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  • Une correspondance unilatérale et laconique, adressée lundi dernier aux clubs et aux comités régionaux
  • Alors que la FIFA et l’UEFA cherchent toujours des solutions à cette situation compliquée, la MFA s’est, elle, empressée à mettre fin à la saison !

La saison 2019-20 a pris fin lundi dernier suivant une correspondance de la Mauritius Football Association (MFA). Une décision dénuée de transparence étant donné que la lettre, adressée aux clubs et comités régionaux par le secrétaire général de la fédération, Didier Pragassa, est unilatérale et laconique. Certains dirigeants ont même commencé à se faire entendre et n’ont pas hésité à critiquer cette décision. Il nous revient même qu’il existe un groupe de pression pour renverser la décision de la MFA.

La MFA a ainsi décidé d’arrêter définitivement tous ses championnats en raison du nouveau coronavirus qui affecte actuellement le monde entier. Si les quelques lignes du communiqué, signé du secrétaire général, semblent satisfaire la fédération, on y relève toutefois un manque de transparence à plusieurs niveaux. Car des interrogations subsistent, notamment en ce qui concerne les procédures ayant mené à cette décision et les implications pour les clubs. En somme, la MFA a décidé de mettre un terme à sa saison, sans pour autant être précis à ce sujet. On parle de « definitive cessation » ou encore de « irretrievable abandonment », sans même savoir de quoi il en retourne exactement et de ses implications. Visiblement, les termes utilisés ne sont pas appropriés à la situation, contrairement à « cancelled » ou encore « null and void » qui auraient été beaucoup plus explicites dans de telles conditions.

Quelles options proposées ?

Déjà, on ne sait pas grand-chose de cette décision, aussi importante qu’elle puisse être. Tout ce que nous savons pour l’heure, c’est simplement : « After considering the opinion of each member…» Est-ce des clubs ou des membres du comité directeur de la MFA dont il en est question ? Nous aurions aussi aimé savoir dans quelles conditions cette décision a-t-elle été prise ? Ou encore si des minutes of proceedings sont bien disponibles pour prouver la légitimité de cette décision ? Aussi, qui a présidé cette rencontre si elle a bien eu lieu, ou par vidéo conférence si tel a été le cas ? Qui sont les membres du comité directeur qui ont participé à cette prise de décision ?

Ce sont là autant de questions qui méritent d’être éclaircies. En revanche, ce que nous savons désormais, c’est que Samir Sobha, président de la MFA, a déclaré, lors de la semaine écoulée, que la fédération avait contacté les 26 clubs concernés avant d’aller en ce sens. Seuls trois clubs, apprenons-nous de sa bouche, étaient contre l’arrêt des compétitions. Quels sont ces clubs ? La MFA a-t-elle aussi pris la peine d’évoquer les éventuelles options en cas d’arrêt définitif de ses championnats ?

Le plus grave c’est qu’à aucun moment, dans la déclaration de Samir Sobha, il n’est question des options possibles avant d’en arriver à la décision officielle du 6 avril. Idem pour la lettre signée Didier Pragassa. Pourtant, un peu partout à travers le monde, les ligues nationales étudient les différentes options afin que les droits d’aucun club ne soient lésés. En Belgique, à titre d’exemple, la ligue a d’abord étudié les différentes options avant de décider, à l’unanimité, d’arrêter son championnat, la Jupiler Pro League, en décidant d’accepter le classement actuel — à l’arrêt des compétitions — comme classement final. La décision devait même être ratifiée par l’assemblée générale, prévue ce mercredi 15 avril, avec le FC Bruges en passe d’être déclaré champion. Cette réunion a été cette fois reprogrammée pour le 24 avril, soit un jour après la décision du comité exécutif de l’Union Européenne de Football Association (UEFA) pour décider de l’issue des différents championnats nationaux.

Or, à la MFA, on a procédé autrement étant donné que la correspondance, qui aurait dû être beaucoup plus détaillée pour dissiper les doutes, s’est contentée d’annoncer l’arrêt des compétitions. Pourtant, les options ne manquaient pas et ce, même si Samir Sobha a parlé de l’incapacité de poursuivre les championnats au-delà du 1er juillet pour des raisons administratives, notamment celle liée à la période de transfert.

Visiblement, la MFA a préféré opter pour la solution de la facilité au lieu de se pencher sur des options plus réalistes et équitables afin de préserver les intérêts de tous ceux concernés. Sauf qu’on ne sait pas, à ce jour, si le titre de champion sera attribué ou pas dans les différents championnats, s’il y aura des relégués et des promus. Malheureusement, aussi surprenant que cela puisse paraître, aucune mention n’y est faite, même si certains dirigeants de clubs ont déjà commencé à se faire entendre (voir hors-texte).

Champions et relégués

Comment la MFA procédera-t-elle maintenant pour éviter de pénaliser les uns et de privilégier les autres ? Car il ne faut pas non plus oublier que les clubs ont beaucoup investi lors de cette saison, notamment grâce au soutien des sponsors et de l’État mauricien qui a, lui, officiellement injecté Rs 20M en novembre dernier. Forcément, il y aura des comptes à rendre et ce, à plusieurs niveaux.

Ce sont là autant de points laissés en suspens et qui étonnent devant l’empressement de la MFA à terminer sa saison, alors qu’elle aurait pu attendre étant donné que, début juillet, c’est quand même dans un peu moins de…trois mois ! Contrairement à la Fédération internationale de football association (FIFA) qui a fait part de ses intentions, en début de semaine, en proposant aux ligues nationales des solutions, notamment de prolonger les contrats des joueurs, mais aussi en se montrant plus flexible en proposant de repousser l’ouverture du marché de transfert.

Malheureusement, la MFA semble, elle, beaucoup plus pressée que la FIFA, pourtant l’instance mondiale régulatrice de la discipline ! Au lieu de se mettre en ligne avec la fédération internationale et d’essayer de chercher des solutions, elle a décidé d’arrêter sa saison sans proposer des alternatives. C’est du moins ce qui est compris à travers la lettre du 6 avril.

Dans une situation aussi inédite, toute fédération responsable et qui se respecte surtout aurait dû faire preuve de beaucoup plus de sérieux afin de ne pas laisser la place au doute. Ce qui n’est malheureusement pas le cas de la MFA, qui l’a prouvé pour la énième fois.