De retour d’une semaine de “Self-Isolation”, le ministre de la Santé, le Dr Kailesh Jugatpal,
soutient que « nou pe zwe zis lor nou ‘Luck’ la ! ». Il commentait la stagnation du nombre de cas positifs au COVID-19 à 324 après un mois avec un zéro pointage pour quatre jours consécutifs à jeudi. Dans cet entretien à bâtons rompus, il commente l’évolution
de la situation sur le terrain en annonçant la réception graduelle de 200 000 tests en provenance de plusieurs pays. Le ministre de la Santé s’est aussi attardé sur les situations qui ont surgi durant ce premier mois de Covid-19 à Maurice et s’est aussi aventuré sur
l’après-confinement, qui se fera par étapes.

Racontez-nous comment vous vous êtes retrouvé avec la menace COVID-19 arrivant jusqu’à votre bureau ministériel ?
Le ministère de la Santé étant au centre du dossier coronavirus, il y avait des mouvements de personnes au 5e étage, notamment avec les responsables des différents départements. Et nous avons appris que ma secrétaire, qui travaille juste à côté de mon bureau, avait été testée positive au COVID-19. Elle fait le va-et-vient quotidiennement au ministère avec des dossiers en mains. Nous sommes des Close Contacts. C’était dans l’après-midi de jeudi de la semaine dernière et j’ai reçu un appel pour m’informer que ses résultats étaient positifs. J’ai immédiatement informé le Premier ministre, Pravind Jugnauth, car j’allais le rencontrer et par la suite animer le briefing du National Communication Committee. La première chose c’était d’informer tous les autres qui avaient eu des contacts avec moi pour qu’ils prennent les dispositions nécessaires et ainsi se mettre en auto-confinement, le temps que j’obtienne confirmation si ma secrétaire m’avait refilé le virus.

En effet, durant ces dernières semaines avec le sujet coronavirus au centre de nos préoccupations, ma secrétaire quittait le bureau à des heures tardives et c’est un chauffeur du ministère qui la déposait chez elle. Ce chauffeur en question avait eu des contacts avec celui qui véhicule le Dr Gujadhur. Ce dernier avait été testé positif après avoir été sur le Frontline, notamment au niveau des centres de quarantaines et les équipes de Contact Tracing entre autres. Et voilà comment ça marche avec le COVID-19, avec mon isolation en exemple. Je suis retourné au bureau aujourd’hui (jeudi) avec mon équipe de collaborateurs au complet.

Comment avez-vous vécu le dossier coronavirus jusqu’ici, notamment à compter du mercredi 18 mars avec l’annonce des premiers cas à Maurice ?
Le 18 mars, nous avons détecté les premiers cas mais il faut aussi qu’on rappelle qu’à notre niveau les choses avaient déjà été activées depuis le mois de janvier avec la déclaration de l’Organisation mondiale de la Santé que la région de Wuhan en Chine en était une à High Risk. C’était le 20 janvier. Le lendemain nous sommes partis identifier toutes les personnes, notamment les touristes au niveau des hôtels qui étaient originaires de cette province chinoise, et nous les avons placés en quarantaine. Nous avons réagi rapidement en ce qui concerne la fermeture de nos frontières par rapport à la Chine dès le début du mois de février avec les vols suspendus.
Au fur et à mesure nous avons pris d’autres décisions pour les autres pays où les cas explosaient. Mais quand nous avons eu trois cas sur notre territoire c’était le déclenchement d’une nouvelle étape. Le premier cas nous arrive depuis l’hôpital Victoria et les deux autres au niveau des centres de quarantaine. Pour le cas de l’hôpital de Candos, le premier, il nous a fallu établir rapidement les informations sur son cercle rapproché ainsi que les personnes qu’il avait pu rencontrer, propageant ainsi le virus. C’était quelqu’un qui est rentré à Maurice, qui a été dans une clinique privée, par la suite chez un médecin privé et après à l’hôpital Victoria.

