Le gouvernement de Lalyans Lepep, dirigé par le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a déjà complété le premier semestre de son mandat, qui en comportera au maximum dix. Certes, il est prématuré de parler de bilan, même si l’heure du constat de l’état de l’économie a déjà sonné. À l’amorce du second semestre de l’année ou encore du premier pour le nouvel exercice financier 2015-2016, le Joint Economic Committee et les opérateurs du secteur privé sont unanimes à reconnaître que « ce second semestre s’avère crucial pour déclencher le déclic pour une croissance économique revigorée aux nouvelles ambitions du pays ». Raj Makood, directeur du JEC, n’hésite pas à souligner que dans la conjoncture économique, « nous avons déjà dépassé le stade de what should be done ? Nous devrons être davantage sur le mode how it should be done ? » Les derniers indicateurs économiques pour la période de janvier à juin de cette année, publiés officiellement, exigent un véritable coup de barre pour éviter le déclin et privilégier le déclic. Le document de la Banque mondiale, intitulé Mauritius — Systematic Country Diagnostic, de 143 pages, établit la feuille de route pour les cinq à sept prochaines années en vue d’accompagner Maurice dans le club des high income economies. Ce diagnostic de l’économie, qui fera l’objet de consultations à tous les niveaux au cours des deux prochains mois, comporte une série de mesures qui demanderont à être adoptées avec une bonne dose de courage et de volonté politique.
Commentant les six premiers mois de l’année et du gouvernement Jugnauth, le JEC concède que « le scandale du groupe BAI a monopolisé les énergies. Comme Moody’s l’a dit, les autorités ont su prendre les mesures qui s’imposent pour le ring fencing contre les effets de la contagion à d’autres secteurs économiques. Maintenant, c’est aux Special Adminstrators de jouer le jeu alors que nous décodons une véritable volonté d’éradiquer la corruption dans le pays ».
Toutefois, sur le front économique, les dernières données officielles ne transmettent pas cette assurance que le meilleur est à venir. Ainsi, Statistics Mauritius, dans ses National Accounts Estimates pour le mois de juin, révise à la baisse les projections du taux de croissance de 4,1% à 3,8% pour cette année. La performance de trois secteurs, en l’occurrence l’agriculture, la filière manufacturière et la construction, ont pesé de tout leur poids dans les nouvelles prévisions officielles comme suit :
Agriculture : le nouveau forecast est de 3,6% au lieu des 6,1% de mars dernier en raison d’une contre-performance dans le secteur des conserveries. Par contre, le sucre devra rebondir cette année avec une production sucrière de 410 000 tonnes, soit une progression de 1,9% après une contraction de 1,7% l’année dernière ;
Manufacture : croissance revue à la baisse de 1,9% cette année contre les prévisions initiales de 2,5%. Les difficultés constatées dans le secteur du textile dictent une approche prudente. Au cours de la période de janvier à mars de cette année, les Export Oriented Enterprises ont généré des recettes de Rs 11,2 milliards, doit une baisse de Rs 947 millions par rapport au précédent trimestre (-7/8%), avec les exportations de textile accusant une baisse de Rs 787 millions, soit 13,1% de moins ;
Construction : une reprise de 1,4% alors qu’en mars dernier les perspectives étaient plus intéressantes avec 3,3%. Comparativement aux quatre dernières années, la performance annoncée dans le secteur du bâtiment est des plus encourageantes. « The positive growth would be due to ongoing private and public projects (berth extension and strenghtening at Mauritius Container Terminal and Bagatelle dam) and new public projects such as Bagatelle water treatment, road improvement and upgrading, land drainage and replacement of water pipes », note Statistics Mauritius.
Les projections dans les autres secteurs sont que le tourisme ramènera des recettes brutes de Rs 48,5 milliards cette année, soit Rs 4,2 milliards de plus que l’année dernière, avec un objectif de 1,1 million de touristes, une croissance de 7% dans les Tic contre 6,4% en 2014, et 5,3% pour les activités financières et d’assurance.
Appréhensions
Néanmoins, l’indicateur économique, qui suscite davantage d’appréhensions concerne l’Investment Rate, qui est annoncé à 19,5% cette année, ce qui constitue une légère reprise par rapport à l’année dernière. Ce drive dans le taux d’investissements est insufflé par le secteur public avec une progression de 20,5% en termes réels contre 1,8% en 2014. Par contre, la part du secteur privé évoluera en baisse, Statistics Mauritius signalant des plus logiquement le fait que « the share of private sector investment is expected to decrease to 70,7 % from 74,4% in 2014 and that of the public sector to increase to 29,3% from 25,6% ».
Sur le constat de ces paramètres économiques, le JEC s’appesantit sur le fait que « durant ces six derniers mois, le turnaround dans l’économie ne s’est pas matérialisé. Le second semestre de cette année s’avère être crucial. Ce sera un turning point pour confirmer si Maurice a emprunté la voie menant à l’intégration dans le groupe de High Income Economies ou si l’économie fera du surplace avec la Middle-Income Trap ».
Le directeur du JEC s’appuie sur le fait que pour générer une croissance d’au moins 5% annuellement, l’Investment Rate devra effectuer un bond de six points, passant de 19,5% à 25%, avec le secteur privé redoublant d’efforts au niveau des investissements pour se fixer à hauteur de Rs 75 milliards, soit Rs 19 milliards de plus que le chiffre prévu pour cette année.
« Les autorités doivent se rendre compte que pour atteindre cet objectif, il faut créer un nouveau palier pour faciliter les investissements. Il y a des possibilités d’investissement de l’ordre de Rs 9 milliards à unlock, que ce soit dans le secteur de l’énergie, du port et des Tic. De ce fait, ce dernier secteur pourra facilement renouer avec une croissance à double chiffre dans les meilleurs délais. Ce n’est que dans ces conditions que l’on pourra envisager 2016 sous de meilleures perspectives », ajoute Raj Makoond, qui ajoute que « l’espace commence à émerger. We have to make it happen ».
Dans l’immédiat, l’apport des Smart Cities sur le plan des investissements s’annonce timide. Certes, le Board of Investment redouble d’initiatives avec des missions de promotion et de prospection ciblant des marchés niches et élaborant les Smart City Guidelines avec toute la série d’exonérations fiscales (voir texte plus loin). À ce jour, deux projets, soit l’Airport City du groupe Omnicane dans le sud-est de l’île et l’Education Village de Médine à l’ouest font partie de la vitrine de mise à exécution des Smart Cities.
Ce n’est pas celui qui est surnommé M. Smart City, que ce soit à l’hôtel du gouvernement ou dans les milieux d’affaires, qui contredira ce point. Gaëtan Siew, désigné par le ministre des Finances, Vishnu Lutcheenaraidoo, pour porter les Smart Cities à la réalisation, ne se cache pas pour déclarer que, « at best, the first Smart City projects would come up in late 2017 »