Bon, la récupération commerciale a encore sévi à plein régime pour la célébration du 8 mars cette année. Pubs à gogo pour promos sur fringues, sacs, chaussures, jusqu’au vernis, pour célébrer « La Femme ». Et puis bien sûr les roses. Quoi, une Saint-Valentin bis ? Pas loin non plus d’une Fête des Mères bis où l’on a pu entendre, à longueur de radio, tisser les éloges de « La Femme », dans les plus belles qualités de générosité, d’amour, de dévouement, de force en général associée à la notion de sacrifice. Tiens, comme on a l’impression de voir se répéter les choses. A Madagascar, ils ont même eu droit, pour ce 8 mars, à un concours de « faire la lessive », organisée par la mairie d’Antananarivo…

Au secours !
Cette propension au galimatias n’est sans doute pas aidée par la difficulté à définir l’origine de cette Journée. Ainsi, si certains historiens affirment qu’elle est liée à une grève lancée le 8 mars 1907 par des ouvrières new-yorkaises, d’autres la font remonter à la deuxième Conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague en août 1910. Et d’autres encore proclament une origine russe, avec une « International Working Women’s Day » instituée le 8 mars 1917 dans le cadre d’une manifestation de rue à Petrograd.

Il aura en tout cas fallu attendre 1975 pour que les Nations unies, dans la résolution 32/142, invite à une journée de célébration « des droits de la femme et de la paix internationale ».

C’est dire en tout cas qu’il est important de ne pas laisser hijacker cette Journée. Car il est bien, plus que jamais, question de lutte non seulement pour l’obtention mais aussi la mise en application de DROITS pour LES femmes. Et tant reste à faire…

Il est d’abord capital de ne pas laisser minimiser l’importance du combat. Ainsi, c’est grâce à la lutte des féministes que les femmes ont le droit de vote, et cette avancée est récente. A côté de nous, à La Réunion, où l’abolition de l’esclavage en 1848 faisait en principe tous des citoyens, il a quand même fallu attendre un siècle plus tard pour que, conformément à la décision finalement prise 21 avril 1944 en France, les femmes aient le droit de vote. Et ce droit n’a été obtenu qu’en 2011 en Arabie Saoudite. Il y a 8 ans…

Le droit de travailler et le droit de posséder une propriété ont aussi été obtenus récemment au prix de hautes luttes. Mais selon un récent rapport de l’ONU, alors que les femmes accomplissent 66% du travail mondial, et produisent 50% de la nourriture, elles ne gagnent que 10 % du revenu total. 70% des pauvres dans le monde sont des femmes.

Selon un autre rapport publié cette semaine par la Banque mondiale, il n’y a que 6 pays dans le monde aujourd’hui, sur 187, qui garantissent aux femmes et aux hommes des droits légaux égaux dans le travail : Belgique, Danemark, France, Lettonie, Luxembourg et Suède. Mais ce rapport note aussi que les réformes légales n’ont pas toujours entraîné les changements voulus dans la pratique, notamment en France et en Suède, où les femmes gagnent quand même moins que les hommes à travail égal.
Oui, même lorsque les droits ont été obtenus de haute lutte, cela ne dit pas forcément mise en application et respect. Une femme sur trois dans le monde subit des violences physiques ou sexuelles. En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon.

C’est dire à quel point reste d’actualité, plus que jamais, la nécessité de se mobiliser pour les Droits des femmes, et surtout, leur application. Pour que les femmes aient droit au respect de leur intégrité physique et mentale, comme tout être humain devrait y avoir droit.

Cette mobilisation se joue aussi au niveau des mentalités et de l’environnement dans lequel nous évoluons.

Dans une récente intervention, Christophe Rodo, spécialiste en neurosciences, affirme qu’il y a de légères différences entre le cerveau des hommes et le cerveau des femmes. Mais que si ces différences s’expliquent par la génétique, elles s’expliquent aussi par l’environnement des petites filles et des petits garçons. « Les études montrent que certaines régions du cerveau sont plus développées chez les hommes que chez les femmes, et inversement. Ces différences pourraient s’expliquer par la pression de la société, par le biais de l’éducation. On n’éduque pas tout à fait de la même façon une fille et un garçon, on ne les gronde pas pareil, on ne leur propose pas les mêmes types d’activités. Cela aurait un impact sur le développement cérébral. Celui-ci n’est pas figé. La génétique peut influencer certains comportements que je peux avoir, mais mon comportement peut lui-même avoir des conséquences sur mon cerveau », souligne le scientifique.

C’est dire, à ce chapitre, l’importance du langage.
« Quand on dit « La femme », le singulier a pour effet pervers d’essentialiser une forme du féminin sur lequel s’ancre tout un imaginaire collectif assez puissant. Les femmes étant multiples, il faut utiliser le pluriel » insiste Marlène Coulomb-Gully, professeure à l’université Toulouse II – Jean Jaurès.
Hier, 9 mars 2019, il y avait 3 milliards 793 millions de femmes dans le monde. Autant de façons d’être femmes. Et de s’affirmer…