“Mon réveil a été brutal. La douleur était insupportable. Impossible de bouger. J’étais reliée à des tuyaux et autres machines qui me tenaient en vie. Depuis 10 jours, j’étais plongée dans le coma aux soins intensifs. Mes proches s’étaient préparés à ma mort : mes blessures étaient graves. Ils pensaient, que cette fois-ci, je n’allais pas m’en sortir. Plusieurs côtes fracturées, des hémorragies internes, des points de suture et agrafes presque partout… Mon visage était si tuméfié que j’étais méconnaissable. Mon compagnon s’était acharné sur moi lors d’une énième dispute. C’est dans une mare de sang et inconsciente que ma mère et une voisine m’ont retrouvée. Lors de mon transfert aux urgences, personne ne savait encore si j’étais toujours en vie.
Après plusieurs longues semaines sous surveillance médicale et deux interventions chirurgicales pour réparer mes fractures, j’ai été autorisée à rentrer. Dans un premier temps, je me suis installée chez ma mère. Une décision accueillie avec soulagement par mes proches. Ces derniers espéraient qu’enfin je me décide à me séparer de cet homme, celui-ci me battait et m’insultait sans cesse depuis plusieurs années. J’avoue qu’après avoir échappé à la mort, l’idée de me mettre en sécurité et de recommencer ma vie sans lui m’a traversée l’esprit. J’avais même entamé des poursuites pour agression et lancé une demande de protection order pour mon enfant et moi. Finalement, je suis revenue sur mes pas. Un choix que nul ne comprend et qu’on ne cesse de me reprocher.
Aujourd’hui, je suis considérée comme une femme qui accepte d’être battue sans aucune dignité. Personne ne comprend pourquoi je suis toujours avec cet homme qui a failli me tuer, sachant qu’il ne changera jamais et continuera à me mener la vie dure. Je suis perpétuellement sur le qui-vive, j’ai presque peur de mon ombre. Tous mes faits et gestes sont surveillés. Je ne suis plus la Rizwana que j’étais. Une femme épanouie, bien dans sa peau, coquette, diplômée en marketing et qui avait une belle carrière professionnelle dans une compagnie privée. Pour éviter toutes formes de jalousies ou reproches, je suis aujourd’hui femme au foyer, renfermée sur moi-même et prenant toutes les précautions pour ne pas le mettre en colère.
Une situation très pénible à vivre. Je suis malheureuse et j’ai des séquelles physiques et psychologiques qui resteront à vie. La réaction des gens et de ma famille à mon égard ne me laisse pas indifférente. Je n’ai plus envie d’entendre dire que je suis une femme qui aime souffrir. Je ne cherche pas non plus qu’on s’apitoie sur mon sort ni qu’on pense que je cherche des excuses ou que j’approuve ce que me fait mon compagnon. En acceptant d’en parler, je prends conscience que ce n’est pas une vie et qu’il faut y remédier. Il faut cependant comprendre que j’ai d’abord pensé à mon fils en acceptant de retourner avec cet homme. J’ai moi-même grandi sans père et je ne voulais pas que mon enfant en souffre. Maintenant qu’il est en âge de comprendre certaines choses, je réalise qu’il risque de prendre exemple sur ce père violent et je ne souhaite pas qu’il pense que c’est normal d’agir ainsi envers les femmes.
Je ne sais pas encore quand j’aurai le courage de reprendre ma vie en main et la force de sortir des griffes de cet homme, mais j’ai espoir d’y parvenir. Je dois saisir cette chance d’être toujours en vie après ce coma car d’autres femmes ont péri. Même si je ne le fais pas pour moi, il est important que mon enfant soit éloigné de cet enfer”.