— « Après l’épisode du 17 mars dernier, Port-Louis est plus que jamais vulnérable. Le gouvernement attend-il d’autres conséquences désastreuses ? »

— « Les Mauriciens doivent cesser de jeter leurs ordures partout. Ces mauvaises pratiques représentent un danger potentiel immense »

« Le gouvernement attend-il que d’autres conséquences désastreuses dans une autre “flash flood” meurtrière avant de prendre des mesures adéquates et nécessaires ? Est-ce que les 11 morts du 30 mars 2013 ne sont pas de trop ? Les Mauriciens vont-ils continuer à faire preuve d’incivisme et continuer à jeter leurs ordures partout ? » Alan Wright, porte-parole des parents des victimes des inondations meurtrières du 30 mars 2013, n’en démord pas : « Six années se sont écoulées, rien de concret n’a été fait : ni les recommandations du rapport du juge Domah ni d’autres mesures adéquates, dans l’anticipation d’une nouvelle “flash flood”, n’ont été prises en considération. Au lieu de cela, Port-Louis, surtout, est toujours aussi vulnérable ! »

Alan Wright note : « Dans son rapport, le juge Domah a recommandé clairement que des grilles soient placées dans des endroits stratégiques pour bloquer les déchets et autres ordures qui seraient emportés par les eaux. Or, aucune de ces mesures comprises dans ce rapport n’a été mise en application ! Il a fait son travail, lui, mais est-ce qu’on lui a payé pour rien, alors ? Pourquoi ne met-on pas en application ses recommandations ? » Dans le même souffle, il retient que juste après le drame, un ingénieur, affecté à la NDU, avait recommandé que des “non-returning valves” seraient placées, afin d’évacuer l’eau de la mer qui monterait. « Je suis également ingénieur et je ne suis pas du tout d’accord ! Le 30 mars 2013, ce n’est pas le niveau de la mer qui a monté. Mais c’est l’eau provenant des pluies qui descendant du Champ-de-Mars et ailleurs, n’a pu être évacuée : à cause des tonnes d’immondices, de déchets et d’autres ordures que les Mauriciens ont jetés dans les caniveaux et dans les cours d’eau ! C’est cette accumulation d’eau qui a monté, gonflé et emporté tout sur son passage : voitures et humains ! »

Alan Wright poursuit : « Nous tous, toutes les familles des victimes des inondations de mars 2013, demeurons à jamais inconsolables. Rien, évidemment, ne pourra remplacer nos enfants, époux, frères et sœurs. Cependant, il ne faut pas que leur disparition soit vaine. Je le répète à chaque fois : en mourant, nos proches ont ouvert les yeux sur une réalité très dure. Nous ne sommes pas armés contre ce type de problèmes. Nous n’avons rien vu venir, des années durant. Et il a fallu qu’ils meurent pour que l’on s’en rende compte ! Mais que leur mort ne soit pas vaine ! »

Pour autant, Alan Wright s’est lancé, personnellement, dans une campagne “anti-littering” nationale, et essentiellement, auprès des plus jeunes. Parallèlement, il mène toujours avec la même application « notre combat commun, au nom de chacune des familles meurtries depuis ce jour-là. » Depuis l’année fatidique où il a perdu les siens, « jusqu’à maintenant, six ans après », il reconnaît que les autorités ont la volonté de changer les choses, pour le meilleur. « Cependant, elles ne s’y prennent pas comme il le faut… Les travaux d’aménagement de terrain et autres ne sont pas suffisants. Sinon, pourquoi est-ce qu’à chaque fois que des grosses pluies s’abattent sur Port-Louis, la ville est inondée, les canaux débordent, les eaux montent ? Il y a quelque chose qui cloche. »

Alan Wright déclare qu’il craint le pire : « J’ai peur. Honnêtement, j’espère que nous n’aurons pas d’autres “flash floods” meurtrières comme celle de mars 2013 et qui feront des victimes ! Nous les parents des victimes de cette année-là vivons avec cette souffrance permanente. Nous savons ce que c’est que de perdre des êtres chers dans des circonstances inexplicables. Nous ne voulons pas que d’autres Mauriciens subissent le même sort ! » Il conclut : « J’ai fait les frais pour dire les choses comme elles le sont chaque fois. Je n’ai pas perdu que Sylvia et Jeffrey. Dans le sillage de mon combat en leurs noms, j’ai aussi perdu mon gagne-pain : en l’occurrence, on m’a retiré mon permis d’opération de mon commerce. Ce sont des répercussions que je n’attendais pas. Mais ce n’est pas ça qui va m’arrêter ! »

Les 11 victimes

Sylvia Wright et son fils, Jeffrey, Keshav Ramdharri, les frères Amrish et Trishul Tewary, leur cousin, Vikesh Khoosye, Simon Henriette, Rabindranath Bhobany, Vincent Lai Kin Wong Tat Chong et Retnon Navin Sithanen avaient péri sous les flots rageurs et déchaînés de la “flash flood” du fatidique samedi 30 mars 2013. Pour sa part, Christabel Mooghen avait été victime d’un arrêt cardiaque. Cette habitante de Canal Dayot avait subi une pression immense à la vue de sa maison qui s’était inondée en quelques minutes… « Bien que Mme Moorghen n’ait pas été une victime directe de la montée des eaux, nous avons toujours été solidaires avec sa famille, et c’est aussi en son nom, et au nom des habitants de Canal Dayot, qui, eux, vivent un traumatisme constant à chaque fois que des grosses pluies s’abattent sur la capitale, que nous nous battons tous », explique Alan Wright qui a perdu sa femme, Sylvia, et l’un de leurs deux fils, Jeffrey. Ils se trouvaient dans le tunnel sud menant au Caudan Waterfront. Le couple Wright tenait à l’époque une des deux boutiques qui s’y trouvent. La montée des eaux avait été tellement rapide que la mère et le fils, ainsi que Keshav Ramdharri, les frères Amrish et Trishul Tewary, leur cousin, Vikesh Khoosye, qui se trouvaient dans la deuxième boutique, n’avaient pas le temps d’évacuer les lieux.

Employé de banque, Rabindranath Bhobany et le commerçant Vincent Lai Kin Wong Tat Chong ont trouvé la mort dans le parking souterrain du Harbour Front, pris au piège alors qu’ils tentaient de sortir avec leurs voitures. Deux autres corps avaient été retrouvés, emportés par les flots : ceux de Simon Henriette et de Retnon Sithanen.