Treize femmes engagées à la processing plant de la Ferme Marine de Mahébourg, située à Pointe-aux-Feuilles, ont appris la semaine dernière leur redéploiement à la Compagnie Mauricienne de Textile, principal actionnaire de la compagnie. Cela fait un moment depuis que les relations entre ce groupe d’employées, représentées par la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), et la direction sont tendues. La discorde portait sur les conditions de travail et la révision salariale. À ce jour, seules deux des employées concernées ont accepté l’offre de la FMM, tandis que les autres se sont tournées vers le ministère du Travail.
Dans une lettre envoyée au ministère du Travail le 25 juillet, le directeur de la Ferme Marine de Mahébourg (FMM), Evert Liewes, explique que la compagnie a accumulé des pertes de Rs 350 millions ces dernières années et qu’un redéploiement du personnel a été envisagé pour faire face à la situation. Il ajoute que cette mesure est temporaire car des investisseurs ont été invités à injecter Rs 250 millions dans des projets viables. Selon ce plan, d’ici deux ans, les employées pourraient réintégrer la FMM.
Mais les principales concernées ne sont pas de cet avis. Selon elles, la direction n’aurait pas apprécié leur engagement syndical. Principalement employées dans la chaîne du froid, elles disent travailler dans des conditions extrêmement difficiles et sont même sujettes à des problèmes de santé.
Depuis deux ans, les employées concernées sont suivies par la CTSP. Mais au cours de cette période, la FMM aurait changé de directeur à plusieurs reprises. Jane Ragoo, secrétaire de la CTSP soutient qu’un accord de procédure avait même été signé et des propositions pour une révision salariale émises. Toutefois, poursuit-elle, « les négociations sont devenues plus difficiles depuis l’arrivée du nouveau directeur. »
Jane Ragoo trouve bizarre qu’une lettre concernant leur redéploiement ait été adressée aux employées alors même que le syndicat vient d’enclencher les procédures pour aller devant la Commission for Conciliation and Mediation (CCM).
La situation a dégénéré mardi matin après que l’accès à l’usine aurait été refusée aux employées concernées. « Les agents de sécurité nous ont empêché d’entrer. Nous avons été traitées comme des terroristes », racontent-elles. C’est ainsi qu’elles ont appris qu’elles ont le choix entre accepter l’offre d’aller à la CMT ou de soumettre leur démission. Elles ont alors décidé de faire une entrée du bureau de l’emploi.
Hier, les employées de la FMM et leurs représentants syndicaux ont été reçus par le ministre du Travail, Shakeel Mohamed. Ce dernier a confirmé avoir reçu une lettre de la FMM indiquant qu’un redéploiement du personnel est en cours pour des raisons financières. Une nouvelle réunion est prévue mardi prochain.
Du côté de la FMM, on impute aux délégués syndicaux la responsabilité du deadlock dans lequel se retrouvent les employées. « The Union has not helped in any way to advise the workers on the financial concerns of the company and continues to demand for more holidays and salary increases despite being given an overview of the financial situation of the company », écrit Evert Liewes dans sa lettre au ministère du Travail.
Ce que réfute Jane Ragoo qui reproche à la direction de la FMM de n’avoir pas avisé le syndicat du redéploiement des employées, comme prévu par la loi.
Selon le porte-parole de la FMM, cet emploi alternatif a été proposé par la CMT, principal actionnaire de la compagnie, afin que les employées ne se retrouvent pas en chômage technique. « Elles auront le même salaire et conserveront leurs temps de service. Et comme indiqué, nous envisageons de les faire revenir une fois que la situation s’améliorera. »
Ce dernier ajoute que la FMM se retrouve en difficultés en raison d’un manque de matières premières. Plusieurs événements récents ont affecté la production, laisse-t-on entendre, ce qui aurait causé un « shortage of supply ».
Le porte-parole de la FMM précise que la compagnie a déjà fait de « gros efforts » pour améliorer les conditions d’emploi. « Nous avons investi près de Rs 1 million dans les équipements de protection aux normes européennes il y a dix mois. »
Patrick Souci, pêcheur de la localité qui dit avoir accompagné les employées de la FMM dans leurs différentes démarches, fait ressortir que ce redéploiement implique que des « zanfan bor lamer » se trouvant dans une région éloignée, doivent voyager jusqu’à Curepipe pour aller travailler. Il affirme également avoir appris que l’usine allait faire appel à la main d’oeuvre étrangère. Ce que réfute le porte-parole de la compagnie. « Il n’est pas question de recrutement pour le moment. »