est la principale raison. Un des reproches qui a été fait à la France concerne l’accueil des étudiants étrangers qui ne se passe pas dans de bonnes conditions. On nous dit que l’accueil est souvent difficile. Les stratégies d’amélioration de la qualité d’accueil vont s’appuyer sur la mise en place d’un label, lequel comprendra dix exigences auxquelles les établissements publics et privés devront se conformer. Ceux qui auront ce label donneront la certitude aux étudiants étrangers qu’ils seront bien accueillis et qu’on les aidera à trouver un logement. Leur arrivée sera dorénavant grandement facilitée.

Est-ce que vous estimez que les frais d’inscription en France étaient les plus bas en comparaison avec ceux des autres pays européens et non-européens ?
C’est clair que la France était un des pays au monde où les frais pour les études supérieures étaient les plus bas. Il y a eu une étude très approfondie qui a permis de mettre en évidence le fait que ce n’était pas forcément les frais d’inscription qui constituaient le principal obstacle aux étrangers puisque les pays qui présentaient la plus forte attraction pour les étudiants ces dernières années sont ceux où les frais d’inscription sont extrêmement élevés.

La France privilégie de plus en plus une politique de partenariat dans l’enseignement supérieur et encourage fortement les pays non-européens à intensifier ce genre de partenariat. Cette stratégie ne réduit-elle pas l’accès aux établissements français ?
Pas du tout. Il s’agit d’une évolution d’ensemble et de la tendance au niveau mondial. Dans de nombreux pays il existe des études de premier cycle d’un niveau correct et qui sont proposées en partenariat, soit avec des établissements en France, soit entre des établissements français en dehors de la France. Il s’agit de faire en sorte que les établissements français se rapprochent le plus possible des établissements où se trouvent les étudiants. On sait qu’il y aura trois fois plus d’étudiants africains d’ici 2030 sur le marché des études et il faut donc penser à la capacité nécessaire pour scolariser tous ces étudiants et leur offrir des études de bonne qualité et de proximité. Il faut intensifier ces partenariats et mettre en place des co-diplomations pour faciliter la formation après les études de premier cycle. L’idée à travers ces partenariats est d’encourager les meilleurs éléments à venir faire leur Masters en France.

Qu’en est-il de cette stratégie de partenariat à Maurice ?
Vous êtes déjà bien avancé en la matière. En effet, il y a plusieurs partenariats entre des établissements français et des universités mauriciennes publiques et privées et il s’agit des partenariats de niveau. Quelques exemples de ces partenariats : l’Université des Mascareignes – l’Université de Limoges; l’Université de Maurice et divers établissements français; la MCCB Business School – Rectorat de La Réunion – plusieurs universités françaises; et enfin entre l’Université de Médine et des établissements français. La France est en train de multiplier ces partenariats dans les pays africains, dans le sillage du discours du président Macron lors de sa visite à Ouagadougou. Et sachez aussi que de nombreux partenariats sont en train de se tisser à Maurice.
Nous voudrions aussi contribuer à l’ambition mauricienne s’agissant du souhait de faire de Maurice un “education hub” pour la région. Et c’est pour cette raison que nous avons beaucoup de partenariats et que nous voulons en encourager d’autres. Dans cette expansion de partenariats, Maurice cible aussi les étudiants africains de la région.

Est-ce que ces partenariats tiennent compte des besoins spécifiques des pays de la région ?
En effet, certaines réalités sont prises en considération. À titre d’exemple dans un partenariat réunissant l’Université de Madagascar, l’Université de La Réunion, l’Université de Limoges et l’Université des Mascareignes, nous sommes en train de créer un programme pour une licence spécifique en gestion de l’eau. Dans un partenariat de recherches entre l’Université de Maurice et une université de Côte d’Ivoire, nous avons un projet pour un observatoire de l’environnement. Au mois d’octobre dernier, il y a eu le lancement d’un Master en Développement durable et en Efficacité énergétique qui est le résultat d’un partenariat Limoges – Université des Mascareignes, Université de La Réunion. Dans le domaine de l’environnement, des sciences océaniques et climatiques, il y a une évidence pour une collaboration entre les îles des Mascareignes, particulièrement entre Maurice et La Réunion.

Les étudiants mauriciens et leurs parents sont-ils suffisamment informés sur ces partenariats, qui permettent donc de commencer des études à Maurice ?
Nous allons communiquer sur l’axe de partenariat dans ce communiqué de presse que nous préparons. Et ensuite les futurs étudiants et leurs parents obtiendront toutes les informations y relatives lors du prochain Salon 100% études françaises qui se tiendra à l’IFM les 6, 7 et 8 décembre, soit dans quelques jours. Les étudiants mauriciens et leurs parents obtiendront dans cet espace toutes les informations sur les études en France et à Maurice. Des établissements supérieurs français publics et privés offrant des études dans plusieurs domaines viendront spécialement pour faire connaître leur cursus. Nous aurons aussi des établissements français qui sont implantés à Maurice dans le cadre de partenariats. Campus France aussi sera présent.

