Depuis bientôt six semaines, le Dr Richard D. Brynteson fait découvrir aux élèves de la Business Schoool de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI)  les méthodes pour maîtriser la culture l’innovation, sous l’intitulé «  Building an Innvovation Culture ». Voici  le portrait de ce Fullbright specialist.
Un mot, tout d’abord, sur la Business School de la MCCI, une des premières du genre à avoir ouvert ses portes à Maurice, à l’époque où, pour entreprendre des études tertiaires, il fallait impérativement se rendre à l’étranger. Même si on entend peu parler d’elle dans le tapage médiatique concernant les offres de formation tertiaire, elle continue à dispenser des cours sanctionnés par un diplôme, reconnu en France, à plus de 200 étudiants par an. L’école est située à Ébène, dans une de ces rues sans trottoir continu qui abritent aussi des « universités » qui ont fait la une de l’actualité pas forcément pour la qualité de l’enseignement qui y est dispensé !
Le Dr Richard D. Brynteson est né et a été élevé au Minnesota, un état du nord des États-Unis jouxtant le Canada. Après avoir fait un BA en anglais au Dartmouth College en 1977, il a obtenu un MBA en «  Finance and Marketing » à l’université de Chicagoen 1980, avant de faire un PhD en « Adult Education » à l’université du Minnesota en 1997. Depuis, Richard Brynteson  a enseigné, agi comme consultant et enseigne le « organizationnal management » à l’université de Concordia, Minnesota. Il a également publié une série de livres – disponibles sur amazon.com – sur l’innovation :  Once upon a Complex Time: Using Stories to Understand Systems ; The Manager’s Pocket Guide to Innovation ; Manager’s Pocket Guide to Social Media et 50 Activities for Building Innovation.
L’innovation ne fait-elle pas partie, naturellement, de l’évolution ?  «  Je ne le pense pas. L’innovation est un sujet en lui-même. Elle permet de rendre le  monde meilleur dans la mesure où elle change la manière dont nous voyons les choses et les techniques et les faisons avancer. Cela étant, votre définition est juste dans une certaine mesure, mais ce type d’innovation  accompagne l’évolution, tandis que l’autre, celle qu’il faut maîtriser, est le moteur de l’évolution. » Comment êtes-vous devenu un expert en innovation ? « Tout d’abord, je ne me considère pas comme un expert en la matière, mais comme quelqu’un qui a beaucoup réfléchi, qui a lu pratiquement tout ce qui a été écrit sur la question, publié des articles et même des livres sur le sujet. Au cours de ma carrière professionnelle, j’ai fait part de mes réflexions et de mes recherches, posé des questions, me suis enquis de l’importance que les individus et les entreprises accordaient à l’innovation. Puis, à partir de mes réflexions et des réponses aux questions posées, je suis arrivé à une série de propositions pour aider les gens et les entreprises à être plus innovants. »
Richard Brynteson a mis au point une méthode en cinq étapes pour permettre aux individus et aux entreprises d’utiliser l’innovation à bon escient. Ces étapes consistent à étudier la situation actuelle, revenir au passé pour étudier les solutions utilisées pour l’améliorer, formuler des questions par rapport à la situation actuelle. Elles consistent à analyser la situation réelle, le produit en question, la manière dont il est perçu par les consommateurs, les utilisateurs, à  s’enquérir des besoins et des souhaits de ces utilisateurs. Il faut ensuite développer de nouveaux concepts à partir des observations faites, développer un prototype qui réponde aux observations et aux attentes et réfléchir sur les moyens à mettre en oeuvre  pour que le prototype puisse fonctionner dans le monde réel.
Combien de temps faut-il, en général, pour  permettre à un étudiant de maîtriser les cinq étapes de la méthode ?  «  Cela dépend de celui que l’on m’accorde. Par exemple, à  Singapour, dans une branche de l’armée, j’ai eu une semaine, mais j’avais une « classe » de militaires. En général, cela dépend du temps que l’entreprise accorde à l’innovation, au développement de nouveaux produits et de nouveaux concepts, si le cours est quotidien ou à temps partiel, étalé  dans le temps. » Cette méthode peut être utilisée dans  n’importe quel secteur. Richard Brynsenton l’a déjà fait dans le secteur de l’administration gouvernementale, dans le secteur privé, des ONG, de l’armée.
