Le groupe Noveprim, engagé dans l’élevage de singes, notamment des macaques destinés à la recherche biomédicale, n’exporte ses animaux qu’à partir de la deuxième génération vers des laboratoires européens comme l’exigent les législations européenne et américaine. C’est ce qu’indique l’Animal Science and Welfare Manager de Noveprim Laurent Levallois au Mauricien, convié à une visite d’un des enclos de la compagnie à Le Vallon au début de mars.
« Nous avons arrêté la capture de singes depuis deux ans. Nous les faisons se reproduire. » C’est ce qu’affirme Laurent Levallois au Mauricien en ce qui concerne l’élevage des primates destinés à la recherche biomédicale. Selon l’Animal Science and Welfare Manager de Noveprim, c’est la législation européenne qui l’exige. Noveprim compte à ce jour quelque 7 000 reproductrices dont 2 500 sont de deuxième et troisième générations, fait ressortir la compagnie. « Nous sommes en colonie fermée (Close colony) », affirme Laurent Levallois. « Nous avons 15 000 singes en captivité. » La zone d’élevage compte des groupes de 50 individus dont un mâle, précise-t-il. « C’est souvent le même nombre que compte un groupe dans la nature », souligne Laurent Levallois. Selon l’Animal Science and Welfare Manager, « les singes demeurent dans le groupe d’élevage jusqu’à l’âge de 15 mois. Ils sont ensuite mis dans la zone de croissance jusqu’à ce qu’ils atteignent entre 18 et 20 mois et restent en quarantaine avant l’exportation ». M. Levallois indique que les primates sont exportés vers l’âge de 2 ans lorsqu’ils arrivent à la maturité sexuelle. « Le coût d’élevage d’un singe en moyenne sur trois ans varie entre 50 000 et 80 000 roupies. Il comprend la nourriture, le traitement de l’eau, le nettoyage et la désinfection des cages 2 à 3 fois par jour, les soins effectués par les vétérinaires, les jouets donnés aux singes, les analyses pour vérifier qu’ils sont en bonne santé, l’entretien des bâtiments, le traitement des effluents, les systèmes informatiques, les systèmes qualité, les permis, le transport en avion et les 125 dollars reversés au gouvernement pour les fonds de conservation », indique Noveprim. « C’est plus cher que de capturer les singes mais nous sommes gagnants auprès de nos clients. » Quelque 3 000 singes sont exportés par an. Ils sont envoyés vers les États-Unis et l’Europe, notamment en France et en Allemagne.
Laurent Levallois soutient que la compagnie est accréditée auprès de l’Association for Assessment and Accreditation of Laboratory Animal Care International (AAALAC), « une organisation privée dédiée à la protection des animaux utilisés pour la science, qui réalise des évaluations volontaires et met au point des programmes d’accréditation. »
À Maurice, même si des législations comme celles d’Europe ou des États-Unis n’existent pas, les éleveurs de singes sont obligés de se conformer aux règlements étrangers. Pour se réguler à l’interne, cinq éleveurs ont monté une association et « on s’est mis d’accord sur le standard de travail. On s’autorégule », fait ressortir Laurent Levallois. Objectif : ne pas avoir de reproches du client. Il observe qu’il y a une grosse compétition notamment avec les pays asiatiques : La Chine, le Cambodge ou le Vietnam. Cependant, poursuit-il, « le fait d’être positionnés dans le haut de gamme nous avantage ». Par ces propos, Laurent Levallois entend qu’il y a une pression accrue pour le respect des normes internationales. « On se fait auditer par des parties indépendantes… », ajoute-t-il, en parlant des conditions dans lesquelles vivent les singes à Le Vallon.
