Le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam n’a pas fait dans la dentelle après avoir annoncé mardi dernier à l’Assemblée Nationale,  à la suite d’une question de Nita Deerpalsing,  son intention de mettre en place une commission d’enquête sur tous les aspects de l’organisation des courses à Maurice. De la parole aux actes, le traditionnel conseil des ministres de vendredi a approuvé les attributions de cette commission. Comme déjà indiqué dans sa réponse parlementaire, ce sont des attributions très élargies qui ont été octroyées à cette commission dont le président sera nommé «shortly» comme indiqué dans le communiqué.
Au total, la prochaine commission d’enquête sur les courses mauriciennes aura à mener l’enquête dans neuf sphères. De l’organisation des courses à l’attribution des écuries en passant par l’achat des chevaux, le recrutement des jockeys, la sécurité, les incidents, les rules of racing, la transparence, l’organisation des paris, les paris illégaux et  les conflits d’intérêts. Plus encore, la commission d’enquête s’est vu aussi attribuer la responsabilité d’enquêter sur le rôle et la responsabilité du Chief Stipendiary Steward et autrement dit  dans le Rule of Racing de 2014 celui qui est « employed and appointed by the Administrators of The Mauritius Turf Club with powers and jurisdiction to effect and enforce the Rules on behalf of the Administrators of The Mauritius Turf Club». Autrement dit Ian Paterson qui occupe ce poste depuis deux saison déjà. La commission devrait aussi voir sur les recommandations ou les actions prises par l’Australien depuis son «appointment» par le MTC.
Un président étranger
Comme indiqué par notre confrère du Mauricien hier matin, le Hong Kong Jockey Club (HKJC) sera sans nul doute appelé à jouer un rôle important dans la mise en place de cette commission. Du reste, il ne serait pas étonnant que la présence même de cette commission d’enquête soit assurée par une personnalité du turf honkongais. Si pour l’heure ce ne sont que  des bribes d’informations qui ont transpiré dans les couloirs de l’hôtel du gouvernement, la certitude demeure que le Premier ministre pourrait faire appel à l’expertise française en ce qui concerne le soutien forensic ou encore pour aider la police des jeux.
Selon les informations de Week-End lors de ses rencontres avec les personnes «who know» comme indiqué dans sa réponse parlementaire de mardi dernier, l’expérience de la France dans ce domaine a été longuement évoquée.  Reste maintenant à mettre le puzzle en place d’autant plus que le MTC, par la voix de son communication manager, Shan Ip, a insisté, depuis l’annonce par le PM de la mise en place d’une commission d’enquête, que le club de la rue Eugène Laurent assurera de toute sa collaboration.
Une intégrité mise à mal
Pour revenir à la question de Nita Deerpalsing, il faut savoir que d’entrée de jeu, le PM n’a pas caché sa démarche pour mettre en place cette commission d’enquête. En fait, le Dr Navin Ramgoolam est venu confirmer ce qui se disait tout bas depuis deux semaines dans les petites réunions ou les couloirs de certains ministères concernés. «C’est le fait que la confiance du public dans l’intégrité de l’industrie des courses a été sévèrement ébranlée (dented). La situation est telle  que les Français diront qu’il faut un véritable remède de cheval», a indiqué le PM.
Face à une intégrité qui est mise à mal, le PM devait souligner dans sa réponse initiale qu’il est important de restaurer cette confiance dans une industrie qui attire encore des milliers de Mauriciens à chaque journée de courses. Pour ce faire, le Premier ministre a indiqué à la chambre qu’il a parlé avec des personnes «who know», qui lui ont fait des suggestions et des opinions sur ce qui se passe dans le monde hippique. C’est donc à la lumière de ces analyses qu’il a décidé de mettre en place une commission d’enquête  «to look into all aspects of horse-racing in Mauritius»
tout en prenant en considération  la nécessité de mettre en place une Turf Authority pour superviser l’organisation des courses à Maurice.
Forensic auditors
Une fois cette commission nommée, le PM devait aussi indiquer de sa décision de chercher l’aide des experts étrangers pour un travail forensic sur les courses mauriciennes. Dans la foulée de cette affirmation, le PM devait déplorer le fait que certaines personnes au MTC se sont transformées en des experts à donner un «political twist» à tout incident au Champ de Mars. Le Dr Navin Ramgoolam devait aussi mettre en exergue que  certaines personnes au MTC sont devenues experts en «name-dropping» pour expliquer leur «despicable act». Entendez par là l’utilisation de son nom sans son autorisation. «J’ai demandé au commissaire de Police d’agir le plus rigoureusement possible contre ces personnes et aussi dans tous les cas référés par le MTC», dira-t-il encore. En attendant, le Premier ministre a annoncé une série de six mesures (voir hors texte) pour tenter d’assainir  la situation.
Bérenger:
«rotins et balais»

A l’heure des questions supplémentaires, le leader de l’Opposition devait y mettre son grain de sel. Outre le fait d’accueillir avec satisfaction l’arrivée de cette commission d’enquête, Paul Bérenger, fidèle à son image, est allé encore plus loin. «I approve  fully of a full-fledged Commission of Inquiry, will the hon. Prime Minister agree with me that, in the meantime, what is required is not just un remède de cheval, il y a beaucoup de rotins et de balais, not just at the Mauritius Turf Club, but at the Gaming Authority, which the hon. Prime Minister has referred to? The balai must reach there also, and the Police des Jeux. The Commissioner of Police has been asked to act. He should start by acting there», a soutenu l’orateur.
