Déception parmi de nombreux professionnels de l’éducation et des parents qui s’attendaient à une dose de régionalisation dans le système de distribution des bourses d’État avec les 30 bourses additionnelles à compter de 2013. Annoncé par le gouvernement, le « social criteria » pour octroyer 16 de ces nouvelles scholarships ne fait pas l’unanimité. Il y a ainsi des craintes dans le public d’un manque de transparence.
Chaque année à la proclamation des résultats du Higher School Certificate (HSC), des voix s’élèvent pour réclamer une révision globale du système d’allocation des “national scholarships” pour des études supérieures. Il est un fait que le nombre de bourses d’État a augmenté de manière remarquable durant ces quarante dernières années en raison de l’introduction des nouvelles filières d’études au secondaire.
Pour la petite histoire, jusqu’à la fin des années 50 il y avait uniquement deux bourses d’études pour la filière scientifique (une pour les garçons et une pour filles) et deux autres pour le Art Side, dit « côté classique ». Et parallèlement à l’époque, le gouvernement offrait deux scholarships uniquement aux collèges privés. C’est ainsi que le Dr Sanjay Jawaheer était lauréat du Collège New Eton au début des années 50. Mais ces bourses pour le secondaire privé ont été supprimées à la fin des années 50 avec l’augmentation du nombre de bourses au niveau national.
À compter des prochains examens du HSC, les bourses d’État passent de 30 à 60, soit 30 de plus pour la catégorie « Additional Scholarship Scheme ». Cette augmentation est largement saluée dans le monde scolaire. Cependant, le « social criteria » décidé par le gouvernement pour donner 16 de ces 30 bourses additionnelles et qui figure dans le New Government Scholarship Scheme publié il y a quelques jours donne lieu à une forte désapprobation dans les collèges et le public. Pour l’heure, le seul détail communiqué par le ministère de l’Éducation sur le « social criteria » porte sur les revenus mensuels des parents qui ne doivent pas dépasser Rs 12 000. Ceux qui sont réticents craignent un manque de transparence et l’ingérence politicienne. « Ce critère social est bien flou et donne lieu à beaucoup de méfiance. Les gens ont raison de douter parce qu’il y a déjà beaucoup d’injustices par rapport à la social aid. Par momen bann dimoun ki merite pa ganye », s’indigne Tejnarain Chumroo, directeur du Universal College (Rivière-du-Rempart) et un des dirigeants de la Fédération des managers des collèges privés. Il n’est pas le seul à contester ce plafond de Rs 12 000. « Avec la perte d’emploi, beaucoup de parents se mettent à leur compte de nos jours. Alors comment établir exactement leurs revenus ? Qui sont ceux qui iront vérifier les comptes des parents ? Est-ce que cela ne va pas créer davantage d’injustices et de frustration chez des jeunes qui auront bien travaillé parce que leurs parents qui ont des revenus de Rs 14 000 ne seront pas éligibles à ces bourses ? » se demande Tejnarain Chumroo.
Ciblage
L’ancien ministre de l’Éducation Dharam Gokhool, qui suit toujours avec beaucoup d’intérêt l’actualité dans ce secteur, appréhende lui aussi le doute qui pourrait gagner la population par manque d’informations. « Je suis mal à l’aise avec ce critère social parce que tout est encore flou. La perception qui se dégage dans le public c’est qu’il peut y avoir des ingérences politiciennes et cela est totalement inacceptable », soutient-il.
Lors des débats parlementaires en décembre 2010 sur les amendements à la loi visant la révision du système de bourses, le MMM s’est dit en faveur d’un certain nombre de bourses spécifiquement pour les familles à très faibles revenus. « S’il n’y a pas de ciblage le financement public de l’enseignement supérieur peut déboucher sur une redistribution à l’envers au profit des familles aisées », explique Steve Obeegadoo, ancien ministre de l’Éducation MMM. « Il faut des critères objectifs déterminés et connus d’avance, il est impératif d’avoir de la transparence à tous les niveaux et la définition du critère social jusqu’à la mise en application de la mesure », insiste le président de la Commission Éducation du MMM.
Dans plusieurs collèges d’État et privés des chefs d’établissement et des enseignants se prononcent catégoriquement en faveur du concept de la régionalisation pour la répartition de ces 30 nouvelles bourses. « Sincèrement je suis très déçu et à l’école on pensait que le ministère allait dans cette direction. Un tel système aurait été plus juste et correspondrait au principe de l’equal opportunity », soutient le recteur d’un collège d’État régional de la capitale.
« Le ministre Bunwaree lui-même a évoqué à plusieurs reprises l’idée de régionalisation pour les bourses qui tend vers la démocratisation. Il a raté l’occasion de passer à l’action », estime le directeur du Collège Universal. « Puisque le gouvernement a établi des National Colleges et des Regional Colleges, il est possible d’octroyer des bourses sur une base régionale et garder un certain nombre au plan national », dit Surrendra Bissoondoyal, ancien directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MES) et membre de la Commission Éducation du MMM.
Liste unique
La régionalisation des bourses, selon ses partisans, tend vers le rehaussement de la performance individuelle des élèves et en conséquence, de la performance des collèges. « La philosophie de la régionalisation a pour but de rehausser le niveau. Tout le monde a une possibilité de décrocher une bourse et cela encouragera les élèves à donner le meilleur d’eux-mêmes. Il y aura définitivement une amélioration de la qualité de l’éducation secondaire », explique Dharam Gokhool qui se montre très critique envers le ministère de l’Éducation s’agissant du contenu de « New Laureate Scheme ». Selon ses observations, le nouveau plan n’a fait l’objet d’aucune discussion approfondie avec les stakeholders du secondaire et de l’enseignement supérieur. Il en prend pour preuve le souhait exprimé par le Premier ministre Navin Ramgoolam lors de la Journée internationale de la femme pour une éventuelle abolition des deux listes séparées de boursiers, soit une pour les garçons et une autre pour les filles. « Le PM a relevé ce jour-là que les filles font mieux que les garçons dans les études. Il s’est aussi demandé s’il n’était pas temps de mettre fin à la pratique de ces deux listes de lauréats. On en parle depuis longtemps et cela figure même parmi les propositions pour la réforme de système de bourses. Ce qui démontre clairement qu’il n’y a pas eu de concertations avant l’élaboration de ce New Laureat Scheme », commente l’ancien ministre de l’Éducation du Ptr.
Le MES attend une communication officielle du ministère sur les 14 nouvelles bourses prévues dans la catégorie Addtional Scholarship et qui seront allouées selon le critère de performance académique uniquement. À signaler que les bénéficiaires devront obligatoirement étudier à Maurice. Il est bon de savoir que la liste des classés actuellement contient uniquement le nom de ceux qui concourent au « Laureate Scheme » et qui doivent respecter certains critères d’ordre académiques (notamment un nombre de “credits” au niveau du School Certificate, participation dans trois “main”) et qui sont sujets aussi à certaines procédures administratives spécifiques (affidavit). Sur les 10 000 candidats aux examens du HSC, environ 2 500 concourent pour les bourses d’État. Selon nos informations le MES envisage de demander à Cambridge de lui faire parvenir également une liste des performances individuelles des candidats, qu’ils concourent ou non au « Laureate Scheme ».