(Photo by Alberto PIZZOLI / AFP)

Un véritable calvaire. C’est ce que vivent 45 Mauriciens, dont la majorité des seniors, depuis 46 jours à Rome. Enfermés dans un hôtel sans aucune possibilité de quitter leur chambre, ne serait-ce que pour aller dans les couloirs, ils appellent à l’aide pour que le gouvernement autorise Costa à les rapatrier gratuitement à Maurice ou sinon de les laisser prendre le vol prévu le 18 mai. Ils lancent un dernier SOS. Dev Ramdoss nous raconte comment sa croisière au départ paradisiaque a viré en cauchemar. Récit.

« Il n’y a pas d’autres mots, nous sommes frustrés et dégoûtés », dit Dev Ramdoss sans langue de bois, de sa petite chambre d’hôtel italienne à Rome. Et le pire dans tout cela, nous dit-il, c’est de n’avoir reçu jusqu’à présent aucun soutien moral des autorités mauriciennes. « Ni un message ni un appel, aucune réponse. C’est démoralisant », confie-t-il. Fatigués, lui et les 45 autres Mauriciens coincés à Rome espèrent que les au-
torités les écoutent enfin.

Tout a commencé le 24 février. « Nous avons embarqué sur le Costa Luminosa le 24 février en Floride et avons pu visiter plusieurs pays », dit-il. En effet, la croisière avait été organisée en deux parties, l’une du 24 février au 5 mars pour visiter les Bahamas, Porto Rico et les îles Cayman, entre autres, et ensuite du 5 mars au 25 mars pour la grande virée transatlantique jusqu’à Venise, soit la destination finale. « Tout se passait très bien et l’on ne se doutait encore de rien. L’on a appris bien plus tard que pendant la première partie de la croisière, l’on avait débarqué un croisiériste aux îles Caïmans. À ce moment-là, rien n’avait été communiqué à ce sujet, donc, nous avons continué notre croisière. La première moitié de la croisière terminée, les croisiéristes américains ont débarqué pour laisser le bateau continuer sa virée. »

Et c’est à cet instant que les choses ont commencé à tourner au vinaigre, dit-il. Dev Ramdoss nous informe que le 8 mars, deux passagers sont débarqués et hospitalisés à Porto Rico. Ne sachant toujours rien, les croisiéristes continuent leur trajet. « Arrivés aux Antilles, on nous empêche de débarquer et c’est à ce moment-là que nous apprenons que le bateau est infecté. » Un coup de massue pour les 3 000 croisiéristes. « L’on nous a demandé dès lors de rester dans nos cabines. Nos repas nous étaient servis à la porte de nos chambres. Le 15 mars commence alors le confinement. La croisière ne s’amusait plus. »

Après plusieurs jours confinés en mer, les passagers arrivent finalement à Marseille avec un jour d’avance, soit le 19 mars. « Là encore, le gouvernement français nous interdit de débarquer. » Ce qui n’arrange pas les 45 Mauriciens, ayant déjà réservé leur billet d’avion pour le 21 mars vers Dubaï et ensuite Maurice. Ils finissent pas rester sur le bateau qui s’arrête pour de bon à Savone en Italie. « Le 23 mars, on nous met dans un autocar sans nous dire où nous allions. Et après sept longues heures de route, nous finissons par arriver dans un hôtel à Rome, au iH Hotel Roma Z3. » Toujours très patients et conscients de la situation, le groupe de croisiéristes ne pipe mot et s’installe dans sa chambre individuelle. « Ce n’est pas évident, vous savez, notre doyenne a 84 ans et nous sommes pour la majorité des seniors, mais nous avons tempéré. »

Sauf que ce qui devait être une quarantaine de neuf jours s’est étendu à 46 jours (à l’heure ou nous mettions sous presse). 46 jours sans sortir de leur chambre d’hôtel. « Ce n’est plus une quarantaine mais une séquestration ! » confie Dev Ramdoss. Néanmoins, il reste reconnaissant envers Costa, qui a tout pris en charge, y compris une assistance psychologique. « Costa est même prêt à nous rapatrier gratuitement et nous en a confirmé par correspondance. Il n’attend que le feu vert du gouvernement mauricien. » Il précise aussi que les Mauriciens parviennent à obtenir leurs médicaments sous prescription de leur médecin traitant à Maurice.

« Il est vrai que nous avons ce qu’il faut et nous essayons de rester positifs, mais ce ne sont pas des conditions de vie, surtout pour des personnes âgées. » Dev Ramdoss lance un appel aux autorités. « Si l’on ne peut pas accepter la demande de Costa, qu’on nous inclut sur la liste pour le vol du 18 mai », demande-t-il. En attendant une réponse, le couple Ramdoss et les 40 autres Mauriciens s’occupent comme ils peuvent entre regarder les passants par la fenêtre, le yoga et la lecture. « Nous savons qu’il y aura une lumière au bout du tunnel, mais quand la verrons-nous, ça on ne le sait pas… »