C’est dans une salle archicomble à l’Institut français de Maurice qu’a eu lieu, le 29 janvier, la projection du film documentaire « Jacques Brel, dernière ligne droite aux Marquises », écrit par Alain Gordon-Gentil et réalisé en collaboration avec le réalisateur Laurent Ramamonjiarisoa. Une affluence qui réchauffe le coeur de l’écrivain, qui a travaillé sur ce projet pendant un an avec, pour ambition, de faire connaître le « Grand Jacques » durant les dernières années de sa vie à travers « des témoignages et des documents d’archives inédits ».
Rarement on aura vu la salle polyvalente de l’IFM accueillir une telle foule, laisse-t-on entendre. Les spectateurs y ont occupé chaque espace libre. Certains se posant sur les tables disposées à l’arrière, d’autres, n’ayant pu y trouver de place, se massant devant la porte d’entrée, tentant tant bien que mal de suivre le documentaire sur la pointe des pieds. La projection s’est déroulée dans le silence. Chacun portait un intérêt particulier au documentaire afin de découvrir l’homme sous d’autres aspects. Tel qu’il était réellement, comme le soulignait Alain Gordon-Gentil dans une déclaration au Mauricien, au lendemain de la projection. Le spectateur a pu suivre les traces de l’artiste durant les dernières années de sa vie, à une période où il luttait contre son cancer, dans l’archipel des Marquises.
A travers des textes et des témoignages « inédits », selon Alain Gordon-Gentil, chacun a pu mesurer la place qu’il a occupée dans la vie de ses amis, de ses amours, de même que dans celle des habitants de l’île D’Hiva Oa, de l’archipel des Marquises, où il est arrivé, en novembre 1975, à bord de son voilier Askoy, après avoir traversé l’Atlantique puis le Pacifique. Une île qui l’a tout de suite séduit de par sa nature, mais aussi de par la liberté dont il jouissait d’être simplement lui-même, et de ne pas être traqué par les paparazzi. Ceux-là même qui l’ont suivi jusque dans son lit de mort, à l’hôpital franco-musulman de Bobigny.
C’est avec beaucoup d’émotions que le spectateur a suivi le témoignage de l’infirmière qui l’a soigné aux Marquises ou de ceux de l’association belge “Save Askoy II”, qui ont récupéré l’épave du bateau sur une plage en Nouvelle-Zélande pour la ramener à Anvers par cargo en vue de la restaurer. De fil en aiguille, jusqu’à la visite de sa tombe – située à côté de celle du peintre Paul Gauguin au cimetière d’Atuona, dans les Marquises, le spectateur a pu s’imprégner d’une infime partie de la vie du chanteur.
Au bout de 52 minutes, Alain Gordon-Gentil, vraisemblablement ému par la projection du film pour la première fois à Maurice, a répondu aux questions des spectateurs. Après avoir expliqué comment Brel a été celui qui « a donné l’envie d’écrire » à Alain Gordon-Gentil, de part « la précision et la brièveté » de ses écrits, il indique que sa plus grande crainte était de faire un film qui ne reflète pas qui était véritablement l’homme. Et d’affirmer : « Ma plus grande peur a été de ne pas être à la hauteur de ce que Brel est. »
Au vu du nombre de personnes qui ont assisté à cette projection – hormis de ceux l’ayant déjà vu sur les chaînes satellitaires – et de leurs commentaires, Alain Gordon-Gentil affirme : « Je suis très heureux de voir la place qu’occupe Brel chez les Mauriciens. Comme c’est un personnage qui me passionne, je suis heureux de pouvoir partager cette passion avec eux. C’était un moment de partage très émouvant. Je crois que tout le monde connaît la carrière du chanteur, mais beaucoup de gens ne connaissent pas sa vie d’après, qui donne un sens à ce qu’il a écrit. En réalité, il a vécu tout ce qu’il a écrit, toutes ses convictions. »
Pour Alain Gordon-Gentil, le bonheur était aussi de voir le film dans de bonnes conditions. « Il a été projeté en copie Blue-ray, ce qui assure une bonne qualité du son et de l’image. » Notre interlocuteur rappelle qu’il a travaillé sur le film pendant un an, dont quatre mois ont été consacrés au tournage à Paris et dans le sud de la France, à Bruxelles ainsi qu’en Polynésie française.
« Jacques Brel, dernière ligne droite aux Marquises », d’une durée de 52 minutes, a été projeté en avant-première le 30 septembre dernier à Paris dans le cadre de la commémoration des 35 ans de la mort du chanteur. Il a été repris par des chaînes européennes.