La Buprénorphine (nom médical pour désigner le Subutex) est un médicament utilisé couramment et recommandé par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour le sevrage des personnes dépendantes des opiacés (héroïne et dérivés, dont le Brown sugar). Or, à Maurice, depuis les années 2000, quand ce produit a commencé à apparaître sur le marché noir local, l’usage originel de ce médicament a été totalement perverti par les toxicomanes. Ces derniers s’injectent, en effet, du Subutex dans leurs veines, quand ils sont à court de Brown Sugar… Ce qui a, évidemment, occasionné un gros trafic du produit, d’ailleurs présenté en vente quasi-libre dans les pays francophones. Pour tenter d’endiguer le mal, l’actuel gouvernement a pris des sanctions solides, il y a quelques années, pour décourager ce trafic émergeant. Entretemps, plusieurs ressortissants français, principalement, se sont retrouvés écroués dans nos prisons, comme passeurs, et donc, sous la peine principale d’importation illégale du Subutex. Même si la police abat un sérieux travail en ce sens et que les saisies ont beaucoup diminué, en revanche, les toxicomanes eux, raffolent toujours du Subutex…
A ce jour, estime Imran Dhanoo, directeur du Centre Idrice Goomany (CIG), « Maurice est le principal pays de la région océan Indien qui a un énorme problème d’injection de Subutex. Les Seychelles ont, eux aussi, un certain problème d’injection de drogues ; mais le problème est véritablement inhérent et inquiétant chez nous davantage qu’ailleurs… Les autres pays, dont les Comores, Madagascar et l’Ile de la Réunion, ne connaissent pas ce même phénomène. » Maurice, rappelons-le, a, depuis le début des années 2000, connu une épidémie exponentielle du sida, concentrée auprès des usagers de drogues injectables (UDI). Le partage des seringues souillées entre UDI a été le vecteur principal de cette ascension rapide du virus chez nous.
Dans un premier temps, surtout dans les années 80 à monter, les UDI Mauriciens se sont entichés du Brown Sugar, dérivé d’héroïne, comme drogue de prédilection. Très vite, avec l’avènement du Subutex, médicament en vente quasi-libre dans les pays francophones, dont la France, essentiellement, et même à l’île de la Réunion, plus près de chez nous, les trafiquants ont causé des pénuries artificielles de Brown sur le marché local, afin d’écouler leur cargos de Subutex, un produit médicamenteux, et donc, à l’époque, pas sujet à de fortes peines.
Et pour cause… À l’aube du millénaire, plus exactement en janvier 2000, la presse locale commence à évoquer la présence du Subutex dans l’île. Au gré des semaines, la situation prend une tournure tout à fait inattendue, avec plusieurs cas d’overdose dénombrés… (voir plus loin) Le directeur du CIG rappelle que « le Subutex est certes un médicament par excellence, recommandé par l’OMS dans le traitement des personnes dépendantes aux opiacés, famille à laquelle appartient le Brown sugar, puisqu’il est un dérivé de l’héroïne. Cependant, dans son usage initial, la Buprénorphine, nom médical du Subutex, est administrée par voie sublinguale, et est utilisée pour amener une personne accro aux opiacés à décrocher totalement ; et donc, se remettre de son addiction. Non pas pour combler un effet de manque ou pour augmenter le « nissa » ressenti à la prise de substances quelconques… »