Et moi, à ce moment-là, je suis assis à la MBC dans le cadre d’une émission à la fin de laquelle on me fait comprendre que le Dr Gujadhur avait besoin de moi et que je devais retourner à Port-Louis. C’est ainsi qu’ont débuté le mécanisme d’annuler les vols, la mise sur pied des centres de quarantaine ainsi que l’imposition de confinement national pour neutraliser la propagation du COVID-19. Nous avons de nombreux centres de quarantaine qui ont graduellement augmenté avec tous les passagers rentrant soudainement au pays.  Nous avons agi rapidement, je le maintiens, car depuis le 16 mars le Premier ministre avait annoncé la fermeture de nos frontières. Et nous avons assisté en quatre semaines à la détection de 324 cas à jeudi après-midi avec le nombre de morts à 9 et le nombre de guéris passant à 81. Ce qui fait que nous avons 231 cas actifs après quatre jours qui nous donnent de l’espoir.

N’a-t-on pas été en retard dans l’application de la quarantaine aux passagers à partir du 18 mars ?
Est-ce que cela veut dire que nous aurions dû arrêter tous les vols depuis la première semaine de mars ? Les cas de coronavirus explosaient déjà à ce moment-là. Ce n’est pas une décision facile à prendre car nous n’avions aucun cas sur notre territoire et que nos mesures prises étaient jusque-là efficaces. Aucun pays ne l’avait fait. Personne n’avait pris une telle mesure. Aucun pays ne peut dire qu’il a pris la décision de fermer les frontières « at the right time » au vu de ce qui se passe dans tous les pays en ce moment.
Le 16 mars alors que nous n’avions aucun cas le Premier ministre est venu annoncer la fermeture des frontières, notamment avec la Réunion et les pays européens touchés par la propagation de la pandémie du COVID-19. Nous avons pris nos décisions en temps voulu, quand il fallait les prendre, en fonction de ce qui se passait devant nous. Personn pa ti pou kapav pran bann desizion mieu ki sa ! Nous avons pris des décisions bien avant beaucoup d’autres pays. C’est un fait. Ce n’était pas des décisions faciles à prendre.

Au vu de certains centres de quarantaine aménagés dans le pays, pourrions-nous dire que les autorités étaient réellement prêtes pour le COVID-19 à Maurice ?
Le Readiness Plan est basé sur comment on prend en charge toutes les personnes infectées par le coronavirus, comment nos hôpitaux feront le discernement entre les patients de COVID-19 et non-COVID-19. Comment détecter les cas et la manière de mener le Contact Tracing ou encore comment garder des personnes en quarantaine… Quand la décision est prise pour mettre tous les passagers rentrant aux pays en quarantaine, nous avons notre premier cas en même temps.

Avec les derniers vols nous avons presque 2 000 personnes à héberger. Vous pouvez vous-même imaginer qu’avec 2 000 passagers qui arrivent en précipitation à Maurice, ce n’est pas facile de leur trouver un endroit où ils devraient séjourner. Je dois être honnête, le ministère de la Santé ne pouvait facilement gérer cette situation soudaine à laquelle on a dû tous s’adapter.  2 000 passagers, leurs lodging et boarding. Eski nou ti prepare pou resevwar 2 000 pasaze ? Nou konn admet patient 5, 10, 100, 200, me enn sel kou 2 000 pasaze. Li pa ti fasil ! On n’a pas pu donner le confort qu’il fallait mais toutes ces personnes étaient des Potential Carriers de coronavirus. L’objectif était de les garder en quarantaine. Les hôtels ont été utilisés. Ce n’était pas facile de satisfaire tout le monde. En les mettant en quarantaine nous avons protégé tout le monde.

