Il est entré dans l’histoire pour avoir remporté la médaille d’or aux JIOI en tant que joueur, puis en tant qu’assistant-entraîneur

L’île Maurice pleure son héros des 2èmes Jeux des Iles de l’océan Indien, tenus en 1985 à Maurice. Désiré L’Enclume est décédé dans la nuit de jeudi à 59 ans. On gardera de l’ancien gardien de but de l’ex-Fire Brigade et de la sélection nationale ces arrêts simples, mais si importants. Notamment, les deux penaltys arrêtés en finale des JIOI face à La Réunion. Des images impérissables pour celui qui aura toujours su rester humble au cours de sa longue carrière de joueur, entraîneur, puis premier entraîneur formé et spécialisé gardien de but à l’ouverture du centre national de formation de football à Réduit.

Ces deux arrêts sont restés comme figés dans le temps. Désiré L’Enclume, le héros de la finale après le penalty victorieux d’Elvis Antoine. Son ami de toujours, Benjamin Théodore, s’en souvient comme-ci c’était hier. «Nous avions tous foi en Désiré. C’était un gardien très calme et qui avait une très bonne lecture du jeu. Il était très intelligent sur sa ligne et je pense que c’est cela qui a fait la différence. Nous lui devons une fière chandelle», raconte celui qui, en tant que défenseur central, était en constante communication avec son gardien et aussi capitaine à la Fire Brigade. «Il y avait beaucoup de complicité entre Désiré et moi. Il était celui qui encourageait et replaçait les joueurs, contrairement à moi qui était beaucoup plus dans le vocal. On se complétait», fait-il remarquer.

Désiré L’Enclume était destiné à devenir un grand. Il n’en a jamais douté. «On s’est connu à l’adolescence notamment lors des tournois inter-collèges. Lui était au Eden à Rose-Hill et moi au Imperial à Curepipe. Il était gardien et moi, avant-centre. On jouait aussi dans le championnat. Il était avec les Tamils Cadets et moi au Cosmos, avant que nous soyons repérés par feu France L’Aiguille en 1977 et 1978 respectivement. Je dirai aussi que Désiré était un bon athlète qui excellait au triple saut en athlétisme. » Au final, les deux bâtiront une solide complicité, mais aussi une longue et riche carrière en club et en sélection. «Nous avions été convoqués en sélection junior sous la direction de feu Mamade Elahee. Quelque temps après, il nous intégrait aux seniors pour les premiers Jeux des Iles à La Réunion, tout comme Suren Chundunsing et Salim Moossa.» 

Un palmarès éloquent

Si Benjamin Théodore est tout de suite titulaire, Désiré L’Enclume attendra lui quelque peu. «Mais il a su saisir sa chance, notamment en 1985 pour offrir, non seulement à l’équipe, mais à toute l’île Maurice, la médaille qui était convoitée», précise Benjamin Théodore. Les deux compères seront ensuite nommés entraîneurs de la Fire Brigade au début des années 1990, mais ne connaîtront pas le même succès en tant que joueur, notamment avec la création du Sunrise. «Nous avions tout gagné avec la Fire. Plusieurs titres de champion dont le dernier lors de la saison 88-89 si ma mémoire ne me fait pas défaut, les MSA Cup et surtout la toute première Coupe de l’indépendance. C’était la belle époque et j’en garde toujours de bons souvenirs de cette équipe et de Désiré, en particulier qui en a été le capitaine.»

Désiré L’Enclume a aussi été le seul à avoir remporté l’or aux JIOI, en tant que joueur, puis assistant-entraîneur. Mais s’il y a une anecdote qui l’a marqué, c’est bien le replay d’une compétition de coupe entre la Fire Brigade et le Sunrise, au Stade George V. Désiré L’Enclume était alors, co-entraîneur avec Benjamin Théodore. «Le gardien numéro 1 ne s’était pas présenté pour le match, ni son remplaçant. Nous étions co-entraîneurs et à un moment donné, il y avait une décision à prendre. Désiré venait de ranger ses gants il y deux ans et je lui ai demandé de garder les buts. L’image que je retiendrai de cette rencontre, malgré la défaite , ce sont les arrêts réalisés par Désiré. Il n’avait rien perdu de ses réflexes. Son positionnement et sa lecture du jeu lui avait permis de se sortir d’affaire», souligne Benjamin Théodore.

Pour ce dernier, l’ancien portier de la sélection nationale a été un grand monsieur, toujours soucieux d’avoir des nouvelles de ses anciens coéquipiers. «Il était toujours là à me dire: al guet untel, li pa trop byen. Nos relations ont toujours été bonnes. C’était quelqu’un que j’appréciais et c’était réciproque. Il avait beaucoup de qualités humaines et il a su le faire profiter à tous ceux qui l’ont croisé et surtout les très bons gardiens de but qu’il a formés», déclare-t-il. Sa dernière conversation ? «Je l’ai appelé à sa sortie de l’hôpital et il me disait de dire à mon fils (Cédric) de continuer à se battre, afin d’être sélectionné pour les Jeux des Iles. Il me disait qu’il ne fallait plus qu’il soit timide, s’il voulait être retenu. C’était aussi ça Désiré L’Enclume.»

Un formateur d’exception

C’est la raison pour laquelle Benjamin Théodore gardera toujours de très bons souvenirs de celui avec qui il a partagé une longue amitié d’un peu plus de 40 ans. «Désiré restera à jamais un homme au grand cœur, toujours disponible pour les autres. Il a toujours voué une grande passion pour le football et ce n’est d’ailleurs pas une surprise s’il a marqué à jamais cette discipline de son empreinte. Mes condoléances vont à son épouse, ses enfants et à sa famille», raconte-t-il.

Rappelons que Désiré L’Enclume a débuté à Grande Rivière Nord-Ouest avec les Puma avant de connaître la gloire avec la Fire Brigade et la sélection nationale. Il a aussi entraîné l’USBBRH et l’ASPL dans les années 90-2000. On se souviendra aussi de lui comme le tout premier entraîneur de gardien de but formé, après avoir intégré le CNFF à sa création aux côtés d’Akbar Patel et feu Teckman Dwarka. De ce passage, il aura formé de nombreux gardiens de qualités, nommément Orwin Castel, Nicolas Doro, Danraj Reegah et Noam Clarisse pour ne citer qu’eux.

À noter que Désiré L’Enclume a été inhumé vendredi, après-midi au cimetière Bois Marchand, à Terre Rouge. À son épouse, ses enfants et à sa famille, Week-End présente ses plus vives sympathies.