Qui sont les étudiants et comment réagissent-ils ? « En général, les étudiants, qui sont des cadres ou des décideurs, apprécient, même si dans un premier temps ils considèrent que c’est encore un cours qui va empiéter sur leur programme de travail déjà chargé. Quand ils se rendent compte que ce n’est pas une série de cours, mais une série de discussions dans laquelle ils doivent participer, avancer des idées, développer des concepts, envoyer et échanger des notes, l’attitude du début change. Cette méthode pousse chacun à chercher des solutions pour faire avancer, améliorer un projet, un produit. »
N’est-ce pas un cours classique avec un professeur à la chaire et des étudiants qui boivent ses paroles en prenant des notes ? «  Absolument pas ! Cette méthode est basée sur le questionnement de la situation, des méthodes utilisées pour la gérer, des décisions prises, de ceux qui les prennent, des ses propres idées et décisions. Par exemple, j’ai travaillé avec une chaîne de nursing homes aux États-Unis pour aider son personnel à développer de nouvelles manières de fonctionner et de nouveaux produits innovants pour rendre cette chaîne plus performante, plus agréable aussi bien pour le personnel que pour les utilisateurs. Nous avions cinq groupes qui ont développé six produits et trois d’entre eux vont être commercialisés. »
Comment le spécialiste en innovation du Minnesota s’est-il retrouvé à la Business School de la MCCI ? «  De la manière la plus logique qui soit. La MCCI avait fait une demande à l’ambassade des États-Unis pour faire venir un enseignant pouvant enrichir le programme d’études offert à ses étudiants. La demande a été acceptée et transmise à l’université Fullbright qui a un programme d’échanges pouvant convenir à la MCCI. Une liste d’enseignants lui  a été soumise et mon nom et ma spécialité ont été retenus, et je m’en félicite. »
Aviez-vous déjà entendu parler de Maurice et de la MCCI ? «  Absolument pas ! Comme la grande majorité d’Américains, j’ignorais pratiquement l’existence de votre pays.  J’avais également des propositions pour des cours à Taipeh ou en Ukraine, j’ai préféré Maurice, qui se trouve à l’autre bout du monde. Aujourd’hui, je me félicite de mon choix. D’abord parce que j’aime beaucoup votre pays et parce qu’il aurait été un peu compliqué d’expliquer l’innovation en Ukraine, surtout ces jours-ci. »
Arrivé à Maurice depuis cinq semaines, Richard Byyntesnson a donné des cours aux élèves de la MCCI mais également à des employés de compagnies du secteur privé et dans certains départements de l’administration publique. Est-ce que l’intérêt pour l’innovation est la même dans les départements des deux secteurs ? « Mais oui. Les besoins sont les mêmes aujourd’hui dans tous les pays, dans tous les secteurs. On sait aujourd’hui que pour avancer, pour bien fonctionner, une entreprise, quelle soit du  secteur public ou du privé, doit être innovante. Ce concept reconnu est désormais une nécessite pour la profitabilité à tous points de vue. On est de plus en plus conscients que trop de bureaucratie et de règlements non remis à  jour sont plus des obstacles au bon fonctionnement qu’autre chose. Il faut que les employés réfléchissent pour participer à la vie de l’entreprise, à son avancement, au lieu de n’être que de simples exécutants d’une politique décidée par quelques-uns et appliquée par tous. Dans ce contexte, les thèmes que je propose interpellent favorablement. »
Voici une liste de ces thèmes abordés par le spécialiste de l’innovation : The necessity of innovation ; Innovation as an economic imperative ; Where innovation happens ; How businesses can embrace innovation ; The DNA of innovators ; The Innovative environment ; Arenas of innovation et The innovation process. Richard Bruynsenton se dit satisfait des étudiants mauriciens avec qui il a travaillé durant son séjour et de leur implication dans son cours et espère qu’ils auront un impact sur le fonctionnement de leurs entreprises. Après Maurice, il retourne au Minnesota pour recommencer sa normal life.
Et c’est quoi la normal life de Richard D. Brynteson ? Revoir ses enfants, ses petits-enfants et ses amis, corriger les épreuves de son dernier livre sur  la «  decision making » dans le domaine économique et reprendre ses cours à l’université de Concordia. «  Bien que j’ai travaillé à Maurice au cours des dernières semaines, j’ai eu le temps de visiter le pays, de rencontrer quelques-uns de ses habitants et surtout de profiter de la mer et de la plage. Dès que je rentre des cours, l’après-midi, je me jette dans l’eau de l’océan Indien qui est tiède et délicieuse ! » 
Tiède ?  Délicieuse ? Mais nous sommes en hiver et l’eau de mer doit être à moins de 15°C. Elle  est glaciale ! « Pas pour un Américain. Et, qui plus est, pour un Américain du Minnesota qui adore se baigner dans les eaux des grands lacs où la température n’est que de quelques degrés ! »