Enclavé au pied de la Chaîne de Bambous à Le Vallon dans le sud-est du pays, l’enclos qui abrite les singes dans la zone de croissance est clôturé d’une double barrière : électrifiée et anti-rongeurs. Pour pénétrer dans la zone, il faut s’assurer qu’aucun virus ou bactérie ne soit transmis par les visiteurs. La visite du Mauricien se fait en voiture. Devant le portail, le véhicule passe dans un bassin désinfectant. Les cages sont relativement grandes. Une dizaine au total. Différents types de jouets de toutes les couleurs sont mis à la disposition des singes. « C’est pour qu’ils puissent s’occuper toute la journée », fait ressortir M. Levallois. « Nous faisons en sorte qu’ils puissent passer la journée à faire des activités qui sont proches de ce que les singes font en pleine nature. Il y a aussi des barrières visuelles dans les cages qui leur permettent de se cacher lorsqu’ils voient d’autres singes ou des hommes », soutient l’Animal Science and Welfare Manager, qui précise que c’est une manière de les socialiser, une étape importante dans l’élevage des singes. La raison : pour qu’ils s’habituent à la présence humaine et qu’ils soient le plus détendus possible lorsqu’ils sont en laboratoire. « Cela nous permet de nous démarquer des singes asiatiques », dit-il. Perchoirs, balançoires, balles… ou encore le puzzle feeder. Ce dispositif lui permet de faire tomber des graines ou des morceaux de fruits dans la grille. « En plus de ses repas quotidiens, ça l’occupe », souligne M. Levallois. Et de préciser qu’avec les règlements internationaux comme ceux d’AAALAC, « il nous faut leur procurer deux fois plus d’espace, de soins et d’attention ».
Les singes en colonie fermée n’ont cependant pas accès aux vrais arbres. Sont-ils vaccinés ? Non, mais certains l’ont déjà été. l’Animal Science and Welfare Manager précise qu’ils sont déparasités contre les vers et les tiques (carapates) … Bref, contre tout ce qui peut constituer des paramètres perturbants à la recherche.
Chaque animal a son carnet de santé sous la forme d’un certificat personnel. Pour Laurent Levallois, il est important que le client soit informé du développement du singe depuis sa naissance. Selon lui, l’avantage que présentent les singes mauriciens, c’est l’homogénéité de leurs gènes. « Une dizaine d’individus ont été importés il y a 300 à 400 ans donc ils sont très homogènes génétiquement et ce critère est très recherché ».
La compagnie emploie entre 250 et 300 personnes dont 18 qui font partie du veterinary staff. Leur mission : élever le plus humainement possible les singes destinés à la recherche.
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Les singes âgés sont endormis
L’Animal Science and Welfare Manager de Noveprim, Laurent Levallois note que lorsque le singe devient relativement âgé, il est endormi. Sont-ils consommés ? « Aujourd’hui, ce n’est plus accepté pour des raisons éthiques et sanitaires. En fin de vie, s’ils ne meurent pas de cause naturelle, on les endort pour des raisons vétérinaires comme par exemple s’ils ne peuvent plus monter sur un perchoir ». Laurent Levallois note que le singe le plus âgé de Noveprim a 17 ans. Un macaque peut potentiellement vivre jusqu’à 30 ans, dit-il, mais la moyenne observée est de 20 ans.
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Pas de tests pour des produits cosmétiques
Laurent Levallois affirme que les singes exportés sont utilisés pour la recherche biomédicale. « Il n’y a pas de tests pour les cosmétiques sur les primates », précise-t-il. Et de souligner les raisons avancées pour justifier l’utilisation des singes qui, dit-il, « a le même système reproductif que l’humain, de même que la particularité au niveau de la rétine par exemple ». Il indique que « c’est principalement pour étudier des mécanismes biologiques qui nous sont inconnus et dont on ne connaît pas le fonctionnement ou lorsqu’il n’y a pas de méthode alternative pour le faire. Ça peut être pour comprendre le fonctionnement d’une hormone ou voir l’efficacité d’un médicament et sa toxicité », fait ressortir M. Levallois en énumérant une série de maladies qui ont conduit à des recherches sur les primates : le glaucome, le cancer, le sida, la malaria, la tuberculose et le BCG, la poliomyélite, la dengue…
D’ailleurs, il y a « une baisse significative » de contamination du VIH/sida et de morts depuis 2005, souligne Laurent Levallois. Il relève aussi l’utilisation des singes dans le domaine des neurosciences. « Ils ont servi dans le cadre des recherches sur l’Alzheimer, le Parkinson ou encore l’épilepsie… », soutient-il.
Injecte-t-on une maladie quelconque aux singes avant de faire des tests ? « La plupart du temps, on ne les rend pas malades, répond Laurent Levallois, mais pour le développement d’un vaccin, oui. » Et d’indiquer que ceux qui contestent l’utilisation des animaux dans les recherches « ont comme position de principe que l’homme est l’équivalent de l’animal et on n’a pas le droit de l’utiliser. Pour eux, un enfant est égal à un rat ».