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l Une dizaine de kilomètres prévus par région à Vacoas, Rose-Hill,  Grand-Baie et Flacq sur une base pilote

Annoncé dans le Budget 2019-2020, élaboré dans le MasterPlan for Road Safety par la National Road Safety Commission, et réitéré également dans le discours-programme vendredi, les pistes cyclables sont en passe de devenir une réalité. Du moins, les autorités sont déjà en possession d’un rapport initial relatif à la mise en oeuvre de ce projet sur une base pilote dans quatre régions à Maurice. Une étude de marché est également en cours pour sonder les Mauriciens sur ce projet visant à décongestionner le trafic, réduire les accidents et diminuer la pollution de l’air, entre autres.

Quatre localités ont été désignées pour accueillir ce projet sur une base pilote dans un premier temps. Il s’agit de Rose-Hill, Vacoas, Grand-Baie et Flacq. C’est le Cabinet de conseil en génie civile, Mega Design, qui compte 30 années d’expérience dans la conception des infrastructures publiques et bâtiments, qui a décroché le contrat pour étudier les possibilités d’introduire des pistes cyclables à Maurice. L’appel d’offres à cet effet avait été lancé mi-2019 par le ministère du Transport. Maurice devrait ainsi, d’ici quelques années, rejoindre, suivant cette initiative, les pays comme l’Angleterre, la France, la Chine, le Canada, et surtout la Hollande, pays précurseur en la matière.

Dans cette optique, les ingénieurs de MegaDesign ont sollicité le concours de deux experts hollandais. « Quoi de mieux que le recours à la Hollande où il y a plus de vélos que d’habitants pour tracer la voie à Maurice », explique Nand Sooredoo, de Mega Designs Ltd. Ces deux experts ont ainsi sillonné durant le mois de décembre les quatre régions recommandées pour évaluer leur potentiel de développement pour les pistes cyclables. Le choix se porte dans un premier temps à ces régions concernées par le tracé du Metro Express : dans les villes de Rose-Hill et de Vacoas, et les régions touristiques de Grand-Baie et Flacq. Les études de ces deux experts ont permis d’identifier trois lieux d’aménagement possible dans ces régions précitées. Ils privilégient : 1) les voies partagées (shared lanes), avec un couloir de 2 mètres partagés avec les voies des automobiles ; 2) les voies dédiées, principalement là où les routes sont larges et peuvent accommoder en parallèle un couloir de 2 mètres, séparé par des bollards, pour les cyclistes et 3) les voies piétonnes/cyclistes combinées.

Ainsi, dans un premier temps, selon les premières investigations, provision sera faite pour l’aménagement d’une dizaine de kilomètres de pistes cyclables dans ces quatre régions. Ces pistes devraient être introduites notamment sur les routes principales menant au centre-ville et aux activités commerciales des régions concernées. A titre d’exemple, à Vacoas, une piste cyclable pourrait être aménagée le long de la route Saint-Paul menant ainsi vers la future station de tramway près du marché, ou encore le long de la route Sivananda, vers le centre commercial Jumbo Phoenix.

Espaces restreints

« Nous avons peut-être l’impression que nos routes sont dangereuses pour les cyclistes, mais dans la réalité ce n’est pas le cas. Il faut quelques réaménagements territoriaux et principalement un changement d’attitude des usagers de la route », estime Nand Sooredoo. Surtout que rouler à vélo permettra de décongestionner le trafic, est bon pour la santé, fait faire des économies sur le carburant, peut contribuer à résoudre les problèmes de parking, et diminuerait sensiblement la pollution de l’air. L’avantage avec les pistes cyclables, rappelle le directeur de Mega Design Ltd, c’est que les usagers se sentent en sécurité sur une voie qui leur est spécifiquement dédiée. Et cela facilitera la vie de nombre de Mauriciens qui souhaitent par exemple se rendre au travail à vélo. D’autres pourront utiliser leur vélo jusqu’à un arrêt de tramway et ensuite prendre le tramway jusqu’à leur destination. Les pistes cyclables peuvent également servir aux enfants, avance Nand Sooredoo.

Pour cet ingénieur expérimenté, si les espaces tendent à manquer sur nos routes, « un peu d’imagination et une bonne volonté permettront d’aménager facilement des pistes cyclables un peu partout à Maurice ». Dans le cadre de la mise en oeuvre du projet dans d’autres endroits, l’aménagement des pistes cyclables nécessitera la conversion de certaines routes à deux sens en routes à sens unique afin de faciliter le trafic. « Les défis à relever seront vraisemblablement liés aux espaces restreints, aux besoins de partage des espaces avec d’autres usagers de la route, mais aussi aux nombreux espaces existants pour les vélos, tels que les poteaux électriques, le mobilier urbain ou les murs bordant les voies. Mais avec une bonne étude de terrain et une étude de marché, ce projet est tout à fait réalisable », dit Nand Sooredoo.

Pour sonder l’opinion publique face à ce mode de transport alternatif, écologique et bon pour la santé, Mega Design Ltd a mis en ligne un questionnaire. Ce questionnaire peut être rempli sur le site www.surveymonkey.com/r/C5WTKX5, sur Facebook « Cycling network for Mauritius » ou en présentant son portable sur un QR code.

A ce stade, le coût de la mise en place d’un tel projet n’a pas encore été évalué. Toutefois, selon les experts, l’aménagement d’une dizaine de kilomètres de pistes cyclables pourrait coûter de Rs 4 à 5 M. Mega Design planche par ailleurs sur les possibilités de mettre des vélos en location à des points spécifiques, comme les gares en libre-service, pour les intéressés. Une offre qui assurera une certaine flexibilité d’utilisation pour chaque usager, prenant un vélo à un point et le déposant à un autre, et choisir par la suite un autre mode de transport si besoin est.