Les élections municipales sont censées donner l’occasion aux habitants des villes de décider du type de management qu’ils souhaitent chez eux avec pour objectif l’amélioration de leur qualité de vie. Mais l’exercice a été pris en otage par la classe politique, davantage soucieuse de conquérir des territoires que d’être à l’écoute des besoins et des attentes des électeurs. Raison pour laquelle nombre de personnes ne se sentent pas concernées par les travaux des conseils municipaux tandis que le fossé entre électeurs et conseillers reste grand. Un ancien conseiller nous parle aussi des coulisses et déplore l’indifférence de ses anciens collègues.
Cet ancien conseiller d’une ville des Plaines-Wilhems raconte que “j’ai été choqué d’entendre des conseillers dirent sans gêne que ce n’était pas leur devoir de descendre sur le terrain. Selon eux, c’était le travail des inspecteurs ou des fonctionnaires de la municipalité. Même s’il existe quelques rares qui ont maintenu un contact avec les citadins et n’ont pas hésité à se retrousser les manches, il est regrettable et honteux d’avouer que la majorité des conseillers et maires pensent d’abord à leurs intérêts. Très souvent les réunions sont bâclées et les projets sont loin d’être une priorité”. De plus, il dit avoir vu à quel point le pouvoir ou la notoriété pouvait monter à la tête des élus, et assisté à des bagarres pour des raisons futiles. Comme à la veille d’une cérémonie protocolaire : “Plus l’événement était grand, filmé et surtout photographié, plus ils pouvaient en venir aux mains pour se faire voir à cette occasion. Ça peut faire rire, mais lorsqu’on côtoie ce genre de personnes, on peut regretter de faire partie de cette équipe.”
Électeur, Paul Lai ne mâche pas ses mots envers les élus municipaux. L’approche des élections municipales ne fait qu’accentuer son mécontentement. Ce Port-louisien est convaincu d’une chose : “Tous ces élus municipaux et les maires courent derrière le pouvoir. Rien d’autre. Après avoir eu notre vote, ils ne se soucient plus de nous. Les élections municipales ne devraient pas être l’affaire des partis politiques. Pour moi, un conseiller municipal doit venir du petit peuple. Peut-être que là, un changement s’opérera. D’ici là, nous aurons toujours des personnes assoiffées de pouvoir qui feront ce qu’elles veulent dans les villes sans vraiment s’attarder sur les problèmes et les besoins des citadins.” Un sentiment qui revient dans l’ensemble des cinq villes qui se préparent pour les élections du 14 juin.
Rupture.
L’absence de proximité est un autre constat négatif contribuant à la mauvaise réputation des différents conseils municipaux. Ryaad Peerbocus en sait quelque chose. Sa maison est située à côté d’une rivière et sa famille et lui étaient en danger à chaque grosse averse. Un problème dû aux débris et saletés amassés dans cette rivière. Munis de plusieurs photos et vidéos, cet habitant de Phoenix s’est rendu à la mairie pour un appel à l’aide. “Zame monn finn ressi trouv figir le maire e so bann lezot dimounn. Mo monte desann plizier fwa, zame bann la finn resevwar mwa. Pourtan mo pey mo tax, pourtan zot finn gagn mo vot. Me kan bizin zot, bann gran misie ek madam tro okipe.” Finalement, pour éviter une catastrophe, le citadin a déboursé de sa poche pour effectuer des travaux de nettoyage. Aujourd’hui, il ne veut plus entendre parler d’élection municipale ou d’élus. Le mépris et l’indifférence à leur égard sont chose courante, selon l’ancien élu, qui confie que “je ne donne pas tort aux gens de nous jeter la pierre. Cependant, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Il y a ceux qui bossent réellement, qui sont à l’écoute mais c’est vrai qu’ils passent finalement inaperçus. La quête du pouvoir a pris tellement d’ampleur que les élus ont fini par oublier ce que cela voulait dire d’être à la tête d’une ville et leurs responsabilités.”
Jeu politique.
Cette rupture présente dans les villes est loin d’être résolue. Pour cause, les candidats aux élections municipales font le jeu politique des partis. Cette situation amène les citadins à ne plus croire en leurs bonnes intentions. Très souvent ces élus sont “les pions de leur leader. On les place là et ils ne peuvent prendre aucune décision sans l’aval de leur parti. Nou finn trouv sa isi dan Curepipe. Nou mer pa ti konn nanye ek si so leader pas ti ed li, li pa ti pou kapav fer kiksoz”, constate Robert Nobin. De son côté, Ritesh Ghurburrun de Beau-Bassin/Rose-Hill ajoute que “les élections municipales servent seulement aux grands partis pour démontrer qu’ils sont populaires dans une ville. Ils n’ont aucun projet qui les différencie des autres. C’est simplement un concours de qui est le plus populaire, un point c’est tout. Il y aura toujours cette léthargie qui caractérise les élus municipaux. Avant le scrutin, ils vont venir vous vendre des idées extraordinaires pour ensuite s’enfermer dans leur tour d’ivoire aussitôt élus.”