… le Mouvement Premier Mai ayant choisi de n’aligner aucun candidat tandis que Rezistans ek Alternativ a chuté lourdement sur des dispositions juridiques d’un autre âge

EMMANUEL BLACKBURN

Pour les élections générales du 7 novembre prochain, Lalit a la lourde responsabilité de porter, seul, les valeurs de la gauche, le Mouvement Premier Mai ayant choisi de n’aligner aucun candidat tandis que Rezistans ek Alternativ a chuté lourdement sur des dispositions juridiques d’un autre âge. Paradoxalement, cette singulière configuration constitue un atout majeur pour la gauche plurielle: les votes ne pourront être éparpillés. Pour peu que les responsables de ces partis taisent leurs divergences qui relèvent davantage de stratégies politiques dissemblables que de différences idéologiques profondes.
Les réalités du terrain devraient les y pousser. En effet, le gouvernement sortant a démontré les dangers d’une trop forte majorité: une multitude de scandales, des privilèges liés à la naissance bafouant la méritocratie mais aussi et surtout une mainmise gravissime sur de nombreuses institutions qui auront éclipsé ses réalisations. Et aligner des candidats-transfuges – perçus comme étant radicalement infréquentables par l’électorat – a porté l’estocade à tout espoir d’un renouveau.

Ces dérives-là, l’ancien régime les a aussi connues et seuls ceux qui ont la mémoire courte le nieront. De son côté le MMM, après une série de déconvenues que ses dévoiements successifs avaient engendrées, reprend son vocabulaire des années de braise, tablant sur un retour au bercail des militants koltar… pour un meilleur rapport de forces lors des discussions post-électorales.

La preuve est faite: trop fort, un gouvernement nous écrase car le pouvoir ne corrompt pas autant qu’il déshumanise. Trop faibles, nous périssons, dit-on! Rappelons donc vite qu’en 1976 chacha Ramgoolam, avec une majorité de deux députés seulement, avait dirigé le pays sans cette instabilité chronique que l’on brandit comme épouvantail aujourd’hui.
Par conséquent, pour ceux se réclamant carrément de la gauche mais aussi pour d’autres qui, dotés d’une sensibilité de gauche et bien que rejetant l’ultra-libéralisme défendu par les partis politiques ‘mainstream’, choisir, par défaut, de ‘voter utile’, un vote panaché – avec la première croix pour Lalit – ne s’impose-t-il pas? N’est-ce pas l’occasion rêvée pour le test ultime: quel pourcentage la gauche représente-t-elle réellement dans l’électorat? 2 %? 5 %? 10 %? Faire ce dernier score ne serait-il pas susceptible de créer une dynamique qui permettrait une démarche fédératrice débouchant éventuellement sur l’élection d’un député avec la proportionnelle que la roue de l’histoire nous imposera tôt ou tard?

Après la déroute de 2014, la ‘défaite triomphale’ de la partielle de décembre 2017 avait ouvert de belles perspectives. Cette chance d’un projet commun pour une politique mobilisatrice visant à briser la spirale de l’échec n’aura pas été saisie par les divers protagonistes. Et aujourd’hui il y a urgence, celle de refuser la fatalité en imposant aux responsables de ces trois partis cette voie unificatrice. Le 7 novembre dans le secret de l’isoloir.