Combien de visiteurs attendez-vous à ce salon ?
Je voudrais souligner que la première édition de ce Salon a eu beaucoup de succès, mais malheureusement en raison du cyclone Berguitta, cet événement s’est déroulé sur un seul jour au lieu de deux. Cette année, nous attendons plusieurs milliers d’étudiants et leurs parents. La campagne d’inscriptions dans les universités françaises pour la prochaine année universitaire a déjà démarré et prendra fin vers le 20 janvier, soit avant les résultats du HSC. C’est pour cette raison que nous avons décidé d’organiser ce Salon en décembre de manière à ce que l’information soit disponible bien avant la clôture des inscriptions. Il n’est pas nécessaire d’attendre les résultats du HSC pour s’inscrire. Par ailleurs, ce Salon pourrait aussi intéresser les étudiants qui sont déjà en premier cycle d’études et qui envisagent de faire un Master ainsi que ceux souhaitant entreprendre des études de doctorat en France.

Comment se porte la performance des étudiants mauriciens en France ?
En général, les étudiants mauriciens sont bien appréciés car ils sont plutôt bons, sérieux et travailleurs et leurs études couvrent une variété de disciplines. En général, les Mauriciens terminent leur premier cycle et vont même jusqu’au Master et au doctorat. Il n’y a pas beaucoup d’échecs et c’est l’une des raisons pour lesquelles les étudiants mauriciens sont bien appréciés. Pour l’heure, ils sont environ 1 800 étudiants mauriciens en France et c’est le deuxième pays d’accueil pour eux à l’étranger. La France souhaite augmenter ce nombre à travers des études pour des diplômes de Master.

En revanche, pour les études de médecine, on constate que l’accès est très difficile aux Mauriciens ?
Depuis très longtemps, la France a mis en place un numeris clausus dans l’admission pour les études de médecine de sorte qu’un nombre bien spécifique d’étudiants réussit au concours à la fin de la première année. Les étudiants, qu’ils soient français ou étrangers, trouvent extrêmement difficile d’arriver en deuxième année d’études de médecine.

Selon des étudiants, la sélection à l’entrée est beaucoup plus sévère dans d’autres domaines également et il est de plus en plus difficile d’avoir une admission dans les universités françaises. Serait-ce vrai que la compétition est plus rude ?
D’après notre constat, les étudiants mauriciens ont rarement des difficultés à décrocher une place dans les établissements français. Par rapport à d’autres pays où beaucoup d’étudiants étrangers n’obtiennent pas de réponses positives, les Mauriciens pour leur part reçoivent en général des réponses positives à une demande d’inscription dans les établissements français.

S’agissant des bourses d’études, les Mauriciens figurent-ils toujours parmi les heureux bénéficiaires ?
Il y a des bourses réservées aux meilleurs élèves des lycées français en dehors de la France et chaque année après la proclamation des résultats du baccalauréat, ces lycées dans leur ensemble envoient leurs candidatures pour l’obtention de ces bourses. Et cette année, cinq des 150 bourses au niveau mondial ont été données à Maurice et l’an dernier les candidats à Maurice ont décroché huit des 200 bourses pour l’ensemble des lycées français. Comparativement au nombre d’élèves à Maurice et à la taille du pays, je trouve que c’est un succès. En outre, une vingtaine de bourses de deuxième et de troisième cycles d’études est octroyée chaque année aux Mauriciens après un appel à candidatures. Et les bénéficiaires sont sélectionnés par une Commission des bourses. En outre, les étudiants mauriciens en France peuvent bénéficier des bourses de leurs universités sur la base de certains critères.

Est-ce que l’exonération des frais d’inscription dans certains cas est possible ?
Vous avez raison de poser cette question car dans le sillage de l’augmentation de ces frais, certains étudiants français ou étrangers pourraient en être exonérés et c’est une nouvelle mesure. Ainsi à partir de la prochaine année universitaire, les établissements français ont la liberté d’accorder des exonérations à certains étudiants.

Quelle est la position des établissements français dans les classements au niveau mondial ?
Les critères pour ces classements sont souvent sujets à polémique. Mais il est certain que les établissements supérieurs français sont encore reconnus – et je l’espère, pour longtemps encore – pour leur excellence, à la fois en termes de formation et de recherches. Nous ne pouvons dissocier l’enseignement de la recherche et cet aspect reste pour les étudiants mauriciens une valeur sûre et une valeur d’avenir. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles nous essayons de développer des partenariats entre la France et Maurice au niveau de la recherche et par là même, aider les universités mauriciennes à développer cet aspect.