Un des établissements hôteliers situés sur la péninsule du Morne, l’une des zones touristiques les plus cotées, a été placé en redressement judiciaire à la demande d’une de ses banques, en l’occurrence Bank One. Ainsi, Yuvraj Thacoor et Sattar Hajee Abdoula, partenaires du bureau d’experts-comptables Grant Thornton Ltd, ont été nommés Receivers & Managers d’Apavou Hôtel Le Morne Ltée pour établir les différentes options quant à l’avenir de cet hôtel, qui traverse une période difficile depuis plusieurs mois déjà.
« L’hôtel est toujours opérationnel. Les Receivers & Managers ont établi un plan de travail pour décider de la marche à suivre », a fait comprendre au Mauricien un représentant de la firme Grant Thornton Ltd en l’absence de Yuvraj Thacoor, actuellement en mission à l’étranger, et devant l’indisponibilité de Sattar Hajee Abdoula ce matin.
Entre-temps, toutes les personnes ou entités qui ont en leur possession ou sous leur contrôle des acquis et des documents et livres de comptes sont priés instamment de les retourner aux Receivers & Managers pour les besoins du redressement judiciaire, vu que le groupe Apavou n’a pas été en mesure de respecter ses engagements vis-à-vis de ses créanciers et en particulier Bank One.
D’autre part, ceux qui ont des réclamations auprès d’Apavou Hôtel Le Morne Ltée et ceux « who reckon that the company who holds property belonging to them » ont jusqu’au vendredi 25 octobre pour les soumettre de manière formelle auprès des Receivers & Managers. À ce stade, très peu d’indications sont disponibles quant à l’avenir de cet établissement hôtelier et les membres de son personnel sauf que les procédures et exigences de l’Insolvency Act seront suivies à la lettre par ceux désignés pour mener à terme cette opération de redressement judiciaire.
Cette menace de mise sous liquidation qui pèse désormais sur cet établissement du groupe Apavou dans la région du Morne fait suite à une série de contretemps, l’un plus embarrassant que l’autre. Dans un premier temps, le retrait des permis émis par la Tourism Authority avait mis en difficultés cet établissement alors que le groupe Apavou faisait face à difficultés dans la gestion des hôtels faisant partie du conglomérat.
La tentative visant à chercher un acquéreur pour ses hôtels après la vente de l’hôtel Ambre au groupe Sun devait échouer il y a deux ans. En début d’année, le groupe PriceWaterhouseCoopers avait été sollicité en vue de proposer une formule pour permettre la poursuite des opérations de La Plantation Resort & Spa et l’Indian Resort & Spa, notamment pour sauver des emplois.
Cet exercice devait déboucher sur un plan de restructuration avec la participation active des créanciers, en particulier des banques commerciales et des prestataires de services et autres fournisseurs. Valeur du jour, cette démarche n’a pas donné les résultats escomptés avec Bank One plaçant la compagnie sous Receivership en début de semaine.
Ce redressement judiciaire dans le secteur de l’hôtellerie intervient dans le sillage de la décision de la Banque de Maurice de renforcer le contrôle des crédits bancaires à ce secteur économique en raison de craintes quant à l’éclatement de la bulle. En effet, dans le cadre de nouvelles MacroPrudential Measures, la Banque centrale a procédé à un véritable tour de vis.
Aux termes de ces directives, les limites sectorielles à être respectées ont été imposées aux banques commerciales en trois phases au cours de ces prochaines années, notamment
– secteur de la construction (résidentielle, commerciale aussi bien que morcellements) : réduction des crédits à 15% à partir du 1er juillet prochain, à 12,5% en juillet 2015 et à 12,5% en juillet 2016
– industrie du tourisme : 25% à partir du 1er juillet 2014, 24% à partir du 1er juillet 2015 et 22,5% à partir de juillet 2016 ; et
– crédits aux ménages : 15% en juillet de l’année prochaine, 12,5% à partir de juillet 2015 et à 12,5% à juillet 2016.
Pour démontrer qu’elle « means business », la Banque centrale exige la soumission d’un plan détaillé de la mise à exécution de cette mesure. « This plan should include a time frame within which it proposes to become fully compliant with the sectoral limits », soutient la Banque de Maurice imposant un délai n’excédant pas deux ans.
La Banque de Maurice maintient que ces mesures de plafonnement de crédits bancaires en complement à un relèvement des provisions pour des non-Performing Loans se justifient par des « concerns about the growing level of credit risk in certain sectors of the economy and the risk of a looming asset price bubble in the property market that could potentially become a source of vulnerability for the financial sector ».