Cette troisième partie de ces impressions de Cuba donne la parole à un Cubain. Chauffeur et guide avec une formation universitaire X — tous mes interlocuteurs cubains ont demandé à ne pas être cités —, il refuse qu’on juge son pays à partir « des critères et des indices de développement occidentaux ». Il explique, avec passion, pourquoi Cuba est devenu un « autre monde » figé, en apparence, dans le passé.
L’impression de faire un bond à reculons dans le passé s’accentue dès que l’on quitte La Havane. Même s’ils sont vétustes et délabrés, les immeubles de la capitale semblent riches et, quelque part modernes, comparés aux habitations de la campagne et des autres villes de Cuba. Les rares immeubles d’habitation, des blocs en béton, n’ont pas été entretenus ou repeint depuis leur construction, dans les années soixante. Les petites maisons individuelles — un carré de béton séparé en quatre pièces — sont en général mieux entretenues. Tous ces logements font partie du programme de redistribution des propriétés nationalisées après la révolution. Les grandes plantations ont été morcelées et redistribuées aux paysans. Comme ce fut le cas en Union Soviétique — et plus près de nous, à Madagascar — ces paysans doivent donner une partie de leurs récoltes annuelles à l’Etat. Mais faute de moyens financiers pour acheter du matériel agricole moderne les plantations semblent, comme le pays d’ailleurs, figées dans le passé. C’est ainsi que la canne est encore coupée à la machette et transportée depuis les champs jusqu’à la route — ou attendent les camions qui assureront le transport à l’usine — par des charrettes tirées par des boeufs. Dans la campagne on circule plus à cheval, en carriole, sur des chars à boeufs ou à pied qu’en voiture. Le transport est d’ailleurs un des gros problèmes de Cuba. Le réseau ferroviaire ne couvre pas toute l’île, les autobus desservant les villes ne sont pas assez nombreux. Les Cubains se déplacent dans des camions, essayent de faire de l’autostop ou font de la marche à pied. Selon certains opposants, le gouvernement n’a pas développé les moyens de transport public pour mieux contrôler les déplacements des Cubains. « Ça, c’est de la propagande des contre-révolutionnaires », rétorque mon guide chauffeur à qui je demande ce qu’il pense de cette affirmation. « Après la révolution et le début du blocus, le problème du gouvernement était de trouver les moyens pour permettre au pays de survivre. Ses priorités étaient de faire manger la population, de le loger, de le soigner et de l’éduquer. Aujourd’hui, nous avons un excellent système de santé et 98% des Cubains sont éduqués. Notre taux d’alphabétisation est un des plus élevés au monde. Les Cubains sont plus alphabétisés que les Américains ! » A quoi cela sert de savoir lire si tout ce qu’on trouve à Cuba, ce sont des ouvrages politiquement corrects pour le régime et des journaux à sa gloire et celle de ses dirigeants comme Granma ou Juventus Rebelde, les organes du pouvoir ?