Qu’en est-il des grincements de dents dont on a témoignés de ceux qui sont restés au-delà des quatorze jours en quarantaine ?
Ils sont tous arrivés presque en même temps. 2 000 tes pa ti kapav fer dan 1 zour ! Ces tests se sont échelonnés sur une période de 10 jours. Quand nous avons eu nos cas, la priorité n’était pas ceux en quarantaine en termes de testing. Les priorités étaient le Contact Tracing ou encore les personnes admises à l’hôpital et qui étaient en isolation. Quand nous avons commencé à tester ceux en quarantaine c’était à travers des batch de 100 et 200. Nous avons eu des cas où les Exit Tests avaient été conduits au 14e jour et aussi au 21e jour. Et nous avons fonctionné selon nos capacités de faire ces tests. C’est la raison pour laquelle certains séjours étaient prolongés. Je m’excuse pour cela mais il était impossible pour nous de faire autrement.

Que va-t-on faire des centres de quarantaine libérés ?
Nous avons retourné ces centres avec l’idée que demain si nous allons en avoir besoin nous les reprendrons. Nous referons appel si besoin est aux autorités concernées et aux propriétaires d’hôtels. C’est tout à fait normal que tous les prochains passagers entrant à Maurice seront placés en quarantaine.

Pourquoi avons-nous entendu des craintes et des critiques quant aux manques de matériels protecteurs pour le personnel soignant et non-soignant ?
Tout le monde suivait ce qui se passait à travers le monde avec le nombre de contaminations recensées parmi les soignants et les Frontliners. Les frayeurs exprimées étaient compréhensibles au vu des évènements. Tout le monde au niveau des hôpitaux pensait qu’il fallait porter de Personal Protective Equipment (PPE). Tout le personnel voulait des masques N-95. Mais graduellement on s’est adapté, avec les différents équipements qu’il fallait distribuer aux différents personnels des services de santé publique.
Au niveau des ambulances, on a un type d’équipement avec une certaine protection alors que pour ceux travaillant aux urgences les matériels sont pour des besoins différents. À partir des premiers cas nous avions des équipements pour un mois et on a placé des commandes pour en avoir d’autres. Tous les directeurs des hôpitaux ont reçu leurs matériels. On a fait notre planning pour une durée. À chaque fois qu’il y a eu des appels de manques d’équipements, on a agi en circonstance. Le contrôle était important dans le contexte. Nous sommes soulagés que les équipements arrivent et je peux dire que nous avons un stock suffisant pour une autre durée de temps.

9000 tests jusqu’ici, incluant les 2000 pour ceux placés en quarantaine, le personnel de santé, le Contact Tracing et les Flu Clinics entre autres. Ne croyez-vous pas que c’est très peu pour évaluer la propagation communautaire?
Ceux en quarantaine devaient obligatoirement faire ces tests. Ils ont tous fait des tests. Nous avions débuté avec une capacité de 120 tests par jour. Nous avons graduellement augmenté notre capacité à faire les tests PCR et nous avons atteint la barre des 500 par jour. Le plus important, c’est comment faire les tests. Nous devons nous assurer que les prélèvements aussi soient effectués comme il se doit. Beaucoup de tests ont été réalisés au cours de l’exercice de Contact Tracing. Et puis il y a aussi les tests effectués sur toutes les personnes qui se rendent dans les cinq Fever Clinics à travers l’île. Nous avons les résultats des tests PCR après six heures et nous procédons par trois batches quotidiennement. Nous continuons de recevoir nos cargaisons de tests et je peux dire que nous avons presque 200 000 tests pour ce qui arrivent en plusieurs lots de divers pays notamment d’Allemagne, d’Afrique du Sud, entre autres.

À quand une “mass testing” au niveau de la population ?
Cela viendra avec les rapid tests. L’on devrait pouvoir effectuer des tests avec des résultats « within hours ». Mais l’on doit d’abord choisir notre type de Rapid Test, notamment en termes de reliability. Et aussi connaître qui sont ceux qui peuvent effectuer ces tests sur le marché entre autres.

