Les travaux dans le cadre de l’enquête préliminaire sur le meurtre de Stacey Henrisson se sont poursuivis hier au tribunal de Flacq avec le témoignage de l’enquêteur principal dans cette affaire, l’ASP Jean Daniel Monvoisin. Ce dernier est revenu sur les différentes étapes de l’enquête depuis la découverte du cadavre de Stacey Henrisson à Plaine-Champagne, passant par son identification jusqu’à l’arrestation de Jayraj Sookur. Son témoignage qui a duré plus de trois heures était couplé de la diffusion de l’enregistrement de la reconstitution des faits avec Sookur et son présumé complice Ramdassen Tanny. Dans cette vidéo Jayraj Sookur revient sur les événements du samedi 5 mai 2012, le jour où Stacey Henrisson avait été tuée et les séquences suivant sa mort. Les travaux ont été ajournés à mardi, quand le médecin légiste ainsi que des officiers du Forensic Science Laboratory vont déposer.
L’ASP Jean Daniel Monvoisin était en mai 2012 responsable de la Western Division de la CID de Rose-Hill. Répondant aux questions du représentant de la Poursuite Me Medhi Manrakhan lors de l’interrogatoire il devait expliquer que le samedi 12 mai 2012, il avait été informé de la présence d’un colis enveloppé et attaché dans une couverture en plastique noire dans un ravin à Plaine-Champagne.
Monvoisin : le lendemain à 7 h 45 du matin, l’équipe du Groupe Intervention de la Police Mauricienne avait déjà remonté le sac.
Me Manrakhan : Comment était le sac ?
Monvoisin : Une partie du sac était ouverte et l’on pouvait apercevoir dans un sac transparent une tête humaine avec les cheveux. Suivant les instructions des Police Medical Officers, le cadavre avait été transféré à la morgue. C’était le corps d’une femme non identifié qui était à moitié dévêtue. Elle portait un top rouge et noir et ne portait pas de sous-vêtements. La tête était dans un sac en plastique alors que les mains et les pieds étaient attachés à l’aide d’une corde. Il n’y avait aucun indice sur l’identité de ce corps. Cependant, cette personne portait des couronnes dentaires. Des photos avaient été prises. L’enquête nous a menés à un orthodontiste le Dr Raymond D’Hotman de Villiers à Forest-Side.
Me Manrakhan : Comment avez-vous su que c’était l’orthodontiste à voir ?
Monvoisin : À l’aide des photos prises, on avait visité plusieurs dentistes jusqu’à ce qu’on tombe sur celui qui avait placé ces couronnes dentaires.
Me Manrakhan : Que s’est-il passé par la suite ?
Monvoisin : Le Dr Raymond D’Hotman de Villiers nous a confirmé que c’était bien lui qui avait placé ces couronnes car il était le seul à faire ce modèle et nous avez informé que ses couronnes étaient celles de Stacey Henrisson, une habitante de Pointe aux Canonniers.
L’ASP Jean Daniel Monvoisin devait alors expliqué à la Cour que l’orthodontiste avait récupéré de son ordinateur deux photos de Stacey Henrisson et les avait données à la police. Il fait d’habitude les photos de ses patients. Les enquêteurs s’étaient par la suite rendus à Pointe aux Canonniers pour obtenir plus d’informations.
Me Manrakhan : Qui avez-vous rencontré à Pointe aux Canonniers ?
Monvoisin : Sur place nous avons appris que Stacey Henrisson était mineure et la fille de Wiills et Béatrice Henrisson et que depuis le décès de son père le 18 octobre 2011, elle vivait avec sa mère au domicile de l’accusé à Bonne-Mère à Flacq.
Me Manrakhan : Stacey Henrisson était l’héritière des biens de son père ?
Monvoisin : Elle était l’unique héritière de plusieurs biens que lui avait légué son père et sa mère Béatrice était l’administratrice légale.
Le 14 mai 2012, les enquêteurs se sont rendus à Bonne-Mère avec un mandat de perquisition. La fille de Jayraj Sookur de son premier mariage, Marysa Sookur, Christopher Sookur issu de l’union de l’accusé et de Béatrice Rouillon Sookur, la soeur de l’accusé ainsi que l’accusé lui-même s’y trouvaient. L’ASP Monvoisin devait à ce stade donner une description de la maison de Jayraj Sookur ainsi que des objets que les enquêteurs avaient récupérés. Parmi, un document de 113 pages contenant des détails des appels téléphoniques du numéro de portable de Stacey Henrisson. Jayraj Sookur avait indiqué à l’ASP Monvoisin que ce numéro était enregistré sur son nom et que ces itemised bills étaient le seul moyen pour avoir un contrôle sur les mouvements et contacts de la victime. Par la suite il avait montré aux enquêteurs une bouteille de bière indiquant que « quand samedi monn retourne lakaz, Stacey pa ti la. Mo finn garde pou montre so mama. Mo pense ti ena kikaine ar li pou fer fet ». Le même jour il avait été conduit à la CID de Rose-Hill à des fins d’enquête et les enquêteurs devaient l’informer qu’il était en arrestation sous une charge provisoire de murder.
