L’événement politique le plus marquant à ce jour, en cette année, est incontestablement l’accession au pouvoir en janvier dernier d’un nouveau Premier ministre – le 5e dans l’histoire de Maurice post-indépendante. Cependant, si le passage de témoin entre père et fils a été vertement critiqué par l’opposition dans son ensemble et fait même l’objet d’un procès en Cour, il ne fait aucun doute que, durant ces derniers mois, Pravind Jugnauth a pu, tant bien que mal, tirer son épingle du jeu au bâtiment du Trésor, feignant même de négliger l’épée de Damoclès que constitue l’affaire Medpoint suspendue au-dessus de son avenir politique. Mais à la question de savoir si cette transition au sommet du gouvernement a produit un effet bénéfique sur la situation sociale et économique du pays ou un feel good factor au sein de la population, très peu d’entre nous se hasarderaient à répondre par l’affirmative. Le refus même du gouvernement de participer à la partielle au No.18 est très parlant. Le chantier qui attend Pravind Jugnauth l’an prochain est énorme et s’il veut réussir son mandat, voire le prolonger au-delà de 2019, certains secteurs fondamentaux de la vie publique – law and order, méritocratie, corruption, pauvreté et précarité, etc – doivent essentiellement faire l’objet d’une profonde perestroïka à la Gorbachev pour donner une nouvelle impulsion au processus du développement du pays.

L’on se demande qu’est-ce qui a réellement changé depuis la présentation en juin 2011 du National Policing and Strategic Framework prônant « un nouveau style de gestion, une nouvelle culture, une approche plus professionnelle et un changement de mentalité et d’éthique » dans le maintien de l’ordre et la paix publique à Maurice. Ces mêmes litanies ou presque avaient été entendues lors de la nomination du nouveau Commissaire de police en 2015. Faire du combat contre la drogue son cheval de bataille de même que l’institution d’une commission d’enquête sur ce fléau constituent de décisions certes courageuses mais l’on est encore loin, très loin, de l’objectif de « zéro tolérance pour la criminalité », défini dans le manifeste électoral de décembre 2014.

Par ailleurs, la méritocratie constitue un des 12 commandements de l’Alliance Lepep. Or, force est de constater que c’est justement la politique abominable de copinage et de favoritisme qui a considérablement terni l’image du présent régime. De sorte que le gouvernement se retrouve ces jours-ci devant un travail titanesque s’il veut redorer son blason et restaurer la confiance au sein de la population. En ce qui concerne le combat contre la pauvreté et la précarité, l’introduction d’un salaire minimal, du Negative Income Tax ainsi que le paiement d’une compensation salariale « across the board » sont des mesures fort louables mais dont les effets risquent d’être complètement anéantis si aucune décision n’est prise pour combattre la hausse des prix qu’elles suscitent déjà avant même leur entrée en vigueur.

Sur le plan purement politique, il va sans dire qu’au cas où l’épine que constitue l’affaire Medpoint lui est enlevée du pied, Pravind Jugnauth ne s’épargnerait aucun effort pour barrer la route à Navin Ramgoolam, ce pour des raisons plus qu’évidentes. Le premier dossier que ce dernier sortirait du tiroir suite à un éventuel retour aux affaires serait le Sun Trust. Puis, probablement, celui concernant les Rs 44 millions de dommages payés aux propriétaires de l’immeuble de la rue Edith Cavell. Etc. Mais Pravind Jugnauth possède toujours une roue de secours pour parer à toute éventualité et lui permettant d’atteindre ses objectifs. C’est la carte mauve, ce au nom de la réunification de la grande famille des années 80. Et certaines indications ces jours-ci laissent effectivement entrevoir un tel scénario. Se profile donc à l’horizon soit un autre accord à l’israélienne, à l’instar de celui de septembre 2000 mais avec le fils dans le rôle du père, soit un arrangement portant sur un partage de responsabilité entre le bâtiment du Trésor et la State House pour un mandat complet qui verrait Paul Bérenger, en fin de carrière, s’installer, en toute quiétude, à Réduit. Mais, quoi qu’il en soit, les résultats des législatives de 2014 ayant fait mentir les mathématiques en politique, Pravind Jugnauth doit posséder de solides arguments pour convaincre l’électorat s’il veut être reconduit à son poste en 2019.

Diplal MAROAM