Un mois presque depuis que nous sommes en mode confinement et avec un couvre-feu sanitaire activé. Quel est votre constat ?
Si le nombre de cas n’a pas explosé à Maurice jusqu’à présent, on le doit au confinement national imposé. À chaque fois que le Dr Gujadhur est intervenu il a mis l’accent sur le confinement. Nous sommes chanceux pour l’heure, car malgré le non-respect par certains Mauriciens des consignes et des protocoles établis, nous n’avons pas assisté à une explosion de cas de COVID-19 dans le pays. Si nou ti trouv kikenn dan sa ban lafoul ki ena plas noun trouve la, ou kapav imazine zordi kot nou ti pou ete ! Comment faire le Contact Tracing si un cas était repéré au niveau des foules qu’on a vu ? La raison du confinement c’est le contact minimum. Nou pe zwe zis lor nou “Luck” la !

Néophyte à l’Assemblée nationale et ministre qui gère une situation sans précédent. Comment trouvez-vous votre début de mandat au sein de L’Alliance Morisien ?
Nous ne pouvions pas imaginer l’ampleur de cette pandémie de COVID-19, surtout en si peu de temps depuis que notre installation au pouvoir avec notre discours-programme présenté et nos divers projets en tête. Et voilà que ça nous tombe sur la tête. Le Premier ministre ainsi que mes autres collègues ministres et députés me soutiennent beaucoup. Le PM m’a assisté dès le départ et m’a grandement aidé pour gérer ce dossier. Et je dois saluer le personnel de la santé. Pour moi, c’est une expérience unique. Et j’essaie de faire de mon mieux pour protéger la population mauricienne pour affronter cet ennemi invisible qu’est le coronavirus.

Les membres de l’opposition ont déploré une couche de politique partisane de la part du gouvernement sur ce dossier. Ne croyez-vous pas que le gouvernement aurait pu être à l’écoute ?
Je pense que le PM a constitué une équipe au sein de laquelle il n’y a pas que des politiciens mais aussi des compétences. Certes, il y a eu des propositions mais il revient aux personnes compétentes dans les secteurs concernés de s’y s’attarder et de prendre des décisions. Le Premier ministre est à l’écoute de tous les raisonnements mis en avant par les professionnels qui l’entourent.

Le ministère de la Santé a-t-il les moyens financiers nécessaires pour s’adapter à l’évolution de la situation sanitaire, surtout avec les réductions de dépenses gouvernementales ?
Une parmi les leçons à retenir du COVID-19, c’est d’être plus efficient. Nous devons être plus efficients. Le message est clair. Que ce soit en termes de nos médicaments, du personnel, de la prévention. Si nou efisian nou pou ogmant nou bidze de fwa plis. Il ne faut pas qu’il y ait du gaspillage. L’accent doit être sur l’efficience de nos services à l’avenir.

Au vu de zéro cas enregistré ces derniers jours, sommes-nous bien partis pour l’enlèvement du confinement le 4 mai prochain ?
Nous n’avons plus de centres de quarantaine, avec tous les passagers rentrés chez eux. Les Sporadic Cases, c’est-à-dire les cas isolés, se sont faits rares et leur Contact Tracing n’a rien donné. Le confinement a, semble-t-il jusqu’à présent, contribué à rompre la chaîne de contamination. Il nous reste à voir si nous aurons d’autres cas isolés dans les jours à venir. Nous avons commencé à faire le suivi des patients de fièvre. Au vu des derniers développements, plusieurs secteurs dont les finances, l’éducation et même ici au ministère de la Santé, l’on se penche déjà sur cet enlèvement crucial du Lockdown et du couvre-feu sanitaire, qui se fera par étapes, avec les enfants et les personnes âgées en dernier lieu.  Pa pou kapav tro rush avek zot vu zot bann dimounn a risk !

Le plan pour l’après-confinement comprendra des dispositions que devront adopter les autorités sanitaires pour ceux qui rentreront au pays pour gérer ceux qui présentent des symptômes. Il devrait y avoir des structures mises en place pour notamment permettre des prélèvements de température ou encore maintenir la distanciation sociale ordonnée pour éviter d’autres risques de propagation. Il faut aussi penser aux placements des produits sanitaires dans plusieurs lieux afin de mieux protéger le public et empêcher une résurgence du coronavirus.