Oui, c’est combattre le coronavirus et empêcher que le moindre cas n’affecte notre territoire qui est la priorité du moment. Cela est indiscutable. Chacun, à son niveau, doit faire ce qui est attendu de lui pour ne pas être affecté ni transmettre le virus. La pandémie n’étant qu’à sa manifestation initiale. Si les conséquences de ce virus peuvent être mortelles pour les humains, elles se révèlent tout aussi néfastes sur le plan économique et social. Elles pourraient considérablement affecter des populations déjà sinistrées, vivant au-dessous du seuil de pauvreté ou en situation précaire.

La mobilisation internationale sous l’égide de l’OMS fonctionne bien. Une des belles et des plus rassurantes illustrations de cette coopération multilatérale est cet avion spécial de la Chine, pays le plus touché par le coronavirus, se posant sur le sol italien avec des médecins et des tonnes de médicaments et d’équipements à son bord. Le pays le plus touché par le coronavirus volant au secours du pays européen le plus affecté, c’est fort comme symbole. C’est le bon côté de la mondialisation.

Le gouvernement, ici, fait des efforts, essaye de parer au plus pressé, agit pour contrecarrer les effets déjà bien inquiétants sur l’économie mauricienne qui est ouverte sur le monde. Le ministre des Finances, qui doit absolument revoir sa communication parce qu’il est dans l’à-peu-près, dans des textes lus, écrits en français qui n’atteignent pas le grand public, a, vendredi, présenté son catalogue de mesures qui visent à accorder une bouée de sauvetage à des entreprises implantées par la crise du Covid-19.

Les mesures annoncées sont adéquates pour certains, insuffisantes pour d’autres, un tantinet ridicules aussi pour des acteurs du tourisme qui ne comprennent pas la stratégie qui consiste à favoriser, à coups de rabais sur le prix des billets d’avion, sur les séjours en hôtels et même sur le whisky et le vin, une hausse des visiteurs de La Réunion, un pays voisin qui voit ses patients atteints du coronavirus augmenter.

S’il n’y a pas de filtrage au départ de La Réunion, qu’est-ce qui est prévu à l’arrivée pour leurs habitants sur notre sol ? Si le protocole est suivi et que les tests d’usage sont réalisés à l’aéroport et qu’il faille mettre un grand nombre d’arrivants en quarantaine, où les mettrait-on ? Ce sont des questions que se posent beaucoup de personnes. Et qui appellent à la vigilance.

Dans tout ce remue-ménage anxiogène, il y a peut-être, pour poursuivre sur notre argumentaire de la semaine dernière, matière à réflexion pour le gouvernement sur ses méthodes. Il ne devrait pas utiliser le coronavi- rus pour faire oublier le rapport du directeur de l’audit, encore une fois, extrêmement critique quant à la manière dont on jette par la fenêtre, lorsqu’il n’atterrit pas dans certaines poches bien précises, des milliards de roupies des contribuables.

Il faut se rappeler qu’il y a quelques années, un directeur de l’audit n’avait pas hésité à mettre noir sur blanc que certains manquements pouvaient être considérés comme des cas de corruption. Il n’avait pas tort. Il est un fait que ce sont les mêmes qui sont épinglés année après année. Ce ne sont pas plus des erreurs, ce sont des habitudes. Il n’y a qu’à prendre les salaires distribués dans le public, la saga des tablettes et des travaux dans le secteur éducatif, un gouffre financier qui a peut-être été la raison de la plus haute distinction qui échut à la titulaire du portefeuille cette semaine même à l’occasion du 12 mars.

Les exemples de cette gestion irresponsable des fonds publics ne se comptent pas : les millions sous bonne garde policière qui se sont vola- tilisés, des loyers payés pour des bureaux inoccupés, les Rs 158 millions réclamées pour le projet fantôme Heritage City, les Rs 37 millions dépensées à la va-vite pour la gare de Pointe-aux-Sables et inaugurée deux mois avant les dernières élections générales mais toujours pas opérationnelle, le crime patrimonial de la destruction de la maison coloniale qui abritait le siège de la Commission de l’océan indien à Quatre-Bornes, sans compter l’échec de la NDU à régler le problème des zones inondables.

La NDU était jusqu’à la fin de l’année dernière sous la responsabilité du Premier ministre. Lui qui aime le Statement Time à l’Assemblée nationale, rien que pour vendre ce qu’il considère comme de bonnes nouvelles pour lui et son gouvernement, devrait peut-être s’en prévaloir et expliquer, dès demain, à la nation comment la NDU a déraillé et ce qu’il compte faire du rapport de l’audit. Pravind Jugnauth a déjà déclaré en public qu’il gérait l’argent de la nation comme si c’était son propre fric. On ne sait pas s’il vit au-dessus de ses moyens, mais enregistrer un taux d’endettement qui s’approche des 66% du Produit intérieur brut relève d’une dangereuse irresponsabilité. D’autant que cette dette a explosé ces dernières années, plus de Rs 69 milliards en cinq ans.

On ne sait pas non plus s’il dépense son propre argent sans compter comme il l’a fait durant les deux ans où il a patiemment travaillé à sa réélection en distribuant des cadeaux à gauche et à droite, mais on doit toujours, en fin de compte, passer à la caisse et rendre des comptes. Les votes achetés coûtent cher et c’est tous les Mauriciens et, probablement, la très grosse majorité de ceux qui n’ont pas voté pour ce gouvernement qui sont les premiers à passer à la caisse.

Que le coronavirus serve au moins à quelque chose, à un retour rapide sur terre, à des pratiques saines et honnêtes, et non à une poursuite du business as usual avec les petites nominations partisanes hebdomadaires comme à la State Bank et ailleurs.