Trois versions
Le 15 mai 2012, Jayraj Sookur avait donné une première déposition à la police dans laquelle il niait toute implication dans la mort de Stacey Henrisson. Il devait raconter que ce jour-là, il était rentré chez lui dans l’après-midi et la victime n’était pas à la maison. Il était seul car sa fille Marysa était admise le même jour à l’hôpital du Nord et son fils était chez sa soeur. Il aurait tenté d’appeler Stacey Henrisson à deux reprises mais en vain. Le 16 mai, les enquêteurs après avoir obtenu certaines informations, devaient faire venir le chauffeur Ramdassen Tanny pour être interrogé.
Monvoisin : J’ai été alors informé que l’accusé voulait donner une nouvelle déposition et dire la vérité sur ce qui s’était passé. Il avait aperçu Ramdassen Tanny dans la cour.
Dans sa deuxième version des faits, l’accusé avait expliqué aux enquêteurs qu’il voulait raconter la vérité : « Mo sagrin seki finn arive. Kan mo finn rentr lakaz, Stacey ti la ek li ti mal habiye. Li ti pe bwar ek li finn kumanse koz mal ek mwa. Mo finn donn li enn kalot li tombe ek monn done li ene lot kalot. Sa ler la mo finn panike, mo ti kwar linn fini mor ek mo finn telefonn Tanny. Tanny dir mwa pense to de zenfan ». Selon cette deuxième version de l’accusé, en arrivant au domicile de Bonne-Mère, c’est son présumé complice Ramdassen Tanny qui l’aurait convaincu de se débarrasser de la jeune fille et avait lui-même tourné le cou de cette dernière avant de l’envelopper dans le sac noir pour la balancer à Plaine Champagne. Cette déposition avait été enregistrée en présence de son avocat.
Le 17 mai, le beau-père de Stacey Henrisson revient sur cette version et indique aux enquêteurs : « Mo habitye gagne relasion sexuel avec Stacey. Samedi la mo ti rod gagne relation mais sa finn mal passe. Stacey finn koumans insilte mwa ek mo finn agres li, monn met li dans enn plastik, monn zet li dan enn moman de koler ».
Ramdassen Tanny pour sa part avait donné une tout autre version des faits. Selon son récit des événements du samedi 5 mai 2012, Jayraj Sookur l’avait appelé dans la soirée pour lui demander de l’attendre dans un endroit. Ce n’est qu’en entrant dans le véhicule de l’accusé qu’il aurait pris connaissance de ce qui s’était passé et aurait vu le cadavre de la jeune fille sur le siège arrière dans un sac noir. Il aurait par la suite aidé l’accusé à balancer le corps dans un ravin à Plaine Champagne.
Reconstitution des faits
La Cour a par ailleurs visionné l’enregistrement de la reconstitution des faits avec la participation de Jayraj Sookur et Ramdassen Tanny. Le clip qui commence au domicile de l’accusé à Bonne-Mère Flacq montre l’accusé donnant des détails depuis son arrivée chez lui le samedi 5 mai 2012. Il devait expliquer comment il était tombé sur la victime qui était allongée sur un sofa et expliqué la suite des événements jusqu’à sa mort. Les enquêteurs ont par la suite mis le cap sur Plaine Champagne où l’accusé a montré comment il avait balancé le cadavre de la jeune fille dans un ravin avec l’aide de son chauffeur Ramdassen Tanny. Ce dernier lors de la reconstitution des faits avait pour sa part montré à la police où Jayraj Sookur l’avait récupéré cette nuit-là avant de prendre la direction de Plaine Champagne où il concède avoir aidé à se débarrasser du cadavre.
Lors du contre-interrogatoire mené par l’avocat de la défense, Me Avineshwar Raj Dayal, l’ASP Monvoisin avait été confronté au fait que l’accusé se plaignait de maux de ventre.
Me Dayal : Quand l’accusé était détenu, il se plaignait de maux de ventre et voulait voir un médecin.
Monvoisin : Il avait été conduit à l’hôpital de Candos à plus de deux reprises pour recevoir des soins.
Me Dayal : Êtes-vous au courant du fait que l’accusé s’était plaint de brutalité policière ?
Monvoisin : Deux mois après son arrestation il avait fait certaines allégations contre moi.
Les travaux se sont achevés avec la déposition du PC Deejavassen Chinathoo qui est revenu en cour hier pour donner plus de détails sur l’heure et la date des photos récupérées de la carte mémoire de Stacey Henrisson tels que demandé par la défense. Il a ainsi soumis son rapport ainsi que 117 photos qu’il a imprimées des 600 photos qui se trouvaient sur la caméra digitale de la jeune fille.