De mal en pis ! Nos décideurs prennent-ils le temps de jauger les répercussions des décisions qu’ils prennent ? Tout au moins, demandent-ils des études aux techniciens attachés aux divers ministères avant d’appliquer des décisions brutales, radicales et sans cœur ?

C’est ce qui semble s’être passé dans le cas de la délocalisation de la gare Victoria. Ce centre névralgique de la capitale voit chaque jour traverser presque 100 000 Mauriciens : un flux massif ! Et quand bien même, via l’opinion publique et divers observateurs sociaux, des craintes et appréhensions avaient été émises au préalable quant à la décision du gouvernement de transférer cette gare ailleurs sans une bonne planification, aucune suggestion n’a été prise en considération !

Ce qui n’est nullement nouveau, puisqu’on a eu droit au même scénario avant que ne soit cruellement rasée la Promenade Roland Armand, à Rose-Hill, ou que ne soient abattus sans aucun égard les magnifiques arbres en bordure de la Route Sivananda, entre Vacoas et Curepipe, pour ne citer que ces deux cas. Des exemples d’un gouvernement sans cœur !
Que l’on ne vienne pas nous seriner que le Premier ministre non élu est « pétri d’estime, d’amour et de considération envers le peuple », car à chacune de ses sorties publiques – ses notoires opérations “koup riban” –, la station nationale de Moka, sa boîte à com’ autoproclamée, véhicule à grands renforts ses supers discours remplis de « moi, je… » et de ses hyperboles et formules grandioses. Qui est dupe ? Qui ne se rend pas compte que ce ne sont là que des discours creux, l’alignement de « bons mots » servis par ses « spin doctors », destinés à flatter les cœurs des gens, leur injecter une dose de baume au cœur, pour mieux les trahir le jour des élections. Nous sommes, hélas, entourés d’une race de politiques qui usent et abusent de la langue de bois au quart de tour. Sans scrupule ni égards pour personne. Des politiques motivés, semble-t-il, uniquement par le gain matériel, et rien pour le capital humain.

Comment ne pas avoir réalisé que, dans cette foule de 100 000 Mauriciens qui traverse quotidiennement la gare Victoria, il y a un fort pourcentage de personnes âgées, de grands-pères et de grands-mères qui viennent à Port-Louis tantôt pour faire leur marché, pour s’approvisionner, pour chercher leur pension ou pour se rendre à l’hôpital… Bref, qu’ils vaquent à leurs occupations quotidiennes pour lesquelles ils doivent se déplacer, et donc prendre le bus, et traverser les rues de la capitale. Mais depuis le week-end dernier, leur calvaire est devenu encore plus accablant.

En effet, nos aînés sont contraints de marcher le long de l’autoroute, sur une bordure plutôt étroite aménagée pour le flot de passagers d’autobus qui y a été transféré. Loin d’être approprié, donc, pour accueillir des personnes ayant des difficultés. Et quid des enfants ? Se rend-on compte du nombre d’entre eux qui prennent le bus et qui doivent braver les dangers des autobus garés sur l’autoroute, où la majorité des conducteurs semble se croire dans des circuits de Formule 1, rivalisant entre voitures, camions, vans et autres, les uns allant plus vite que les autres ? Les officiers des autorités concernées réalisent-ils les dangers qu’ils font courir à toutes ces personnes ? Personne ne se rend compte à quel point il s’agit d’un manque d’égard ?

Sans cœur et sans pitié, ce gouvernement l’est également envers les femmes. La VPM et No 4 du gouvernement, Fazila Jeewa-Daureeawoo, n’a rien trouvé de mieux comme réaction aux meurtres des quatre Mauriciennes victimes de violences conjugales ces dernières semaines que de dire que « les victimes ne viennent pas vers les structures en place ». La ministre de l’Égalité des genres réalise-t-elle qu’une femme violentée, physiquement et psychologiquement, sujette à plusieurs types de pressions et d’intimidations, et qui pense avant tout à sauver la peau de ses enfants, est loin d’avoir comme priorité d’aller poireauter dans les postes de police et autres bureaux, et ce pour essuyer des commentaires souvent désobligeants ?

N’est-il pas grand temps, comme le relève le sociologue Ibrahim Koodoruth plus loin dans nos colonnes, de revoir tout le système en place qui, clairement, est inefficace ? De distiller impérativement un (important) quantum d’amour et d’humanité dans tout ce qui est entrepris ? Car il y va de la qualité de vie de notre peuple.

Husna RAMJANALLY