Du coup, le PM devait souligner qu’il n’est pas, lui-même, satisfait avec la façon dont les choses sont menées à la police des jeux et que pour le moment «we are relooking at this with the Commissioner of Police.» Prenant la balle au bond, la député rouge devait demander au PM qu’il n’y a pas que des coups de balai à donner, mais que c’est l’écurie d’Augias tout entier qui doit  être nettoyée et que cette enquête doit aussi toucher des hommes de lois qui jouent:
Deerpalsing: Can the hon. Prime Minister say whether the terms of reference of the Commission of Inquiry will be rather wide, so that they look into the demarcation lines which are really blurred between all kinds of institutions, including the Bar Council? There are lawyers who have prête-noms, they have their own horses, and then they are members of the MTC and they go and defend jockeys in Court cases. All these demarcation lines are so blurred. I would like to know whether the Commission of Inquiry will look at the role of the GRA, the MRA, the Police and so on.
Ramgoolam: There is a conflict of interest; it is obvious in certain cases. That will have to stop. They will look at that. We have wide- ranging terms. And to answer the hon. Leader of the Opposition, I am also giving very careful thought on who will chair the Commission. It is essential that we get to the bottom of this, and it must not be somebody who has some kind of connections with anyone in the Turf Authority. Not easy to find, but I am sure we will find the right person.
Bhagwan: Pending to the work of the Commission of Inquiry – we all know the mafia operating on a day- to-day, if I can say minute by minute, at the Champ de Mars – Can the hon. Prime Minister, at least, request – and he is the Minister of Finance – the Mauritius Revenue Authority to conduct an immediate inquiry with regard to those who own horses, into their sources of revenue, and also the GRA with regard to the connection of the servers? There must be a main server connected to all the bookmakers. I think there are lots of problems happening, and Government is losing, I think, more than Rs800 m. yearly on this.
Ramgoolam: In fact, I have been told that this is probably the case. I must say that – I did not want to give details – the MRA will be requested, with the help of foreign auditors, and also about the server. It appears that there is not enough – I do not know whether they do not have enough knowledge to be able to look at this properly. I am also requesting a foreign Government to help us with this.
Les prête- noms
A ce stade, Pravind Jugnauth devait intervenir pour demander que le Premier ministre dépose sur la table de l’Assemblée une copie du High-Powered Committee mis en place pour enquêter sur tout ce qui concerne le gambling à Maurice. Après que le PM a indiqué qu’il n’a aucun problème a soumettre ce rapport à l’Assemblée, la député Nita Deerpalsing devait revenir à la charge sur la question de «prête- noms» pour les chevaux et dans les intérêts du bookmaking. «The MRA should have had inquired how do people suddenly come to own horses. Yesterday, they were not extremely rich or whatever, and suddenly they have horses all over the place! Why the MRA has not investigated in this, I do not know, but this will be looked into in details», dira le Premier ministre.
Comme il fallait s’y attendre, le cas Paul Foo Kune devait être mis sur la table et c’est le député Mahen Jhugroo qui a pris le risque d’en parler:
Jhugroo: Being given that there is one bookmaker, Mr Paul Fook Yune, who has been given a licence as owner of a stable, would the hon. Prime Minister agree with me that there is a conflict of interest and the source of many problems which are happening actually?
Ramgoolam: I totally agree. I have talked to the Mauritius Turf Club about this also, and I requested them that action has to be taken.
Bhagwan: In the same line, the hon. Prime Minister has stated that he will enlarge the scope of the Commission of Enquiry. Can I ask the hon. Prime Minister if it would be possible, at least, to enlarge the scope of the Commission of Enquiry to see into the activities of these agencies like Bet On Line, Tote or all these On Lines…where there are people who are now exiled in UK…SMS Pariaz Ltd. exiled in UK, where there are lots of illegal activities going on on a daily basis?
Ramgoolam:This is actually an unsupportable affair that we have to look into in detail. That is why I would enlarge the terms of reference. I will make sure that the terms of reference cover all this.
Lesjongard: Pending the Commission of Enquiry as stated by the hon. Prime Minister, can he request the GRA to look into a case of direct conflict of interest where the relatives of a Stable Manager are major shareholders of a betting company which to me is a direct conflict of interest?
Ramgoolam: All this is being looked into and will be in the Commission of Enquiry. I have already talked to some people in the know-how and we are looking into this very carefully.
Deerpalsing: Can I ask the hon. Prime Minister now that he has the Finance
portfolio, various different Ministers of Finance have hesitated to tackle the GRA because… It is true! And we are here because the GRA has completely failed in its responsibility to regulate. Can I ask the hon. Prime Minister whether, pending the Commission of Enquiry, there will be a complete overhaul of the GRA immediately?
Ramgoolam: I would not say that it has failed completely, but there have obviously been some loopholes that have to be closed. I am looking at all this in the meantime and this is why I have taken some of the immediate decisions that I have taken.
Cette réponse du Premier ministre regroupe en fait deux autres questions qui étaient à l’ordre du jour du Premier Minister Question Time du député Rajesh Bhagwan. A noter aussi le ton très consensuel entre le gouvernement et l’opposition, y compris le MSM sur ce dossier.